
Crédits : Swiss Olympic.
Les Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina 2026 resteront dans les annales du sport suisse : la délégation helvète a explosé ses records en remportant 23 médailles, dont six en or. Le ski alpin (9 médailles) et le ski acrobatique (5) ont servi de locomotives, mais les athlètes suisses ont brillé de manière beaucoup plus large en montant sur le podium dans huit sports différents. Ruth Metzler-Arnold, présidente de Swiss Olympic, revient sur ces Jeux, sur leur impact et sur les leçons qui peuvent en être tirées pour la candidature Suisse 2038.
Quel bilan vous faîtes de ces Jeux ?
Du point de vue des performances sportives, c’est exceptionnel. Nous sommes au-delà de nos espérances. Notre record était de 15 médailles et nous en avons eu 23, c’est extra ! Ce qui me plaît beaucoup, c’est aussi qu’on a gagné ces médailles dans huit sports : le bobsleigh, le curling, le ski alpin, le hockey, le saut à ski, le ski de fond, le freestyle et le ski-alpinisme. Cinq fédérations nationales différentes ont gagné des médailles, cela montre la diversité du sport suisse. Les fédérations ont bien fait leur travail. À Pékin, les médailles venaient de seulement trois sports et d’une seule fédération, Swiss-Ski.
Est-ce que la Suisse a le potentiel pour aller un peu plus haut que ces 23 médailles à l’avenir ?
(Rires) Je suis très surprise qu’on ait atteint les 23 médailles. Quand on voit combien de déceptions nous avons, on aurait même pu en faire plus. D’un autre côté, il y a aussi eu quelques surprises. Nous avons tellement d’athlètes qui ont le potentiel de faire des médailles, mais le niveau est serré. Certes, nous nous développons, mais les autres également ! Faire à nouveau 23 médailles dans quatre ans, ce sera compliqué, c’est un objectif très élevé.
🥇 Marianne Fatton erste Olympiasiegerin im Skitouren-Sprint!
— Swiss Olympic Team (@swissteam) February 19, 2026
Die Neuenburgerin sichert sich in Bormio als Erste den Sieg in dieser Disziplin. Mit schnellen, beeindruckenden Wechseln setzt sie sich gegen die favorisierte Französin Emily Harrop durch. 🎉👏🏼 pic.twitter.com/vBOolrBZft
Que vous ont dit les athlètes sur cette expérience en Italie ?
L’expérience est vraiment différente selon le sport et le lieu. À Bormio, les hommes du ski alpin étaient seuls alors qu’à Cortina ou Milan, il y avait un village olympique qui permettait d’échanger entre athlètes de différents sports, entre les nations. J’ai échangé avec les athlètes, leurs familles, leurs entraîneurs, et ça reste une expérience très positive pour la majorité. On a entendu des critiques et on les prend au sérieux. Certains athlètes ont dit que l’ambiance olympique manquait un peu. Ils ont aussi regretté l’absence des cérémonies comme on les connaissait sur les places des médailles. Nous en avons parlé avec le CIO et nous espérons qu’elles feront leur retour pour 2030. Ces Jeux ont prouvé que le concept décentralisé avait vraiment du sens, mais il y a certainement des moyens d’offrir à tous les athlètes une vraie expérience olympique.
Le public suisse a-t-il suivi ces Jeux avec intérêt ?
Je n’ai pas tous les chiffres, mais les chaînes de télévision SRF et RTS ont annoncé des records d’audiences. À notre niveau, nos réseaux sociaux ont également été très suivis. Nous avons atteint des sommets avec une campagne intitulée fan-phone : nous avons reçu des milliers de messages de la part des fans pour encourager les athlètes, plus du double que pour Paris 2024. Cet enthousiasme s’est vu avec la réception de Franjo von Allmen dans son village à Boltigen. C’est vraiment extra, il a été fêté comme un vrai héros. Cela montre à quel point le sport peut rassembler les gens. Personnellement, j’ai aussi croisé beaucoup de fans suisses à Bormio pour le ski alpin et le ski-alpinisme, à Cortina pour le curling et le bob, à Antholz pour le biathlon, ou à Livigno. La passion pour les sports d’hiver est très grande en Suisse.
Ces Jeux peuvent-ils avoir un impact durable en Suisse ?
Je suis convaincue qu’il y a un impact, mais différent selon les sports. Pour le ski-alpinisme, qui est nouveau, c’est une vitrine extraordinaire et je sais que la fédération espère en profiter pour attirer des jeunes. De manière plus générale, nos jeunes ont besoin de modèles, d’idoles. Je suis convaincue que grâce à ces Jeux, beaucoup d’enfants vont vouloir suivre le chemin de von Allmen et d’autres, comme on l’a vu l’an passé avec l’Euro féminin de foot. Ça va motiver les jeunes à faire des sports d’hiver.
D’un point de vue global, le succès amène le succès, donc toutes ces médailles sont positives pour le sport suisse. Je pense aux sponsors, au monde politique… J’espère que tous ces succès vont aider concernant les décisions du Parlement. L’année 2026 est vraiment décisive pour deux grands projets : la candidature pour les Jeux d’hiver 2038 et celle pour les Championnats européens 2030, les deux avec un concept décentralisé. Nous avons besoin du soutien politique. Sans ça, pas de candidature. Je suis convaincue que ce que nous avons vu en Italie va nous aider.
Franjo von Allmen gewinnt im Super-G sensationell seine dritte Goldmedaille an den Olympischen Spielen Milano Cortina 2026. Bronze geht an Marco Odermatt. 🥇🥉🚀💪#SwissOlympicTeam #United4Excellence #MilanoCortina2026 pic.twitter.com/BknuBiciuX
— Swiss Olympic Team (@swissteam) February 11, 2026
Cela peut aussi aider dans le débat sur l’initiative anti-SSR ?
Je pense que la couverture des Jeux olympiques est arrivée au bon moment. Les chaînes suisses ont couvert ces Jeux de manière excellente. Quatre semaines avant le vote, ce n’est pas un mauvais timing. L’intérêt pour ces Jeux était grand. Je crois que c’était positif pour que le « non » à cette initiative gagne du terrain.
Puisque vous avez visité tous les sites de compétition, vous avez pu en tirer des leçons pour Suisse 2038 ?
Oui, on a vraiment la preuve qu’un concept décentralisé peut fonctionner et à mon avis, c’est l’avenir. Notre concept est très similaire pour 2038, avec des infrastructures existantes, des lieux de compétition répartis dans toute la Suisse. Ce qui sera beaucoup plus facile, ce seront les déplacements plus rapides, notamment grâce à notre système de transport public, très développé par rapport à l’étranger. Il y a d’autres questions sur les medal plaza, sur l’atmosphère olympique, il faut en parler. En Italie, par exemple, au lieu de laisser les hommes du ski alpin seuls à Bormio, on aurait pu les installer à Livigno dans le village olympique, à 45 minutes en voiture. Il y a des avantages, des inconvénients, il faut réfléchir à la façon de mieux concentrer les athlètes. On apprend de l’Italie, nous allons apprendre de la France, et on va travailler sur ces pistes avec notre candidature.

