Institutions - 15/11/2013

« Pas mal de membres du CIO attendent une candidature française »

Membre du CIO depuis 1996 et acteur majeur du mouvement sportif français, Guy Drut compte parmi les meilleurs connaisseurs francophones de l’univers olympique. Deux mois après l’arrivée de Thomas Bach à la présidence de l’institution, le champion olympique du 110 m haies en explique pour FrancsJeux l’évolution et les perspectives. Surtout, il lève le voile sur sa vision d’une candidature française aux Jeux d’été.

FrancsJeux: Le CIO est-il en train en train de changer sous l’influence de Thomas Bach ?

Guy Drut: Cela ne se fait pas encore sentir. Mais nous sommes sur la voie du changement. Thomas Bach a l’intelligence d’attendre de passer les Jeux de Sotchi avant de procéder à des modifications. Il veut prendre son temps. Il va constituer son équipe. Il a déjà recruté un chef de cabinet, pour renforcer l’action de Christophe de Kepper, confirmé comme directeur général du CIO. Il vient de recruter un nouveau directeur des sports. Et nous attendons l’arrivée d’un directeur des relations internationales et d’un autre chargé des finances.

La philosophie du CIO va-t-elle évoluer avec son nouveau président ?

Elle va évoluer, oui, pour épouser les changements de la société, mais pas de façon radicale. J’ai noté que Thomas Bach avait décidé de consacrer une grande place aux débats lors de l’Assemblée générale du CIO à Sotchi en février prochain. Il veut privilégier les discussions avec et entre les membres.

Verra-t-on, dans un proche avenir, un nouvel équilibre des forces se mettre en place au sein du CIO ?

Je ne crois pas. Si vous pensez au Sheikh Ahmad al-Fahd al-Sabah, il est déjà l’un des hommes de confiance de Thomas Bach. Mais c’est normal, car il est le président de l’Association des comités nationaux olympiques. Il représente une personnalité importante, au même titre que le président des Fédérations olympiques d »hiver ou celui des Fédérations olympiques d’été. La désignation de John Coates à la tête de la commission de coordination des Jeux de Tokyo démontre également qu’il a la confiance de Thomas Bach.

Où se situe la France au sein du CIO version Thomas Bach ?

La position de la France est la même sous Thomas Bach que lors de la présidence de Jacques Rogge. Nous comptons un élément de plus depuis la nomination de Tony Estanguet. Cette arrivée peut renforcer notre action. Il nous appartient maintenant, avec Jean-Claude Killy et Tony Estanguet, de conforter cette position en échangeant régulièrement et en agissant dans le même sens. Mais la France n’a pas de problèmes dans le mouvement sportif international. Nous organisons régulièrement des événements planétaires. Nous comptons beaucoup de représentants dans les instances internationales. Notre seul problème est de remporter un jour l’organisation des Jeux d’été.

Mais comment le résoudre ?

Pour avoir des chances de l’emporter, un projet olympique original et crédible doit être soutenu par toutes les composantes du pays. Les structures politiques, économiques et syndicales, le collège des fédérations olympiques, mais aussi et surtout la population. A ce titre, le référendum organisé en Bavière sur la candidature de Munich aux Jeux d’hiver de 2022 doit nous inspirer. Je ne serais pas personnellement opposé à une consultation régionale sur la volonté de se lancer dans la course aux Jeux d’été. Une consultation organisée l’an prochain en fin d’été ou en automne, auprès des populations concernées, en Ile-de-France ou en région PACA, les deux sites qui auraient une réelle crédibilité à postuler.

Aujourd’hui, sentez-vous une réelle volonté de la France de se lancer dans l’aventure ?

Objectivement, je ne sais pas. On est en droit de se poser la question. Les fédérations olympiques le souhaitent, mais elles ne suffisent pas. Il faudra bâtir un projet qui respecte un équilibre entre le monde sportif et le monde politique. Paris a perdu les Jeux de 2012 car la candidature penchait trop du côté politique. Mais la faire porter seulement par le mouvement sportif serait aussi une erreur.

Est-il nécessaire d’attendre avant de prendre position, comme le répètent Bernard Lapasset, Denis Masseglia et Valérie Fourneyron ?

Tout le monde peut s’exprimer, mais je préfère retenir les réflexions de Jean-Claude Killy à ce sujet. Oui, il est trop tôt pour se déclarer, c’est certain. On ne peut pas travailler avec des équipes qui vont changer, comme à Paris, après les Municipales de mars 2014. Il faut attendre.

Aujourd’hui, sentez-vous au sein du CIO une attente et une envie de voir la France présenter une candidature pour les Jeux d’été ?

Oui. Pas mal de membres du CIO attendent une candidature française. Pour les Jeux d’été de 2024, ou ceux de 2028.

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