Institutions - 16/01/2019

Les nageurs, vrais vainqueurs de la guerre des bassins

La FINA aurait-elle perdu la bataille de la natation ? L’avenir répondra. Mais une chose est sûre : l’organisation internationale est en train de reculer dans le conflit qui l’oppose à l’International Swimming League (ISL), un circuit concurrent, et à certains des meilleurs nageurs du monde.

Preuve en a été donnée mardi 15 janvier, au terme d’une réunion à Lausanne, au siège de la FINA, avec les représentants de plusieurs fédérations nationales. A l’issue des débats, l’organisation internationale a exposé sa position. Elle se révèle plus souple et conciliante que jamais.

La FINA abandonne la menace de sanctions. Elle explique même autoriser les nageurs à prendre part aux compétitions de l’ISL, une organisation privée imaginée et financée par le milliardaire ukrainien Konstantin Grigorishin.

« Il n’est pas dans l’intérêt de la FINA de punir les athlètes, a expliqué dans un communiqué l’avocat suisse François Carrard, ancien directeur général du CIO, conseiller juridique de la FINA, présent mardi lors de la réunion. La FINA reconnaît que les athlètes sont libres de participer à des compétitions mises sur pied par des organisations indépendantes. »

A l’évidence, l’heure n’est plus au bras de fer. A la place, la FINA veut jouer l’apaisement. Tout juste précise-t-elle que les compétitions dites indépendantes devront être inscrites au calendrier international et, détail important, adopter les procédures antidopage en vigueur sur le circuit plus officiel. Dans le cas contraire, un record battu ne serait pas homologué.

La fin des hostilités ? Dans l’immédiat, certainement. L’ISL a obtenu gain de cause. Elle peut monter son circuit de meetings richement dotés, sans risquer de voir les nageurs lui tourner le dos dans le crainte d’une suspension. La FINA, de son côté, sauve les apparences. Surtout, elle se met à l’abri de procédures juridiques à l’issue toujours incertaine.

Au final, les vrais gagnants de l’affaire sont les nageurs. En forçant la FINA à assouplir sa position, les meneurs de la fronde, dont la Hongroise Katinka Hosszu et les Américains Tom Shields et Michael Andrew, ont contribué à enrichir l’offre de compétitions dans des proportions difficilement imaginables quelques mois en arrière.

Sauf retournement de situation, le calendrier 2019 devra faire de la place pour deux nouveaux circuits. Le premier, estampillé FINA, consistera en une sorte de minisérie de trois meetings, prévus de mars à mai. En jeu, un pactole de 3,9 millions de dollars pour les nageurs les plus performants.

Le second, monté de toutes pièces par l’ISL, mettra en concurrence douze clubs internationaux (six en Europe, six aux Etats-Unis), sur un circuit de compétitions organisées entre août et décembre 2019, avec un « Final Four » à Las Vegas. Budget : 15 millions de dollars.

Pour les nageurs, le bras de fer entre les deux organisations n’a pas seulement eu pour effet de faire grimper les prix. Les deux circuits étant planifiés à des périodes non concurrentes, les meilleurs pourront participer aux « FINA Champions Swim Series » au printemps, avant de rejoindre leurs clubs pour défendre leurs couleurs sur le circuit de l’ISL. L’accord parfait.

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