Candidatures - 24/06/2019

Milan/Cortina 2026, la victoire de l’influence

L’histoire aurait pu oser l’inédit. Elle a préféré se répéter. Réunie lundi 24 juin à Lausanne, la 134ème session du CIO a choisi Milan/Cortina d’Ampezzo pour l’organisation des Jeux d’hiver en 2026.

Vingt ans après les Jeux de Turin, les anneaux olympiques retourneront en Italie. La Suède, qui n’a encore jamais accueilli les Jeux d’hiver, devra encore patienter. Ou renoncer à tout jamais.

Les Italiens étaient favoris. Ils l’étaient depuis plusieurs mois, dès lors que la course aux Jeux s’est réduite à seulement deux dossiers. Mais le retour en force de la candidature de Stockholm/Are au cours des dernières semaines, concrétisé par un soutien affirmé du gouvernement et un sondage à la hausse parmi la population (63% d’opinion favorable), avait laissé planer un dernier doute sur l’issue du scrutin.

Le résultat du vote est sans nuance : Milan/Cortina a obtenu 47 voix, contre 34 pour Stockholm/Are (un membre du CIO s’est abstenu). Pour rappel, les Chinois de Pékin l’avaient emporté de seulement 4 voix (44-40) face aux Kazakhs d’Almaty pour l’attribution des Jeux d’hiver en 2022. A l’époque, le dossier chinois était pourtant donné gagnant d’avance.

A Lausanne, lundi 24 juin, le scrutin avait été annoncé serré, entre deux candidatures du même continent, portées par deux pays affichant une grande culture et une longue tradition des sports d’hiver. Il ne l’a pas été. Les Italiens ont obtenu plus de voix qu’ils n’y comptaient. En face, les Suédois sont restés en deçà de leurs espérances.

Pour les Italiens, le coup est parfait. Le pays récupère les Jeux d’hiver vingt ans après Turin 2006. Cortina d’Ampezzo en revivra le faste soixante-dix ans après les avoir accueillis. Un temps affaiblie par la défection de Turin, initialement associée à Milan et Cortina, la candidature italienne a su se remettre sur pied et faire la course en tête. Elle n’a jamais flanché. Surtout, elle a été capable d’embarquer avec elle un gouvernement longtemps méfiant, jusqu’à faire du Premier ministre, Giuseppe Conte, l’un de ses premiers soutiens.

En face, la Suède poursuit sa cruelle série d’échecs. Elle avait déjà échoué à 7 reprises depuis les années 70, battue pour les Jeux de 1984, 1988, 1992, 1994, 1998, 2002 et 2004. Après une telle déconvenue, au terme d’une campagne où l’équipe de candidature a eu toutes les peines du monde à rallier les autorités politiques, il n’est pas certain que le pays s’y essaye une nouvelle fois.

Thomas Bach l’a suggéré peu après l’annonce du résultat, en conférence de presse : « Cette victoire de Milan/Cortina est un grand jour pour le CIO. Nous aurons les Jeux olympiques d’hiver de 2026 dans un pays traditionnel des sports d’hiver. Aujourd’hui, nous avons été impressionnés par deux candidatures qui se sont concentrées sur l’Agenda 2020 et sur la durabilité. Nous avons pu voir comment il est possible d’utiliser les sites existants, réduire considérablement les coûts et la complexité des Jeux. La candidature de Milan/Cortina propose d’utiliser 93 % de sites existants. Cette victoire n’est pas seulement pour Milan/Cortina, mais pour tous les amateurs de sport en Italie. »

Le président du CIO aurait sans doute prononcé les mêmes mots, à quelques nuances près, après une victoire de Stockholm/Are. Les Suédois proposaient eux aussi un dispositif construit pour l’essentiel sur des équipements existants, jusqu’à prévoir les épreuves de luge, bob et skeleton sur la piste de Sigulda, en Lettonie. Leur dossier était lui aussi aligné sur l’Agenda 2020. Il se voulait durable. Les Jeux auraient été financés uniquement avec des fonds privés.

Pourquoi un tel écart ? Solide dans ses principes, le dossier suédois s’est révélé fragile sur la question des garanties. La construction du village des athlètes de Stockholm, notamment, restait très conditionnelle. A quelques heures du vote, le CIO attendait encore certaines réponses.

Thomas Bach, de son côté, a avancé une réponse : « Ce qui a pu faire la différence entre les deux villes, est sans doute l’écart dans le soutien populaire, 83% pour Milan, 55% pour Stockholm. Pour beaucoup de membres, cela a été un signal. Le fait que la ville de Stockholm n’était pas prête à signer le contrat de ville hôte a sans doute également joué. »

Mais l’explication est sans doute ailleurs. Très affaiblie par les renoncements des dernières candidatures pour les Jeux d’été (Rome 2020 et 2024), le mouvement olympique italien a retrouvé des couleurs. A l’image de Giovanni Malago, le président du comité national olympique (CONI), le dernier entré parmi les nouveaux membres du CIO.

Avec trois membres au sein de l’institution (Franco Carraro, Ivo Ferriani et Giovanni Malago), plus une poignée de dirigeants à des postes clefs du mouvement sportif (Francesco Ricci Bitti, Raffaele Chiulli…), l’Italie a retrouvé son influence dans l’univers olympique. En face, la Suédoise Gunilla Lindberg a semblé parfois un peu seule.

Au cours des dernières semaines, les Suédois ont multiplié les annonces, avec l’espoir de gommer les doutes autour de leur candidature. Ils ont parlé et fait parler. A l’inverse, les Italiens sont restés discrets, au moins en apparence. Mais ils ont poursuivi sans répit, en coulisses, leur effort de lobbying. La stratégie s’est avérée payante. Comme toujours.

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