Institutions - 12/12/2013

« L’athlétisme mérite seulement 4 sur 10 »

L’homme qui s’exprime ainsi mérite d’être écouté. Michael Johnson, 46 ans, quadruple champion olympique entre 1992 et 2000, toujours recordman du monde du 400 m (43 sec 18), s’inquiète pour l’avenir de son sport. Et il l’a dit sans nuance, au Qatar, où il était l’invité de la deuxième édition des Doha Goals. Sans craindre d’égratigner au passage la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF). Interview.

FrancsJeux: A vos yeux, dans quel état se trouve aujourd’hui l’athlétisme?

Michael Johnson: Il va mal car il n’a pas évolué. Rien n’a vraiment changé depuis l’époque où je courrais. Or, j’ai arrêté ma carrière il y a 12 ans. Nous perdons régulièrement des fans. Nous allons donc aussi perdre des partenaires et des diffuseurs. Certains sports ont consenti des efforts, ces dernières années, pour s’adapter aux exigences de la télévision. En athlétisme, les résistances sont encore trop fortes pour envisager une modernisation.

Sur une échelle de 0 à 10, quelle note attribueriez-vous à l’athlétisme?

Je lui donnerais 4 sur 10.

Où est le problème?

Dans le format, d’abord. Un meeting d’athlétisme est un cauchemar pour une chaîne de télévision. Sauts, lancers, sprint, demi-fond, fond… les épreuves sont trop nombreuses. Aux Etats-Unis, les diffuseurs ont renoncé, l’athlétisme n’y est plus télévisé. Mais, honnêtement, qui s’intéresse vraiment au lancer de disque féminin? Mais le problème vient aussi de l’IAAF. A mon époque, elle a eu l’idée de créer un « Golden Four » regroupant les quatre plus grands meetings, Berlin, Zurich, Bruxelles et Rome. Puis on est passé au « Golden Six ». Il y a eu ensuite la Golden League. Et maintenant la Diamond League. Le public a du mal à suivre. Moi-même, je ne pourrais pas vous dire comment il faut s’y prendre aujourd’hui pour remporter la Diamond League.

Quelle est la solution?

Avant de penser à des solutions, il faudrait déjà reconnaître que notre sport traverse une période difficile et admettre qu’il doit évoluer. Les idées viendront ensuite. Mais je crois qu’il faudrait arrêter de se focaliser sur les stars et les records, pour s’intéresser plus à la compétition d’homme à homme. Battre un record du monde est devenu beaucoup trop difficile, donc rare, pour tout miser là-dessus.

Avec Usain Bolt, l’athlétisme a pourtant mis la main sur un champion et une personnalité capables d’attirer le grand public…

C’est vrai. Mais je trouve que l’IAAF ne traite pas le phénomène comme elle le devrait. Aujourd’hui, la Fédération internationale se félicite de l’avoir et espère qu’il durera le plus longtemps possible. C’est insuffisant. Elle devrait négocier avec lui un véritable partenariat, pour contribuer à sa promotion et au passage à celle de l’athlétisme.

Seriez-vous prêt à vous impliquer personnellement pour aider à moderniser ce sport?

Non. Je connais mes qualités. Aujourd’hui, je suis dans le business, un domaine où j’ai acquis des compétences. Pour faire avancer les choses, il faudrait intégrer les cercles dirigeants. Mais je ne serais sûrement pas élu.

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