— Publié le 15 février 2026

Christophe Dubi : « Les Jeux des Alpes françaises seront encore meilleurs que ceux de Milan-Cortina »

InterviewMilan-Cortina 2026 Focus

Alors que les Jeux olympiques de Milan-Cortina entrent dans leur dernière ligne droite, Francs Jeux fait le point avec Christophe Dubi. Le directeur exécutif des Jeux olympiques a pris le temps, à Milan, de tirer les premiers enseignements de cette édition 2026. Et d’évoquer les perspectives de la suivante, dans les Alpes françaises.


Quel est votre rôle précis pendant ces Jeux ?

C’est essentiellement de la coordination autour d’un centre de commande. On essaie d’être une plateforme de collaboration entre tous les acteurs du système. L’idée étant, si possible, de régler tous les problèmes en amont des Jeux pour qu’il y en ait un minimum au moment des Jeux, même s’il en reste encore pas mal, c’est normal. Et puis surtout, s’assurer que tous puissent faire leur travail : les spectateurs pour soutenir dans les gradins, les athlètes, et les médias. C’est un rôle de coordination de l’ensemble de cet écosystème assez vaste, à la fois géographiquement, et en nombre de personnes impliquées.

Vous étiez très optimiste avant l’ouverture. Quel ressenti vous avez maintenant que ces Jeux sont bien entamés ?

Qu’il reste encore pas mal de jours de compétition, et qu’il faut que ça se passe aussi bien ! J’étais confiant parce que dans la dernière conférence de presse avant les Jeux, je savais qu’on n’avait pas de problème systémique. Il y avait des difficultés ici et là, notamment en montagne à Cortina, mais pour le reste on n’avait pas de problème majeur. C’est super important. J’étais confiant et à la moitié des Jeux, ça dépasse toutes nos attentes, notamment parce que les athlètes en montagne – c’était notre grande crainte, qu’ils se sentent isolés – nous disent que ces Jeux sont formidables.

Vous avez placé l’expérience des athlètes en critère numéro 1 pour déterminer le succès de ces Jeux. Sur tous les sites de compétition, vous avez ces retours positifs ?

C’est ce que nous disent les CNO, et c’est aussi ce que nous transmettent les médias. C’est le principal marqueur. À Pyeongchang, où la plaine et la montagne sont très proches, on pouvait passer du ski au hockey sur glace en une heure. Ce n’est pas le cas ici, mais nous ne sommes pas les marqueurs des Jeux, ce sont les athlètes. Eux nous disent que ça fonctionne, et les fans adorent être en montagne dans cette ambiance chaleureuse. Tant que ces deux grandes populations nous disent que ça fonctionne, nous, on ne touche rien.

Justement, qu’en est-il plus précisément de l’expérience spectateurs ?

Ce que les Italiens ont très bien réussi, c’est ce que les Parisiens ont fait aussi : créer cette atmosphère unique qui est à la fois teintée de fierté locale, parce que Cortina et Livigno, ce n’est pas la même chose, pas la même musique, pas les mêmes traditions, mais il y a cette fierté de recevoir les Jeux. Les spectateurs le ressentent. Les organisateurs sont venus s’appuyer dessus, avec des dispositifs assez simples, qu’on avait à Partis, mais qui marchent : les sites de célébration, avec les athlètes, les grandes images du jour. Vivre les Jeux ensemble, gratuitement. Ça avait marché à Paris, ça marche encore ici. L’Arco della Pace, c’est magnifique. Il y a toujours du monde, c’est un peu l’équivalent de ce qu’on avait à Paris.

Cette édition est aussi importante pour la suivante, dans les Alpes françaises. Quel regard vous portez sur l’actualité délicate autour du COJOP ?

Oui, il y a des problèmes, c’est la vie. Les Jeux, c’est tellement important, ça implique tellement d’acteurs. Dans une position comme la mienne, si on n’est pas prêt à faire face à des problèmes et des défis, on change de boulot. Le projet a une telle importance qu’il y a toujours des problèmes. Là, maintenant, on a un problème de personnes. Il faut distinguer les problèmes susceptibles d’impacter le projet, et les problèmes de personnes. Il y en a tout le temps, des problèmes de personnes. C’est désagréable, on n’aime pas voir ça dans les médias, c’est inconfortable pour nous tous, mais d’une certaine manière ça va se résoudre.

