— Publié le 12 avril 2026

Au sein du CIO, une asymétrie qui interroge sur « la cohérence de l'Olympisme en tant que système de valeurs universel »

Tribune Focus

Le Comité international olympique est en première ligne ces dernières semaines. L’instance a dévoilé une nouvelle politique relative à la catégorie féminine, non sans soulever des questions. Elle est aussi confrontée à un contexte géopolitique extrêmement tendu, qui met à mal les principes qu’elle essaie de porter. Ce contexte a fait réfléchir un analyste de l’olympisme, Ryoichi Kasuga. Ancien directeur des relations internationales du Comité olympique japonais (JOC), il a couché son ressenti dans une tribune, que Francs Jeux publie ci-dessous.

« Pendant de nombreuses années, j’ai cherché à comprendre et à transmettre la direction prise par le Comité International Olympique sous un jour positif, avec la conviction que ses actions étaient guidées par les principes fondamentaux de l’Olympisme. J’ai surtout gardé la ferme conviction que le sport, à son plus haut niveau, sert de pont — un pont qui aspire à unir l’humanité au-delà des divisions et des conflits politiques.

Le concept de la Trêve Olympique, ancré dans la tradition antique et transposé à l’ère moderne, a longtemps symbolisé cette aspiration. Il ne s’agit pas d’un simple idéal, mais d’un engagement éthique minimal : celui que, même en temps de conflit, l’humanité puisse marquer une pause, aussi brève soit-elle, pour reconnaître quelque chose de plus grand.

Cependant, ces dernières années, j’ai commencé à ressentir une inquiétude croissante quant à la manière dont ce principe est respecté. Des conflits persistent à travers le monde et, dans certains cas impliquant des nations telles que Israël et les États-Unis, il est difficile de discerner une articulation claire et cohérente de la Trêve Olympique du point de vue du CIO. Si le principe de neutralité politique exige sans aucun doute de la prudence, le silence — lorsqu’il semble sélectif — risque de compromettre l’universalité des idéaux mêmes que le Mouvement cherche à représenter.

Parallèlement, le CIO a pris un rôle plus actif dans un autre domaine : la quête de l’équité dans la compétition. Les discussions récentes concernant la catégorie féminine dans le sport démontrent une volonté de tracer des lignes, souvent fondées sur un raisonnement scientifique. Pourtant, là aussi, la complexité surgit. Les principes d’inclusion et d’équité — tous deux essentiels à l’Olympisme — ne s’alignent pas toujours parfaitement dans la pratique.

Ces principes ne sont pas intrinsèquement en conflit. L’inclusion cherche à garantir que personne ne soit exclu, tandis que l’équité cherche à préserver l’intégrité de la compétition. Toutes deux découlent du même fondement philosophique. Toutefois, lorsqu’elles se traduisent en politiques, elles nécessitent de tracer des frontières, et c’est précisément dans cet acte que naissent les tensions. Ce à quoi nous sommes aujourd’hui confrontés n’est pas simplement une question de savoir où tracer ces lignes, mais de savoir si elles sont tracées avec cohérence.

Dans certains domaines, des critères clairs sont établis. Dans d’autres, la retenue ou le silence prévaut. Cette asymétrie, indépendamment du bien-fondé des décisions individuelles, affecte inévitablement la perception de la cohérence de l’Olympisme en tant que système de valeurs universel.

Bien entendu, la réalité résiste à la simplicité. L’équité parfaite est inatteignable ; l’inclusion absolue est tout aussi insaisissable. Cela est bien compris par ceux qui sont engagés dans le sport. Pourtant, c’est précisément pour cette raison que l’effort d’explication devient essentiel. Si les décisions doivent rester imparfaites, leur raison d’être sous-jacente doit néanmoins être articulée avec clarté et sincérité.

Historiquement, le CIO a souvent maintenu l’équilibre non pas en tranchant les conflits directement, mais en absorbant les tensions et en laissant un espace de coexistence. Cette approche a, à bien des égards, préservé l’arène olympique comme un domaine unique. Cependant, dans un monde de plus en plus fragmenté, on peut se demander si cette méthode seule demeure suffisante.

Et pourtant, je continue de croire au potentiel durable de l’Olympisme. Non pas comme une doctrine achevée, mais comme une philosophie vivante — une philosophie qui doit être entretenue par une réflexion et un examen de soi continus. La question qui se pose à nous n’est donc pas de savoir si le CIO a raison ou tort. Il s’agit plutôt de savoir si la direction qu’il poursuit reste fidèle à la cohérence qui donne à l’Olympisme son autorité morale.

Si le Mouvement Olympique doit rester un héritage partagé de l’humanité, peut-être que ce qui est requis maintenant n’est pas une affirmation plus forte, mais un questionnement plus calme et plus délibéré. »