— Publié le 4 mars 2026

Marie Bochet : « Avancer les Jeux paralympiques en février ? Il faut accepter de bouger certaines lignes »

InterviewMilan-Cortina 2026 Focus

Marie Bochet avait illuminé les Jeux paralympiques de Sotchi et de Pyeongchang : quatre médailles d’or en Russie, quatre autres en Corée du Sud. La skieuse a ajouté une neuvième médaille paralympique à son palmarès à Pékin, cette fois en argent. La Savoyarde ne sera pas sur le skis à Milan-Cortina, mais dans le costume de cheffe de mission de la délégation française. Avant d’entrer dans le vif du sujet avec la cérémonie d’ouverture vendredi soir, elle s’est confiée à Francs Jeux.


Comment vous abordez ces Jeux, dans ce rôle inédit ?

Je les aborde un peu comme quand j’étais athlète. Ce sont des moments assez stressants, pour les staffs aussi. Quand on arrive sur des Jeux, il y a pas mal de points qu’on ne connaît pas, même si on a travaillé pour avoir un maximum d’informations. Je suis arrivé lundi au village, on découvre un fonctionnement, une organisation. C’est finalement un nouveau rôle, mais avec à peu près les mêmes émotions, même s’il y a peut-être un peu moins de pression.

Vous ressentez une forme d’excitation ?

Complètement, il y a de l’excitation parce que je connais les qualités de notre équipe paralympique. On a envie de les voir s’exprimer. Je les connais très bien, je sais tout ce qu’ils ont mis en place. Je suis impatiente de les voir, il y a l’excitation de revivre ces grandes émotions. Je me suis rendue compte depuis deux ans que les émotions sportives, on les vit très fort en tant qu’acteurs, mais elles se partagent bien. J’ai hâte de vibrer devant les performances de nos Français.

Que pensez-vous des conditions de séjour et de compétition des athlètes ?

Pour l’instant, je suis au village à Cortina. Le contexte est plutôt correct. On n’a pas une météo très favorable en ce moment, il fait assez chaud. C’est la grosse différence entre les Jeux olympiques et les Jeux paralympiques, la météo de mars est toujours très différente de celle de février. Il y a cette inconnue sur les conditions de neige, les athlètes savent que ce sera plutôt une neige de printemps. Sur le village, notamment à Cortina, on a la chance d’avoir pas mal d’espaces communs qui permettent à la délégation de se retrouver. Je ne suis pas encore allée sur le site du nordique mais je crois que tout le monde est bien installé.

L’idée d’avancer les Jeux olympiques d’hiver au mois de janvier, pour que les Jeux paralympiques aient lieu en février, est évoquée par le CIO. Cela vous semblerait judicieux ?

Je n’en avais pas entendu parler, mais je pense que c’est dans l’ordre de la réflexion que l’on doit avoir sur les évolutions de nos sports et des calendriers. En mars, on a des températures assez chaudes et donc une qualité de neige assez variable. Ça peut être une réflexion à mener. Il faut qu’on avance des sujets comme ça aujourd’hui, accepter de bouger certaines lignes, pour pouvoir continuer à valoriser nos sports correctement.

Triple médaillé d’or en 2022, Arthur Bauchet sera l’un des leaders de la délégation.

En termes de conditions de neige et de météo, quelle a été votre expérience lors des Jeux paralympiques auxquels vous avez participé ?

J’ai toujours eu des Jeux assez chauds. C’était assez contradictoire avec l’expérience vécue par les Olympiques au mois de février, notamment à Pyeongchang et Pékin : il faisait très froid pour les JO et nous, on avait eu chaud, on finissait sur de la neige salée. Après, l’avantage des Jeux paralympiques au mois de mars, c’est que ça clôture la saison. Pour avoir échangé avec les athlètes olympiques, c’est un sacré challenge de repartir sur le circuit de Coupe du monde après les Jeux. Avancer d’un mois, ce n’est pas anodin, c’est du temps de préparation en moins, c’est de l’adaptation. Mais je pense qu’on doit s’adapter aujourd’hui et mener ces réflexions.

Vous avez vécu plusieurs grandes compétitions paralympiques en Italie. Quel souvenir vous en gardez ?

J’ai participé à différents Championnats du monde. On a toujours eu de belles pistes. En 2011, c’était à Sestrières, sur un site olympique et paralympique de 2006. Il y a une culture des sports d’hiver et du ski alpin ici. À Cortina, on a un site magnifique aussi. Ce matin, on est monté sur les pistes, on a ouvert grand les yeux sur les Dolomites. C’est vrai que ça fait un moment que ce n’est pas arrivé sur les Jeux d’hiver d’avoir ce théâtre spectaculaire. Ça donne un supplément d’âme à ces Jeux. Les Italiens sont hyper chaleureux, les bénévoles sont super sympa.

Cette délégation française a, selon vous, le potentiel pour s’approcher du record de 2018 ?

On a une délégation très ambitieuse, clairement. Elle est peu nombreuse mais pleine de compétences. À 100%, tous nos athlètes ont le potentiel pour être médaillés. On a eu plus de 50 podiums déjà cet hiver. Ce qui est différent par rapport aux Jeux précédents, c’est qu’on a une multitude de profils qui peuvent aller chercher des titres et plusieurs médailles. Auparavant, on avait toujours des médaillables, mais avec des profils qui ressortaient un peu plus. Là, chacun peut vraiment tirer son épingle du jeu, ce qui va amener une vraie émulation dans cette équipe. On parle de potentiels triplés, de multi médaillés… C’est ce qui va faire notre force et ce qui peut nous permettre de battre le record.

C’est aussi une belle délégation pour créer des vocations dans l’optique de 2030 ?

Oui, complètement. L’équipe s’est rajeunie, on a des leaders qui seront sans doute encore là en 2030, des jeunes comme Aurélie Richard et Karl Tabouret qui vont vivre leurs premiers Jeux et qui seront présents en 2030. Forcément, ça va porter nos petits jeunes. Le fait de revenir en Europe, dans un fuseau horaire qui permet une diffusion plus large, ça va forcément créer des vocations, on l’espère. C’est aussi le but des Jeux paralympiques : montrer que le handicap n’est pas forcément une limite, qu’il y a des adaptations pour permettre aux personnes en situation de handicap de rêver grand.