
Photo : Faroese Handball Federation/Andrei Vladut Antal.
Les îles Féroé ont participé à leur premier Championnat du monde féminin de handball en 2025. Les garçons ont suivi le même chemin et se frotteront aux meilleures nations de la planète en janvier 2027. Ce territoire autonome du Danemark envoie aussi systématiquement des nageurs aux Championnats du monde. Pourtant, les portes des Jeux olympiques lui restent encore fermées. L’archipel ne désespère pas et a même monté un groupe de travail dédié au mois de juin. Son président, Uni Holm Johannesen, répond aux questions de Francs Jeux.
Quel est le rôle de votre groupe de travail ?
Notre mission principale consiste à œuvrer en faveur de la reconnaissance olympique des Îles Féroé au sein du CIO. La Confédération des sports des Îles Féroé (ÍSF) avait déposé une demande de reconnaissance en 1984. Cependant, pour des raisons qui ne sont pas tout à fait claires, cette demande n’a pas été examinée avant la modification de la Charte olympique en 1996, qui a limité l’adhésion au CIO aux États indépendants. Les Îles Féroé ont toujours soutenu que la demande de 1984 aurait dû être examinée au regard des règles en vigueur au moment de son dépôt, et non au regard de celles introduites en 1996.
Il existe actuellement 12 Comités olympiques nationaux reconnus par le CIO qui ne représentent pas des États membres de l’ONU : les Bermudes, Hong Kong, Taipei chinois, les Îles Vierges américaines, les Îles Caïmans, les Îles Vierges britanniques, Aruba, les Îles Cook, Guam, les Samoa américaines, la Palestine et le Kosovo. Le rôle du groupe de travail est de plaider en faveur d’un examen de la candidature initiale selon les règles en vigueur au moment de son dépôt.
Pourquoi est-il si important pour les Îles Féroé de pouvoir participer aux Jeux olympiques ?
Depuis des générations, les Îles Féroé aspirent à participer aux Jeux olympiques sous le drapeau féroïen. Cette aspiration relevait avant tout d’une question de principe mais aujourd’hui, c’est devenu une réalité sportive. Si les résultats sont globalement conformes aux attentes, les deux équipes nationales de handball pourraient avoir une chance de se qualifier pour le tournoi de qualification olympique en avril 2028. Les Îles Féroé participent aux compétitions internationales de handball depuis 50 ans. Pourtant, elles ne peuvent pas participer aux Jeux olympiques. Nous estimons que cela est injuste, car les équipes font tout ce qui est exigé d’elles sur le terrain.
Le CIO a déjà orienté certains athlètes féroïens vers l’équipe olympique danoise. Ce fut le cas du nageur féroïen Pál Joensen, qui a représenté les Îles Féroé lors des Championnats d’Europe et du monde. Mais dans les sports d’équipe, on ne peut pas simplement transférer tout un groupe de joueurs vers une autre équipe nationale. Les handballeurs féroïens risquent donc d’être exclus des Jeux olympiques pour des raisons qui n’ont rien à voir avec leurs performances sportives. Les Îles Féroé ont toujours constitué une nation sportive à part entière. Notre équipe nationale de football participe aux compétitions internationales sous le drapeau des Îles Féroé, nos nageurs ont remporté de nombreuses médailles à travers le monde, nos rameurs sont champions du monde d’aviron en salle, et de nombreux athlètes féroïens aspirent à participer aux Jeux olympiques. Ce qu’ils ne peuvent pas faire actuellement, c’est participer aux Jeux olympiques sous la même identité et le même drapeau féroïens que ceux sous lesquels ils concourent partout ailleurs.

Photo : Faroese Handball Federation/Andrei Vladut Antal.
Vous avez une idée du nombre d’athlètes que les Îles Féroé pourraient envoyer aux Jeux olympiques à partir des critères sportifs ?
C’est difficile de répondre à ce stade. En 2012 et 2016, le nageur Pál Joensen a représenté le Danemark aux JO. En 2021 et 2024, le rameur Sverri Sandberg Nielsen a concouru en skiff. Sára Maria Johansen était aussi à Paris en 2024. Aux Jeux olympiques 2028, Vár Guðriðardólr Hansen, championne du monde d’aviron en salle, devrait également faire partie de l’équipe danoise d’aviron de plage. Ces exemples donnent une idée du niveau des athlètes féroïens, mais il est impossible de dire exactement combien d’athlètes seraient éligibles sous l’égide d’un Comité olympique féroïen. Nous sommes également convaincus que la reconnaissance par le CIO serait un accélérateur significatif. Avoir l’opportunité de représenter les Îles Féroé aux Jeux olympiques créerait une motivation supplémentaire pour les athlètes et les fédérations sportives à s’investir dans le développement à long terme de l’élite sportive.
