Institutions - 25/09/2018

Pour Jérôme Valcke, jets privés et conflits d’intérêts

Le feuilleton « Jérôme Valcke à la FIFA » semblait terminé. Il vient de connaître un dernier épisode. Et, avouons-le, son contenu mérite le détour.

A en croire le rapport du Tribunal arbitral du sport (TAS), saisi par l’ex secrétaire général de la FIFA dans l’espoir (vain) de réduire sa suspension de 10 ans de toute activité liée au football, le Français aurait largement pioché dans le trésor de guerre de son employeur pendant ses années (2007-2015) dans le saint des saints du football mondial.

Révélé par Associated Press, le document du TAS en dit long sur les usages en cours à la FIFA au temps du président Sepp Blatter. Secrétaire général de l’organisation, Jérôme Valcke a dépensé pour 11,7 millions de dollars (9,96 millions d’euros au cours actuel) en avions privés et voyages de luxe. Et cela, en seulement trois ans.

Selon le TAS, Jérôme Valcke aurait enfreint à quatre reprises les règles de la FIFA en voyageant sur des avions privés sans raison valable, ou en se faisant accompagner de plus d’un invité sans en payer lui-même le surcoût.

Les voyages en question, dont la facture a été acquittée par la FIFA, l’ont amené une fois en visite touristique au Taj Mahal. Une autre fois, le Français s’est rendu à Doha pour y rencontrer l’émir du Qatar.

En juillet 2015, il a emmené femme, enfants et même nounou à Saint Pétersbourg à l’occasion du tirage au sort des éliminatoires de la Coupe du Monde 2018 en Russie. Le périple aurait coûté à la FIFA 71 699 dollars de plus que le même voyage effectué sur une ligne régulière. Visiblement peu regardant sur la dépense, Jérôme Valcke aurait également fait venir son fils Sébastien du Brésil jusqu’à Zurich, toujours aux frais de la FIFA, pour qu’il puisse se joindre au périple familial vers la Russie.

Interrogé par les juristes du TAS sur les raisons d’un tel excès, Jérôme Valcke ne s’est pas démonté. Il aurait expliqué avoir seulement suivi le conseil de Sepp Blatter de ne pas voyager sur une ligne régulière, « pour éviter d’être arrêté. » Ben oui. Fallait y penser.

Toujours selon le rapport du Tribunal arbitral du sport, Jérôme Valcke n’aurait pas seulement profité de sa position pour mener un train de chef d’Etat. Il se serait également rendu coupable de conflits d’intérêts.

Associated Press révèle que le Français aurait accompagné son fils Sébastien à Manchester lors d’une négociation avec un fournisseur britannique de réalité virtuelle, dans le cadre d’un marché pour l’équipement d’une fan zone sur la plage de Copacabana, à l’occasion du Mondial 2014 au Brésil. Au cours de la discussion, Jérôme Valcke aurait très clairement insisté pour obtenir une rémunération pour son fils dans le contrat avec la FIFA. Bénéfice de l’opération: plus de 700 000 dollars.

Démis de ses fonctions de secrétaire général de la FIFA en septembre 2015, à la suite d’accusations de malversation dans le cadre de la billetterie du Mondial 2014, Jérôme Valcke a été suspendu 10 ans de toute activité liée au football. Il a fait appel de sa suspension. A la fin du mois de juillet dernier, le TAS a rendu son verdict et confirmé la peine. Sur le moment, le Français a annoncé qu’il allait saisir le Tribunal fédéral suisse. Pas sûr, finalement, qu’il aille jusque-là.

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