— Publié le 25 janvier 2026

Joël Bouzou : « Aujourd'hui, l'Association mondiale des Olympiens est un pilier du Mouvement olympique »

Interview Focus

Après 14 années à la tête de l’Association mondiale des Olympiens, Joël Bouzou a transmis le témoin à la Suédoise Pernilla Wiberg. Quelques jours plus tard, le Français fait le bilan dans un entretien en deux parties.


Une page importante de votre vie vient de se tourner. Vous quittez la WOA avec un petit pincement au cœur ?

Oui, c’est un sacré bout de vie ! Quand j’ai pris l’organisation, elle avait très peu d’activité, elle n’existait presque que sur le papier. On a fait un sacré parcours, aujourd’hui c’est un pilier du Mouvement olympique. La WOA, ça compte, c’est 100.000 Olympiens dans le monde et 108 pays, des relations avec les FI, les CNO, les fédérations nationales, etc. Les Olympiens excellent tous dans un domaine et ils sont généralement très bien structurés intellectuellement. Ce sont des gens qu’il faut respecter. On a beaucoup travaillé pour que l’organisation émerge et soit reconnue internationalement.

Pourquoi ne pas avoir brigué un nouveau mandat ?

Parce que 14 ans, ça suffit. Si l’élection avait eu lieu il y a un an, peut-être que j’aurais candidaté, mais aujourd’hui j’estime que c’est mieux de transmettre. J’ai passé beaucoup de temps à former des gens, qui sont prêts pour continuer. C’est bien ! J’ai aussi une famille et je veux consacrer du temps à Peace & Sport, qui est mon bébé. C’est le moment de passer le relais, les conditions sont réunies.

Quel bilan vous tirez de vos 14 années de présidence ?

C’est une aventure immense. Quand j’arrive, il y a une vision : le service aux Olympiens et le service à la société, dont on ne parlait jamais. Les Olympiens sont des modèles, ils peuvent attirer la jeunesse vers le sport. Il ne faut pas qu’ils disparaissent à la fin de leur carrière sportive, il faut qu’on utilise leur notoriété pour booster le développement du sport. Au-delà d’être des champions, ils peuvent être des piliers pour la société. C’est cette vision que l’on avait au départ, et on a accompli beaucoup de choses. On a créé le World Olympians Forum (en 2015), OLY House, le post-nominal OLY… Je suis fier de ça.

Quand je suis arrivé, on ne contrôlait rien du tout, même pas une base de données ou nos communiqués de presse. Il a fallu pas mal de travail pour récupérer toutes nos propriétés, les rassembler et faire avancer cette organisation. On a réussi à devenir une entité qui compte vraiment aujourd’hui, en particulier pour le CIO. Nous avons exprimé nos positions, par exemple en 2022, sur la participation universelle des athlètes aux grandes compétitions, en disant que c’est le mérite qui doit primer et non le passeport. Cela nous a valu quelques frictions avec le CIO, mais cela n’empêche qu’aujourd’hui les choses sont bien établies dans le cadre d’un protocole de collaboration.

Quelle est la mesure la plus significative de votre présidence selon vous ?

Je dirais la création des trois lettres OLY. C’est comme un diplôme, que l’on met sur son CV, sur sa carte de visite. C’est reconnu dans le monde entier aujourd’hui, et partout. Au départ, cela fait sourire quand on dit que les Olympiens vont porter un pin OLY. Sauf qu’aujourd’hui, ils sont 24.000 à le porter, ils en sont fiers. Ils mettent OLY après leur nom sur leur carte de visite, ils sont identifiés comme étant des champions de l’excellence par les recruteurs potentiels, ils peuvent mettre cette capacité à se concentrer et à donner des résultats sur des projets d’entreprises. Beaucoup d’Olympiens s’impliquent dans l’environnement et mobilisent du monde pour défendre des causes. Sur les problèmes de société, pour parler de diversité, d’inclusion, de fair-play, d’équité, ils ont des compétences qui peuvent être utilisées.

C’est un honneur d’avoir été à la tête de cette grande famille ?

Oui, bien sûr. J’ai toujours essayé de servir le mieux possible. Quand on a des champions de ce niveau qui se reconnaissent dans l’organisation, qui portent le pin OLY fièrement, on est heureux de constater le chemin réalisé. Que des multiples champions olympiques soient intéressés pour devenir président des Olympiens (Pernilla Wiberg en ski alpin, James Tomkins en aviron, ndlr), ça montre que l’organisation est devenue importante. La cause nous dépasse donc à un moment, il faut transmettre. Je suis un passager, j’ai porté cette flamme pendant un moment, mais j’ai vocation depuis le départ à la transmettre pour qu’elle monte encore plus haut.