Pourquoi pensez-vous que la candidature des Îles Féroé serait plus pertinente aujourd’hui que par le passé ?
Les Îles Féroé sont, et ont toujours été, une nation sportive à part entière. Les athlètes féroïens participent aux Jeux paralympiques en leur propre nom depuis près de 50 ans ! Le paysage sportif a continué à se développer. En 2025, l’Association féroïenne de tennis est devenue membre de Tennis Europe et de la Fédération internationale de tennis. La fédération féroïenne d’haltérophilie a également obtenu un statut de membre indépendant au niveau international ces dernières années. Ce qui rend la situation d’autant plus pertinente aujourd’hui, c’est que les athlètes féroïens, dans de plus en plus de disciplines, atteignent un niveau qui les place dans une position très inhabituelle. Ils peuvent représenter les Îles Féroé lors des Championnats d’Europe et du monde sous le drapeau féroïen, mais ils ne peuvent pas emporter cette même identité sportive avec eux aux Jeux olympiques. De la bouche même des athlètes féroïens, représenter les Îles Féroé compte beaucoup pour eux. C’est un élément important de leur identité sportive.
Le CIO avait déjà été sollicité à ce sujet au début de l’été et avait adopté une position ferme : les territoires semi-autonomes ne peuvent pas être représentés aux Jeux olympiques. Il ne semble pas y avoir de marge de manœuvre sur ce sujet, pensez-vous vraiment qu’il pourrait changer d’avis ?
Le CIO a répondu au début de l’été à une lettre envoyée par le président du Parlement danois et plusieurs autres députés danois. Nous estimons que cette réponse ne tient pas pleinement compte de la situation dans laquelle pourraient se retrouver les athlètes des Îles Féroé, en particulier si l’équipe masculine ou féminine de handball se qualifie pour le tournoi de qualification olympique. Nous souhaiterions donc engager un dialogue plus clair avec le CIO sur la manière dont cette situation peut être conciliée avec le principe olympique qui consiste à donner la priorité aux athlètes. Les Îles Féroé participent aux compétitions internationales sous leur propre nom dans un large éventail de sports depuis des décennies. Nous estimons donc que l’approche du CIO se concentre de manière trop restrictive sur la question du statut d’État lorsqu’il s’agit de déterminer ce qui constitue une nation sportive reconnue. Notre position est que la réalité sportive des Îles Féroé, ainsi que les droits et les opportunités des athlètes féroïens, devraient également faire partie du débat.
Vous avez le soutien de certaines fédérations internationales ? Elles pourraient plaider en votre faveur.
Nous avons rencontré beaucoup de bienveillance lorsque nous avons présenté notre cause à des personnes et à des organisations à l’échelle internationale. Nous sommes actuellement en pourparlers avec la Fédération internationale de handball au sujet de cette question spécifique. Notre approche consiste à rechercher le soutien et la compréhension des fédérations internationales concernées par le biais d’un dialogue, tout en continuant à défendre notre cause directement auprès du CIO.
Avez-vous un calendrier en tête ?
Déjà, nous aimerions savoir clairement ce qui se passerait si l’équipe masculine ou féminine de handball se qualifiait pour le TQO. Il serait extrêmement regrettable et injuste que les Îles Féroé se retrouvent soudainement dans l’impossibilité de participer alors que l’équipe s’est qualifiée sur la base de ses performances sportives. Le handball féroïen a réalisé des progrès significatifs et même s’il n’y a pas de qualification pour le TQO de 2028, la question risque de se poser à nouveau en 2032. À mesure que les athlètes féroïens progressent, la question de savoir s’ils peuvent représenter les Îles Féroé aux Jeux olympiques ne fera que gagner en pertinence. C’est pourquoi nous souhaitons engager un dialogue clair et constructif avec le CIO bien avant que le processus de qualification pour 2028 n’atteigne ce stade.

