— Publié le 15 février 2026

Le combiné nordique saute dans l'inconnu

Milan-Cortina 2026 Focus

Mercredi, le Norvégien Jens Lurås Oftebro est devenu champion olympique de combiné nordique sur petit tremplin à Tesero. Aura-t-il un successeur en 2030 ? Rien n’est certain. Le combiné a figuré au programme de tous les Jeux olympiques d’hiver depuis Chamonix 1924, mais cela pourrait changer. Le CIO a ouvertement mis la FIS en garde : à l’heure de la diversité et de la parité, un sport qui ne propose que des épreuves masculines aux Jeux et qui ne concerne qu’un nombre restreint de pays n’a aucune garantie.

La participation et l’audience en juges de paix

En juin 2022, le CIO a envoyé un sérieux avertissement. « Lors des trois dernières éditions, les 27 médailles disponibles en combiné nordique ont été remportées par des athlètes issus de seulement quatre CNO (la Norvège, l’Allemagne, le Japon et l’Autriche, ndlr). De plus, le combiné nordique a enregistré de loin la plus faible audience lors de ces Jeux. » Les mots font mal, mais ils mettent la discipline face à la dure réalité. En février 2022, l’institut Ipsos avait conduit une enquête sur 28 pays en demandant au public de citer les trois événements des Jeux d’hiver qui les intéressaient le plus : le combiné nordique était le sport le moins cité (avec le skeleton).

La situation a été jugée « très préoccupante » par le CIO. La place du combiné nordique à Milan-Cortina a même fait l’objet de discussions, mais il a été maintenu au motif que les athlètes masculins s’y préparaient déjà depuis de nombreuses années. Les femmes, elles, restent spectatrices, comme le déplore l’Américaine Annika Malacinski : « Encore une fois, je ne manque pas les Jeux olympiques à cause de mon niveau, ni de mon travail, ni de mon engagement. Je les manque parce que je suis une femme. Nous faisons le même sport. Nous sautons sur les mêmes tremplins. Nous skions sur les mêmes parcours. Nous faisons les mêmes sacrifices. Quand le plus grand événement du monde arrive, la porte reste fermée. »

« Nous adorerions que les athlètes femmes participent, nous l’avons proposé. Mais ce n’est pas nous qui décidons. Nous avons dû l’accepter », explique Sandra Spitz, directrice des sports de la FIS, à Francs Jeux. L’inquiétude trotte aussi chez les hommes. « J’avoue que quand j’ai appris ma sélection, j’étais content parce que si dans quatre ans on n’est pas aux Jeux olympiques, j’aurais eu la chance de les faire une fois », nous confie le Français Maël Tyrode. « Pendant l’hiver, je n’y pense pas trop, il faut faire ce qu’on sait faire et rester focus. Mais en dehors de la saison, j’y pense », abonde Marco Heinis. La commission exécutive du CIO a prévenu : « L’inclusion du combiné nordique aux Jeux olympiques d’hiver de 2030 dépendra d’une évolution positive significative, notamment en termes de participation et d’audience. » Un gros coup de pression, que le monde du combiné nordique assure avoir entendu.

Des signaux positifs

Sandra Spitz, directrice des sports de la FIS, le reconnaît : « C’est un moment crucial pour nous. Le CIO a un nouveau leadership, nous nous attendons à du changement. Ils vont regarder de près le combiné nordique, mais on le prend comme un défi plutôt que comme une inquiétude, pour progresser. » La FIS a « beaucoup investi » pour moderniser son sport et répondre aux attentes.

« Nous avons un format compact, intégré aux Championnats du monde à Trondheim, qui a beaucoup de succès (les écarts de temps sont prédéfinis selon le classement du saut à skis et ne dépendent plus de l’écart de points, ndlr). Nous avons eu des retours très positifs, y compris des médias. C’était une bonne étape. Actuellement, nous testons aussi des formats de sprint au niveau continental. Nous continuons d’évoluer pour rendre ce sport plus populaire », nous indique Lasse Ottesen, directeur de course du combiné nordique au sein de la FIS.

« Nous avons établi un programme de développement il y a quatre ans et nous voyons que des nations de calibre moyen ou petit coopèrent avec les plus grosses, poursuit-il. Ces deux dernières années, nous avons battu des records chez les jeunes en termes de participation, chez les hommes comme chez les femmes. Nous voyons des résultats très positifs. » La FIS a d’ailleurs « un projet à venir avec les États-Unis », ce qui devrait permettre de renforcer la présence du combiné nordique sur ce marché.

« Les athlètes participent aussi »

Les efforts de la FIS ont également porté sur le terrain numérique. Désormais, une créatrice de contenu est présente sur toutes les courses pour alimenter les réseaux sociaux. « Les athlètes participent aussi, ils ont vraiment compris l’importance de se marketer eux-mêmes. La façon dont ils présentent notre sport sur les réseaux est exactement ce dont nous avons besoin, ils nous ont beaucoup aidés. Ce que fait par exemple Annika Malacinski (35.000 abonnés sur Instagram, ndlr), c’est précieux pour nous », abonde Sophie Hargesheimer, coordinatrice médiatique du combiné nordique à la FIS. L’audience télé a augmenté lors de la saison 2024-2025 de la Coupe du monde, et le contenu estival du combiné nordique a atteint des records, particulièrement sur TikTok.

Fort de cette dynamique, « le combiné nordique a sa place au plus haut niveau des sports d’hiver », assure Ottesen, et avec les femmes. « Tout au long de la saison, nous sommes tous ensemble, hommes et femmes, chaque week-end. Il y a un vide pendant ces deux semaines, mais nous sommes confiants pour la suite. » Intégré aux Championnats du monde en 2021, le combiné nordique féminin a fait du chemin, c’est incontestable, et présente plus d’arguments que jamais pour convaincre le CIO de lui ouvrir les portes du programme olympique. En dépit de tous ces progrès, les podiums restent la propriété exclusive des quatre pays précédemment cités… Enfin, ça, c’était le cas avant mercredi, puisque le Finlandais Eero Hirvonen a obtenu le bronze. Son compatriote Ilkka Herola s’est classé cinquième, et l’Estonien Kristjan Ilves sixième. Des signaux encourageants, à confirmer ce mardi, jour de la compétition sur grand tremplin. Les outsiders ne seront peut-être jamais autant encouragés.