Candidatures - 01/12/2016

« Je suis plus optimiste que les dernières fois »

Il est le plus ancien membre français du CIO. A presque 66 ans (il les fêtera mardi 6 décembre), Guy Drut a connu et souvent vécu de l’intérieur les dernières campagnes olympiques de la France. Très engagé dans la candidature de Paris 2024, le médaillé d’or sur 110 m haies aux Jeux de Montréal en 1976 a confié à FrancsJeux sa confiance dans le projet et expliqué son rôle au sein du comité parisien.

FrancxJeux: Quels commentaires vous inspire, avec le recul, la présentation de la candidature de Paris 2024 devant l’assemblée générale des comités nationaux olympiques (ACNO), le mois dernier à Doha?

Guy Drut: Dans un tel exercice, je crois qu’il faut se juger par rapport à soi-même, avant d’établir un comparatif avec les autres présentations. Nous n’avons pas commis de fautes. Sur la forme, chacun peut encore progresser, notamment dans l’articulation. Nous allons aussi devoir travailler sur l’utilisation du français et de l’anglais, pour trouver une astuce intelligente qui rende l’écoute la plus facile possible pour les membres du CIO, qu’ils soient francophones ou anglophones. Il faut trouver le juste milieu pour satisfaire tout le monde. Au niveau de l’interprétariat, il faudra être vigilant, à Lausanne au mois de juillet lors de la présentation devant le CIO, puis en septembre à Lima, afin que les traducteurs du CIO fassent passer les émotions transmises par nos différents orateurs. A Doha, j’ai ressenti une montée dans l’émotion. Le début a été classique, avec Denis Masseglia et Bernard Lapasset, puis Teddy Riner a abordé les questions techniques. Anne Hidalgo a ensuite joué dans l’émotionnel. Enfin, Tony Estanguet a mêlé émotionnel et technique. Il a parlé en membre du CIO.

Comment vous situez-vous par rapport aux deux autres candidatures, Budapest et Los Angeles?

Nous n’avons pas été les plus mauvais.

Quel rôle jouez-vous au sein de la candidature de Paris 2024?

Je suis le senior. Je n’aime pas trop ce terme, car il confirme mon âge, mais je suis celui qui fait part de son expérience, donne son avis, joue à la fois le coach, l’animateur et le conseiller. Nous avons un échange régulier. La moyenne d’âge, au sein du comité de candidature, ne dépasse pas 35 ans. Ils pourraient tous êtres mes enfants. Mais dans cette aventure, j’apprends autant que je transmets. Elle se révèle un partage d’expérience.

A ce stade de la campagne, comment jugez-vous Paris 2024 par rapport aux précédentes candidatures françaises aux Jeux olympiques?

Cette campagne est complètement différente des trois précédentes. Pour Paris 2008, j’avais dit que la candidature était une erreur car nous savions tous que les Jeux étaient promis à Pékin. Même chose pour Annecy 2018. PyeongChang était grandissime favori. En plus, la candidature a été plombée par un mauvais casting. Pour Paris 2012, l’erreur capitale a été de placer le politique devant le sportif. Les Anglais avaient une candidature sportive soutenue par les politiques. Nous avions le contraire. Aujourd’hui, tous les partenaires sont à leur place et restent à leur place. La danse est menée par deux personnalités issues du monde du sport, les deux co-présidents, Bernard Lapasset et Tony Estanguet. Et nous avons, au sein du comité de candidature, de nombreux olympiens dont plusieurs médaillés: Etienne Thobois, Thierry Rey, Jean-Philippe Gatien, Teddy Riner, Tony Estanguet et moi-même. Les athlètes sont présents à tous les niveaux. La famille parle à la famille.

 

Guy Drut(gauche), membre du Comité Olympique, Muriel Hurtis(2eme gauche), Anne Hidalgo(2eme droite), Maire de la ville de Paris, et Denis Masseglia(droite) posent devant l'entrée du Musée Olympique de Lausanne, Suisse, le 19 avril 2016. AFP SERVICES/PIERRE ALBOUY

Quelle place occupent les politiques?

Anne Hidalgo fait un parcours remarquable. Elle reste toujours à sa place, sans vouloir se mettre devant, mais le mouvement olympique sent bien que nous avons le soutien total de la ville de Paris. Nous aurons un même soutien total de Valérie Pécresse, la présidente de la région Ile-de-France, qui va entrer de plus en plus dans le jeu. Pour toutes ces raisons, je suis aujourd’hui un peu plus optimiste que la fois précédente.

Que se passerait-il pour la candidature si la France était présidée par Marine Le Pen au moment du vote du CIO?

Je n’y crois pas. Cela me semble impossible. Au contraire, je crois que la stabilité de l’institutionnel français reste l’un de nos arguments forts. Tous les présidents de la Vème République ont toujours été très positifs envers les Jeux olympiques. Nous en tirons aujourd’hui un vrai héritage, ce qui nous permet de répondre à une partie des exigences de l’Agenda 2020 du CIO. Nous aurions seulement deux chantiers à réaliser: la piscine et le village des athlètes

Les Américains sont doublement représentés à la commission exécutive du CIO, avec Anita DeFrantz et Angela Ruggiero. Les Français y sont absents. Est-ce un désavantage?

Sur ce terrain, il y a en effet avantage aux Etats-Unis. Ils sont deux, nous sommes absents. Mais la décision ne se jouera pas là. Le patron reste le président du CIO. Nous pouvons voir les membres du CIO aussi souvent. Et nous avons quelques bons amis au sein de l’exécutif. Cela étant dit, nous devrons rester vigilants et attentifs.

Le dernier Français membre de la commission exécutive du CIO a été Jean-Claude Killy. Il a démissionné de l’organisation olympique après les Jeux de Sotchi en 2014. Quelle rôle joue-t-il dans le projet Paris 2024?

Jean-Claude Killy est le seul à pouvoir parler de Jean-Claude Killy. J’ai des contacts réguliers avec lui. Je l’appelle, il me répond. Il nous arrive de parler. Jean-Claude à l’olympisme chevillé au corps et il est Français. Disons qu’il est attentif.

ActualitésVoir toutes les actualités