Institutions - 03/09/2013

« Beaucoup me disent que je ferais un très bon président… »

Il est le seul candidat francophone à la présidence du CIO. Et l’un des plus anciens dans la place, puisque membre depuis 22 ans de l’institution olympique. Le Suisse Denis Oswald a répondu aux questions de FrancsJeux à Chungju, en Corée du Sud, où se tenait jusqu’à dimanche 1er septembre le championnat du monde d’aviron, un sport dont il préside la Fédération internationale depuis 1989.

 

FrancsJeux : Pourquoi avez-vous fait acte de candidature à la présidence du CIO ?

 

Denis Oswald : Je veux mettre mon expérience au service du CIO. Depuis mon entrée dans cette institution en 1991, j’ai occupé des positions très importantes, en restant 12 ans à la commission exécutive et en présidant les commissions de coordination des Jeux d’Athènes et de Londres. Je connais les rouages. Je sais comment concilier les parties qui composent le CIO. Mais je veux aussi défendre une certaine vision du sport, la vision d’un sport propre. Un sport qui, à l’image de l’aviron, place les athlètes au centre du décor. Or, j’ai compris depuis longtemps que, plus haut on est placé dans la hiérarchie, mieux on peut défendre ses idées.

 

Si vous êtes élu, quelles seront vos priorités de président du CIO ?

 

Je veux revoir la répartition des compétences et des pouvoirs entre la session, c’est-à-dire l’ensemble des membres du CIO, et la commission exécutive. L’affaire de l’exclusion de la lutte a démontré récemment que la question du programme, par exemple, ne devait pas être de la compétence de la seule commission exécutive. Il faut rééquilibrer les pouvoirs entre ces deux parties, car certains membres du CIO ont aujourd’hui l’impression ne plus avoir de prises sur les décisions. Ils ne décident plus grand-chose, sinon les villes hôtes des Jeux olympiques.

 

La question du programme des Jeux est au centre de nombreux débats. Quelle est votre position sur le sujet ?

 

Il est évident aujourd’hui pour tout le monde que l’enveloppe globale des Jeux ne doit pas augmenter. Mais il est crucial, je crois, de faire entrer de nouveaux sports. Le squash, le karaté, le roller, l’escalade, par exemple, patientent à la porte et devraient pouvoir entrer. Pour y parvenir, nous devrons étudier, sport par sport, l’intérêt de conserver certaines disciplines qui n’ont plus forcément leur place aux Jeux. Cette solution, par ailleurs peu coûteuse, permettrait d’élargir la variété de sports proposés sans augmenter la taille déjà limite des Jeux olympiques.

 

Êtes-vous favorable au retour du principe de visite des villes candidates par l’ensemble des membres du CIO ?

 

Oui. Comment peut-on juger de la qualité d’un dossier sans aller voir la réalité sur le terrain ? Mais les visites doivent être purement techniques. Et ne pas durer plus de trois jours. Une ville candidate devra proposer aux membres du CIO trois périodes de trois jours. A chacun, ensuite, d’en choisir une pour se faire une idée sur place de la qualité du dossier.

 

Vous êtes le seul candidat francophone à la présidence du CIO. Est-ce un atout ou un handicap ?

 

Ce n’est pas un atout, mais pas non plus un désavantage. Je suis un des premiers à défendre, depuis longtemps, la langue française dans le mouvement olympique. J’ai beaucoup travaillé dans ce sens avec l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) avant les Jeux de Londres. Et nous avons obtenu des résultats. Mais le français perd du terrain, c’est une évidence. A la FISA, par exemple, il est fréquent de voir les trois quarts de l’assistance se saisir des écouteurs pour bénéficier d’une traduction lorsque je m’exprime en français dans une réunion. Ils sont nettement moins nombreux à le faire si je parle directement en anglais.

 

Malgré tout, existe-t-il un réseau francophone au sein du mouvement olympique ?

 

J’ai espéré, en me portant candidat à la présidence du CIO, bénéficier de la sympathie des membres francophones. En Afrique, notamment. Mais aujourd’hui, je ne suis pas persuadé de pouvoir compter sur leurs voix…

 

A une semaine du vote, comment estimez-vous vos chances de l’emporter ?

 

Je suis dans l’interrogation. L’élection va se jouer à bulletins secrets, et beaucoup de membres préfèrent garder leur choix pour eux. Il est très difficile de sentir le vent. J’ai cessé depuis longtemps de faire des calculs, je préfère parler à un maximum de votants. J’ai reçu de très bons échos de ma plaquette de présentation et de mes idées. Beaucoup me disent que je ferais un très bon président. Mais cela ne veut pas dire qu’ils voteront tous pour moi.

 

Selon vous, sur quoi va se jouer l’élection de la ville des Jeux d’été de 2020 ?

 

Là aussi, il est très difficile de savoir. Tokyo n’a pas la symbolique d’Istanbul, mais le CIO sait que les Japonais sauraient livrer des Jeux irréprochables. Istanbul propose une candidature pleine de symboles, avec des Jeux sur deux continents, dans un pays qui avance. Mais les évènements des derniers mois pourraient en retenir certains. Du côté de Madrid, la situation économique est préoccupante, mais les Espagnols ont su l’exploiter en présentant un budget plus réduit que les deux autres villes et en expliquant que 80% des sites étaient déjà construits. Les trois villes ont leurs atouts.

 

Une dernière question plus directement française : Paris doit-elle se porter à nouveau candidate aux Jeux ?

 

Oui. Je n’ai jamais caché avoir voté pour Paris pour les Jeux de 2012. La candidature parisienne me semblait la meilleure, même si Londres a finalement offert des Jeux magnifiques. Paris doit se lancer à nouveau, mais en se donnant les moyens de l’emporter, car la France ne peut plus se permettre un nouvel échec. Sa candidature devra être portée par une très bonne équipe. Surtout, les politiques devront se mettre au service des sportifs, et non pas le contraire comme pour les Jeux de 2012. Et il faut voir à long terme, en créant d’ici là les infrastructures nécessaires aux Jeux. Un dossier où beaucoup d’installations sont déjà prêtes possède toujours des chances plus grandes de l’emporter. Prenez le cas de Pyeongchang 2018. Les Coréens ont été candidats trois fois. A chaque fois, nous leur avons expliqué ce qui n’allait pas. Ils ont écouté, ils ont construit, ils ont suivi les consignes du CIO. Comment toujours dire non à quelqu’un qui fait tout ce que vous lui demandez ?

 

Propos recueillis par Alain Mercier à Chungju (Corée du Sud)

ActualitésVoir toutes les actualités