Il faut faire la part des choses entre ce qu’on a fait jusqu’à présent, ce qu’il y a devant nous, avec des grands objectifs que l’on doit atteindre, et ceux que l’on a déjà atteints. On était avec la commission de coordination en décembre, il y avait satisfaction sur toute la ligne. On savait qu’il y avait des problèmes encore à régler sur le dispositif, le choix des sites, le choix des sports additionnels, etc. Il y a des marqueurs importants – l’emblème des Alpes 2030 va sortir, je pense, au mois d’avril. C’est beaucoup de travail, mais je sais qu’on va y arriver. Il y a beaucoup de confiance par rapport à ce qu’on a à faire et dans l’intervalle, j’espère que les problèmes personnels seront réglés.

Donc ça ne vous inquiète pas outre mesure ?

Est-ce que j’ai l’air inquiet ? Il faut faire la part des choses entre le factuel et les problèmes entre personnes. On doit rester concentré, en tant que système qui doit livrer les Jeux olympiques à la seconde près. Cette contrainte temporelle est très particulière. C’est ça, la mesure : est-ce qu’on est capable de livrer ? Aujourd’hui, je vous dis qu’on en sera capable. J’étais l’autre jour avec une foultitude de gens qui parlaient de la complexité des Jeux olympiques. En anglais, une expression dit : “It’s sending a rocket to the moon”. C’est envoyer une fusée dans l’espace. Je leur ai dit que c’était peut-être moins complexe qu’une fusée : quand on prend chaque pièce du puzzle, on peut comprendre. La grande différence, c’est qu’à Cap Canaveral, si on dit que c’est deux jours plus tard, pas d’impact. Les Jeux, ça ne fonctionne pas comme ça. À 20 heures, le 6 février, il y a 500 millions de téléspectateurs en direct. Cette contrainte-là, c’est ce qui doit vraiment cadrer tout ce que l’on fait. C’est ce qui doit nous contraindre, mais aussi nous rassurer. Les grands marqueurs, on les a atteints jusqu’à présent.

Certains observateurs commencent à se dire que switcher les Alpes 2030 et Utah 2034 pourrait être une solution.

Mais non, ce n’est pas possible. On ne peut pas faire des Jeux à Salt Lake City en 2030, on a les Jeux de Los Angeles, on n’arrive pas à faire deux éditions des Jeux à 18 mois d’intervalle sur le même territoire, ça ne fonctionne pas. Mais surtout, on a la certitude depuis toujours que le dossier français est super bon. On adore la région de Nice, Briançon, les Alpes. Ça fonctionne ! C’est un super dossier. À aucun moment, aucun, on s’est dit qu’on passait à autre chose. Jamais, ce ne sera pas le cas. Je vais vous dire une chose : les Jeux des Alpes françaises seront encore meilleurs que ceux de Milan-Cortina. Parce qu’on apprend des choses ici, on a appris de Paris, et on va faire encore mieux. On a des gens extraordinaires dans ces régions.

Quels sont les premiers enseignements que vous tirez de Milan-Cortina, justement, en vue de 2030 ?

Sur la livraison, on est vraiment bien. Par contre, en amont, c’était très complexe. Il y a des pièges à éviter dans le cadre des Alpes françaises. Je crois qu’ils ont déjà l’idée d’un système d’organisation qui est plus décentralisé qu’ici, en se reposant plus sur les compétences régionales. Piloter les Jeux depuis Milan, avec toutes les spécificités locales, ce n’est pas simple. C’est le premier grand enseignement. Ensuite, la seule chose qu’il me manque un peu personnellement, c’est une connexion encore plus marquée entre les différents clusters. C’est compliqué à faire mais, comme pendant la cérémonie d’ouverture, réunir tous les sites de célébration dans une production télévisuelle avec des athlètes qui seraient peut-être sur une place des médailles, ça rapprocherait encore la montagne de la plaine. C’est compliqué à faire, mais s’il y a une amélioration à faire, ce serait peut-être celle-ci à ce stade.