
Photo : L’Equipe / Peace and Sport.
Le Ballon d’or ne sera pas le seul trophée remis lundi soir au Palladium Theatre de Londres. Pour la cinquième année consécutive, la prestigieuse cérémonie verra aussi l’attribution du prix Socrates, qui distingue l’engagement caritatif et social des footballeurs. Sadio Mané a été récompensé en 2022 pour son investissement en faveur de la santé, l’éducation et le développement au Sénégal. Ont suivi Vinicius Junior avec la lutte contre le racisme (2023), Jenni Hermoso et son combat contre les violences faites aux femmes (2024), puis Luis Enrique et sa fondation Xana pour les enfants malades (2025). Joël Bouzou, président de l’organisation Peace and Sport, partenaire de ce prix, se livre avant la cérémonie tant attendue.
Comment est né le partenariat entre Peace and Sport et le Ballon d’or ?
On partage un certain nombre de valeurs avec les dirigeants de France Football, de L’Equipe et du groupe Amaury. Les volontés se sont rejointes. Récompenser le meilleur footballeur du monde, c’est magnifique, il y a une audience incroyable, c’est le summum du sport de haut niveau. On s’est demandé si on ne pouvait pas trouver une autre dimension et créer un éclairage sur le meilleur role model du football. C’est comme ça qu’on a créé le prix Socrates. Son nom s’est imposé assez rapidement car c’est un symbole : en plus d’être un grand footballeur, il a lancé la république des corinthiens, il a créé une méthode d’autogestion dans son club, il a pris position contre la dictature militaire au Brésil, etc. Il a utilisé son aura de champion pour faire évoluer la société dans un sens positif. C’est comme ça qu’on a créé le prix, pour récompenser des gens qui ont conscience du pouvoir de leur aura pour inspirer les gens.
Combien de temps a-t-il fallu pour que cette idée se concrétise ?
Un peu plus d’un an, pratiquement deux, entre l’idée, trouver le symbole et le mettre en place. Une fois qu’on s’est mis d’accord et que le nom de Socrates s’est imposé, il a fallu convaincre la famille, mais elle a complètement suivi. Rai, le petit frère de Socrates, est dans le jury, on travaille main dans la main avec lui. Des membres de la famille viennent chaque année pour la remise du prix. Cela fait partie maintenant de l’héritage de Socrates. On est très heureux, c’est un trophée qui est attendu, respecté.
Ce prix, c’est aussi une manière de combattre certains préjugés, de montrer que les sportifs ont des choses à dire en dehors du sport ?
Absolument, c’est la vocation de Peace and Sport, d’aider à transformer en succès les sensibilités des champions médiatisés. Le sport de haut niveau prend une énorme partie de la vie, mais pas tout. Certains ont conscience qu’ils peuvent servir à autre chose que d’être admirés pour leurs exploits. Prenez Sadio Mané : il a utilisé son aura, qui lui permet de parler à des jeunes mais aussi à des dirigeants. Quand il décide de mettre de l’argent pour soutenir des hôpitaux, on l’écoute. À chaque fois, le prix Socrates donne une aura à l’action, cela permet de l’amplifier et cela renforce des modèles qui peuvent faire une différence dans la société.
The Sócrates Award: Football beyond the pitch Inspired by the incredible life of Brazilian football legend and doctor Sócrates Brasileiro, the Sócrates Award honors players who use their influence to make a positive impact off the field. 🌍💫 Every year, this award, presented by l'Equipe Group and @peaceandsport highlights the most inspiring actions by committed footballers who support their communities and drive social change. ✨ Stay tuned as we reveal the winner during the @ballondor 2025! #BallonDor
— Peace and Sport (@peaceandsport) September 16, 2025
Comment se déroule le processus de sélection des candidats et du lauréat ?
On travaille toute l’année sur ce prix, on scanne l’actualité en permanence et on établit une liste d’une dizaine de projets. On la soumet ensuite au jury, dans lequel vous avez Rai, Frédérique Galametz (rédactrice en chef de L’Equipe), le président et le DG de Peace & Sport, le rédacteur en chef de France Football et le directeur de la communication du groupe L’Equipe. On examine la liste autour de quatre critères : l’impact social tangible, les actions concrètes, les bénéficiaires, les résultats ; le niveau d’implication personnel du champion ; la visibilité internationale et le réservoir de visibilité, pour donner encore plus de résonance auprès du grand public et du monde du sport ; une cohérence avec l’identité du prix.
Les précédents lauréats vous ont témoigné de l’importance qu’avaient ce prix à leurs yeux ?
Sadio Mané, on l’a vu un certain nombre de fois, il est venu à notre forum en Arabie saoudite en 2023. Pour Luis Enrique, son épouse et sa belle-sœur son très impliquées dans le suivi de sa fondation. Elles sont venues à Monaco, ont visité les locaux de Peace and Sport. Elles ont eu des rendez-vous avec les équipes au sujet de l’héritage du trophée, pour développer l’ampleur de leur action. Cela leur donne beaucoup plus de crédibilité. Il y a des projets de construction qui sont accélérés grâce à ce prix et cette reconnaissance. Ce qu’ils font est reconnu au niveau international donc ils reçoivent plus facilement du soutien au niveau local.
Peut-on imaginer que le prix Socrates évolue à l’avenir ?
Cela a commencé d’une certaine façon puisque l’an passé, Luis Enrique était le premier entraîneur à recevoir ce prix. On reste focalisé sur les athlètes, mais on se donne aussi la possibilité de faire des exceptions quand c’est très innovant, impactant. Les champions actifs, en cours de carrière, nous intéressent par leur aura, mais ceux qui ont terminé leur carrière ou qui utilisent leur aura pour faire autre chose nous intéressent aussi. On est convaincu que le sport, c’est bien plus que du sport. Le football, c’est beaucoup plus que du football. On est là pour créer le plus de haut-parleurs possibles, et les champions en sont, pour contribuer à un changement durable de la société. Ce n’est pas une utopie, on arrive à modifer le comportement de beaucoup de jeunes dans des communautés par le sport.

