— Publié le 16 février 2026

Jean-Michel Saive : « Le cyclo-cross aux JO d'hiver, ce serait chouette pour la Belgique »

InterviewMilan-Cortina 2026 Focus

La Belgique aborde les Jeux olympiques de Milan-Cortina 2026 avec des moyens limités, mais non sans ambition. Le Comité olympique interfédéral belge a d’ailleurs envoyé une délégation record de 30 athlètes en Italie. Le président du COIB, Jean-Michel Saive, s’est posé sous le soleil milanais pour échanger avec Francs Jeux. Le lieu de rendez-vous était tout trouvé : le Lotto Belgium Pub, le point de ralliement des supporters, tout près de l’Arco della Pace, où Alberto Tomba et Deborah Compagnoni ont allumé la vasque.


Quels sont les enjeux pour la Belgique à Milan-Cortina ?

On vient ici avec la plus grande délégation de notre histoire. C’est déjà un beau succès parce qu’on n’est pas un pays de montagne et de grandes journées de neige. Malgré tout, on est présent dans neuf sports différents, ça montre la quantité et la qualité. On a déjà une médaille en short-track, on a encore d’autres possibilités. On n’est pas là pour faire de la figuration, on a des athlètes qui peuvent être performants donc c’est vraiment chouette.

Envoyer 30 athlètes, c’est vraiment significatif pour le COIB ?

Oui, c’est un message fort pour montrer qu’il y a aussi les Jeux d’hiver tous les quatre ans, même si les Jeux olympiques d’été priment dans la pensée collective. C’est bien de pouvoir montrer que même sans être un pays avec de la montagne, nos athlètes sont aussi des modèles. Ils créent une dynamique qui entraîne de nouvelles générations, ce qui fait le volume de la délégation.

Comment vous jugez l’atmosphère et les sites de ces Jeux ?

Ce ne sont que mes deuxièmes Jeux d’hiver. Des Jeux d’été, j’en ai fait sept comme athlète (de Séoul 1988 à Londres 2012, ndlr). J’ai vécu les choses différemment à Rio, Tokyo et évidemment Paris. C’était fantastique, majestueux. L’ambiance, les lieux, c’était vraiment extraordinaire, et on était presque à domicile. C’est fort différent de Pékin, où on était confronté aux cosmonautes, aux tests tous les jours, à la quarantaine. Je suis principalement à Milan, on va voir toutes les compétitions de nos athlètes ici. Au patinage de vitesse et au short-track, les stades sont remplis, il y a des ambiances fantastiques. Ce que j’adore, à Pékin comme ici, c’est d’apprendre, de voir les athlètes. En tant que passionné de sport, j’adore voir les spécificités de chaque discipline.

Le public est au rendez-vous ici, au Lotto Belgium Pub ?

Oui, c’est très sympa. C’est la première fois que l’on fait ça aux Jeux olympiques d’hiver. La Lotto Belgium House avait cartonné à Paris, on avait eu 35.000 personnes. Ici, c’est un peu différent comme c’est dispersé, mais nous avions la volonté de reproduire la belle expérience de Paris, sur un concept plus petit. C’est plus sobre, mais nous sommes très bien placés, à 200 mètres de la flamme. On a du passage des Belges mais aussi des supporters internationaux. On refait venir des pins de Belgique tellement ça cartonne. Même les anciens stocks !

En parallèle, le public belge est invité à vivre les Jeux à Middelkerke, où vous organisez le Festival olympique. Quels échos vous en recevez ?

C’est la première fois que l’on fait un Festival olympique d’hiver. On l’avait fait en été, déjà à Middelkerke, et ça avait cartonné avec 55.000 personnes. Evidemment, l’hiver, c’est différent, il n’y a des congés scolaires que la deuxième semaine. Mais compte tenu de l’engouement et de la taille de la délégation, c’était bien d’avoir un endroit avec une patinoire, où les jeunes, les écoles, peuvent venir essayer, suivre les Jeux sur les écrans géants, faire des initiations.

Le but de cet événement, justement, c’est aussi de développer la culture des sports d’hiver ?

Effectivement. On se doute bien que la dynamique est différente des Jeux d’été. En nombre de participants ou de médailles, on est loin de la Suisse, de la France, de la Suède et de tous ces pays de sports d’hiver. On vient d’avoir notre neuvième médaille. Néanmoins, on progresse, il y a des investissements, on sent que les fédérations avancent.

La Belgique peut réussir à devenir une nation de sports d’hiver à l’avenir ?

On essaie d’y tendre petit à petit. L’histoire ne se crée pas en un claquement de doigts. Mais on est en train de progresser. On avait 22 athlètes à Pyeongchang, 19 à Pékin, ici 30. Deux médailles en 2022, une pour le moment ici. C’est bien qu’il y ait cette dynamique. C’est aussi notre rôle d’essayer, avec nos partenaires, d’essayer de continuer à tirer le sport d’hiver vers le haut.

Peut-être que ce qui pourrait aider, ce serait que le cyclo-cross intègre le programme !

(Rires.) Ce n’est pas la Belgique qui va trouver que c’est une mauvaise idée. Evidemment, on est assez fort en cyclo-cross, même si Mathieu van der Poel domine pour le moment. Au niveau du CIO, intellectuellement, c’est normal d’envisager une évolution du programme sportif avec l’évolution de la société, du climat, de la planète. Le cyclo-cross est un sport d’hiver, il ne se pratique pas l’été. C’est le CIO qui prendra la décision, évidemment, mais ce serait chouette pour la Belgique.

Que pensez-vous des arguments opposés, qui craignent de dénaturer les Jeux d’hiver en intégrant des sports qui ne se pratiquent pas nécessairement sur la neige ou la glace ?

C’est assez logique qu’on se pose des questions, qu’il y ait des débats. Ici déjà, à Milan, on est dehors, au soleil. Une fois qu’on sort de la patinoire, on a moins la sensation d’être en hiver. Pour le futur, je pense que c’est normal qu’on se pose la question. Pourquoi est-ce que les sports qui sont vraiment pratiqués l’hiver ne seraient pas aux Jeux d’hiver ? Le raisonnement me paraît assez logique.