À quelques heures de la passation du drapeau olympique entre Milan-Cortina 2026 et les Alpes françaises 2030, le comité d’organisation des prochains Jeux d’hiver réunissait son bureau exécutif, dimanche matin. Un moment important pour mettre les choses à plat après de vives tensions et pour donner un cap clair au COJOP. Renaud Muselier, président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, l’un des deux territoires hôtes de ces Jeux, a profité de son trajet vers Vérone pour faire le point avec Francs Jeux.
Comment s’est passé ce bureau exécutif ?
Très bien, comme prévu. Le président Grospiron est revenu sur le mandat qui lui avait été donné concernant la discussion avec le directeur (Cyril Linette, ndlr). On a trouvé une solution, elle a été validée par le bureau exécutif : c’est une séparation à l’amiable, une rupture conventionnelle. Ça, c’est réglé. Deuxième sujet : nous avions mandaté le rapport Thobois, la personnalité la plus capée pour nous donner son avis – il connaît bien les JO, la France, le CIO, et il avait travaillé sur Turin. Il nous a présenté un organigramme, une organisation structurelle. Des questions ont été posées par les uns et par les autres, et on a validé l’organigramme dans sa globalité. Il reste quelques détails potentiels qui seront revus plus tard. On a mandaté un chercheur de têtes pour identifier différentes personnes capables de remplacer le DG et nous proposer un opérateur qui validerait les Jeux – on a déjà un planificateur. On s’est donné entre le 19 mars, la date du prochain bureau exécutif, et le 20 avril pour laisser le cabinet chercher, nous faire des propositions, les étudier, et ne pas se précipiter.
Soirée de travail à Milan en préparation des Jeux olympiques 2030 !
— Renaud Muselier (@RenaudMuselier) February 21, 2026
Aux côtés de la présidente du CIO Kristy Coventry, Christophe Dubi, directeur exécutif des Jeux olympiques, Edgar Grospiron, et @Pannekouckefabr. pic.twitter.com/TazOW7QYqS
L’organisation présentée par Etienne Thobois change beaucoup de choses par rapport à celle en place actuellement ?
En fait, on avait mis en place un gros râteau et au fur et à mesure, on avait tiré tout le monde vers nous. Aujourd’hui, ça va devenir beaucoup plus complexe. Ce qu’Etienne Thobois a présenté, c’est vraiment une horlogerie suisse, où tous les rouages sont huilés et travaillent ensemble. C’est un changement de fonctionnement, beaucoup plus opérationnel que l’ancien organigramme, qui a quand même été très efficace. Il y a une évolution. On monte le niveau de Jeux.
Les difficultés de tout piloter depuis Milan ont été clairement soulignées pour l’édition 2026. Ce nouvel organigramme permettra de s’appuyer sur une gouvernance locale ?
Oui, et avec des structures différentes. C’est une nécessité absolue. Organiser le complexe olympique à Nice, c’est différent d’organiser le village olympique au Fort des Têtes, ou de refaire les tremplins. Ce ne sont pas les mêmes équipes, pas les mêmes montants financiers et pas les mêmes enjeux. Chacun a une forme de spécificité, mais doit avoir la même mécanique de productivité et d’efficacité. Ça me va très bien, moi, je suis un décentralisateur !
« On a un avantage maintenant : on va se servir de l’expérience des Italiens. Ils ont payé les pots cassés et nous, on va se servir de leur expérience. »
Ce bureau exécutif a aussi permis de mettre les choses à plat et de ramener de la sérénité ?
Oui, ça s’est passé dans une ambiance détendue. Tout le monde peut s’exprimer librement, tout le monde est attentif. Ça laisse quand même des traces tout ça, il y a eu des problèmes de ressources humains, incontestablement, et donc de l’irritation. On met du baume sur ces différentes douleurs et on est collectivement engagé pour le projet.
Vous restez confiant, malgré toutes les difficultés rencontrées depuis la création du COJOP il y a un an ?
Je suis en pleine confiance. On a présenté un dossier qui a séduit le CIO, qui a obtenu le soutien du président de la République, puis on s’est retrouvé avec plein de difficultés : impossibilité de voter une loi olympique, impossibilité d’avoir un budget, impossibilité d’avoir la garantie de l’Etat… On a souffert. Mais quand même, on arrive à Milan avec une loi olympique, indispensable, un budget voté par le Parlement, l’engagement des territoires, l’engagement des sportifs, la mise en place du DIJOP et d’une SOLIDEO, avec une quarantaine de dossiers engagés, etc. Les problèmes de ressources humaines, c’est énervant, on aurait pu s’en passer, mais ce n’est pas grave, cela fait partie des difficultés de l’organisation d’un événement aussi complexe.
Avec l’équipe de France 🇫🇷 de patinage artistique : Guillaume Cizeron et Laurence Fournier Beaudry, couple champion olympique et Adam Siao Him Fa, Champion du Sud.
— Renaud Muselier (@RenaudMuselier) February 20, 2026
Ainsi qu’Edgar Grospiron et Gwenaëlle Noury, pour échanger avec des athlètes qui brilleront à Nice en 2030 ! pic.twitter.com/aBMMoeiTJF
Vous avez reçu des informations sur la quête d’un premier partenaire majeur lors de ce bureau exécutif ?
On n’en a pas parlé, ce n’était pas à l’ordre du jour. J’ai un avis là-dessus : avec ce qu’on a entendu à l’Assemblée sur ceux qui ont de l’argent, un budget pas encore voté, et les articles de presse sur le COJOP, les patrons, ils se disent qu’il vaut mieux attendre un peu. Maintenant, c’est fait pour le budget, ça va être fait pour le COJOP, donc on peut repartir sur des bases équilibrées et stabilisées.
Vous qui avez passé du temps en Italie pendant les Jeux, quels enseignements en avez-vous tiré pour 2030 ?
Je parle en mon nom personnel : nos équipes ont bien fait de finir. On a appris beaucoup de choses sur l’expérience des athlètes, l’organisation du village, la cérémonie d’ouverture, etc. On regarde, on compare, pas en tant que spectateurs qui aiment les Jeux, mais en tant qu’organisateurs qui aiment les Jeux et qui vont les réaliser. Ce n’est pas le même œil. Parallèlement, on a un avantage maintenant : on va se servir de l’expérience des Italiens. Toutes les épreuves qu’ils ont traversées, on va se servir de leur savoir-faire pour les éviter. Ils ont payé les pots cassés, et nous, on va se servir de leur expérience. Dernier point : sur mon territoire, quand on voit nos ressources humaines, on est sous-calibré. Ce n’est pas une Coupe du monde, c’est encore le niveau supérieur. Il y a une marche à passer, il faut en être conscient pour éviter le péché d’orgueil ou de suffisance, qui amènerait mécaniquement un échec.

