Quel avenir pour le sport canadien ? Le Comité national olympique (COC) se pose de plus en plus de questions. Si les Jeux olympiques de Paris 2024 ont été un franc succès (27 médailles dont neuf en or, du jamais vu depuis 1984), le bilan de Milan-Cortina 2026 est moins éclatant. Le Canada n’a pas démérité avec 21 médailles, dans sept sports différents. Toutefois, le pays disposait de la deuxième plus large délégation de ces Jeux, derrière les États-Unis, et n’a fini que onzième du classement des nations. Il faut même remonter à Salt Lake City 2002 pour voir aussi peu de podiums canadiens aux Jeux d’hiver. Entre Turin et Pékin, le compteur oscillait toujours entre 24 et 29 médailles. Une alerte que le COC ne prend pas à la légère.
« Tous se regarder dans le miroir »
L’état-major du COC était réuni pour une conférence de presse à Milan dimanche. Le chef du Sport, Eric Myles, ne s’est pas caché : « On aurait pu aller chercher 30 médailles. Ce n’est assurément pas un blâme à l’égard des athlètes. Mais il est essentiel de tous se regarder dans le miroir, incluant le gouvernement, pour se demander comment on pourrait améliorer les choses. » L’an dernier, les coureurs canadiens avaient dû payer eux-mêmes leurs frais de déplacement et de logement pour les Championnats du monde au Rwanda. Si Magdeleine Vallières Mill a été sacrée championne du monde, c’est donc parce qu’elle a consenti à engager plusieurs milliers d’euros pour payer le transport, l’hôtel, la nourriture, le service mécanique et des soins.
Hugo Houle avait quant à lui renoncé à s’y rendre et à représenter son pays. « Cyclisme Canada n’a pas les moyens de payer mon billet d’avion », se désolait-il. « Notre système est en déclin, répète Eric Myles. Les organisations sportives nationales sont contraintes de réduire les camps d’entraînement. Notre vivier d’athlètes s’amenuise. Et des athlètes prometteurs abandonnent le sport de haut niveau parce qu’ils n’ont pas les moyens d’en assumer les coûts. »
Final medal count for Team Canada. 🇨🇦 Proud until the very last moment. ❤️ pic.twitter.com/aqpYyXdpaE
— Team Canada (@TeamCanada) February 22, 2026
90 millions d’euros pour boucher les trous
David Shoemaker, PDG et secrétaire général du COC, a mis le doigt sur la nécessité d’augmenter le financement fédéral. « Les Canadiens méritent un système sportif correctement financé, insiste-t-il. Les organisations sportives nationales sont soumises à des contraintes financières insupportables. Elles sont obligées de faire des choix impossibles. Il n’y a qu’une seule solution à ce défi : le financement de base des organisations sportives nationales n’a pas augmenté depuis 20 ans. Il faut que cela change. » Le signal d’alarme avait déjà été actionné ces derniers mois au moment des discussions budgétaires.
Le Comité olympique canadien estime le manque à environ 90 millions d’euros. « Nous pensons que cela permettrait de relever correctement le défi du financement du sport de haut niveau ainsi que du développement à la base. Le financement actuel s’élève à environ 220 millions de dollars canadiens (135 millions d’euros), et nous demandons 144 millions supplémentaires (90 millions d’euros). Jusqu’à présent, nous n’avons pas obtenu gain de cause. Nous restons optimistes et continuons à pousser. Nos athlètes le méritent. Nous n’abandonnerons pas. (…) Nous appelons le gouvernement fédéral à injecter davantage d’argent dans le sport au niveau national afin que davantage de nos meilleurs athlètes puissent représenter leur pays. » Selon Le Devoir, le gouvernement fédéral canadien consacre l’équivalent de 8 dollars par habitant au sport, bien moins que la France (entre 20 et 25 dollars), le Royaume-Uni, l’Italie, l’Australie ou les pays d’Europe du Nord.

