Petit nouveau au programme, le ski-alpinisme sera l’une des attractions des Jeux olympiques de Milan-Cortina. Il sera présent au programme le jeudi 19 février, avec le sprint hommes et le sprint femmes, ainsi que le samedi 21, jour du relais mixte. Regula Meier, la présidente de la Fédération internationale (ISMF), a pris le temps de se livrer à Francs Jeux avant ce rendez-vous historique.
Dans quel état d’esprit vous êtes avant les grands débuts olympiques du ski-alpinisme ?
Je me sens très bien ! Les gens autour de moi me demandent : “Mais pourquoi tu n’es pas plus nerveuse ?” J’ai une équipe géniale derrière moi, qui a tout sous contrôle, donc je ne peux que me réjouir. C’était vraiment le rêve d’un petit groupe d’enthousiastes d’être aux Jeux olympiques. Des fois je me sentais un peu comme David contre Goliath, à côté des grandes fédérations, en termes de nombre de personnes. On s’est battu, on a travaillé et je suis très fière de ce qu’on a accompli. Ça montre aussi qu’ensemble, on peut faire de grandes choses.
Cela marque un tournant pour votre sport ?
Pour nous, c’est une étape très importante. D’abord pour les carrières des athlètes, et puis pour le développement du sport car ça apporte plus d’argent. Notre but, c’est évidemment d’y rester, pour notre visibilité, notre développement et surtout pour les athlètes qui peuvent rejoindre la famille des Olympiens. Ça va donner de la visibilité à notre sport, qui a l’avantage d’être aligné avec les tendances durables, qui se pratique en pleine nature.
Qu’est-ce qui vous permettra de dire que le ski-alpinisme a réussi son entrée aux JO ?
Les audiences seront un indicateur important. Nous sommes heureux des informations qui sont remontées concernant la billetterie car en septembre, les tickets disponibles étaient déjà presque tous vendus. On nous a même félicités. À côté de ça, la réussite sera aussi que nos compétitions se déroulent sans problème ou accident majeur. Pour résumer : qu’on nous voie, qu’on nous remarque et que nos compétitions se passent bien.

Regula Meier, à droite, aux côtés de la présidente du CIO Kirsty Coventry.
Qu’est-ce que le ski-alpinisme va apporter aux JO ?
C’est un vrai sport de neige et avec les compétitions sélectionnées, vous verrez tous les éléments qui font le ski-alpinisme : les montées, les portages, la descente, etc. C’est technique, ça va très vite, il se passe toujours quelque chose. Aux Jeux olympiques, sur le sprint, il y aura trois courses de trois minutes à très haute intensité pour les meilleurs (séries, demi-finales et finale, ndlr). Le relais mixte sera une course par équipes, d’une durée totale d’environ 30 à 35 minutes. C’est captivant et le spectateur voit toujours tout, le parcours complet est dans son champ de vision. Et ce n’est pas parce qu’un athlète est devant qu’il va gagner, jusqu’à la fin, tout peut changer. Les plateformes de changement, quand il faut enlever la peau ou mettre les skis sur le dos, offrent plein de possibilités pour passer devant. On ne peut pas savoir qui va gagner avant la fin de la descente. Avec le relais mixte, c’est la même chose.
Comment ont été choisis les formats intégrés au programme ?
Nous avons proposé l’individuel, le sprint et le relais mixte. On a discuté avec MilanCortina, qui était d’accord pour les trois. Finalement, l’individuel n’a pas été retenu et le quota d’athlètes a été ajusté, passant de 48 initialement envisagés à 36. Le travail se poursuit afin d’envisager, à l’avenir, l’intégration de davantage de disciplines, comme l’individuel ou la verticale, ainsi qu’un nombre plus élevé d’athlètes.
L’individuel, c’est un peu plus l’essence du ski-alpinisme ?
Exactement. Une partie de notre communauté était d’ailleurs mécontente qu’on soit aux Jeux avec le sprint mais pas l’individuel. Être au programme est une étape très importante, car cela apporte une visibilité accrue et suscite un réel intérêt autour du sport, au bénéfice des athlètes et des fédérations nationales. Maintenant, nous ne renonçons pas à l’individuel et nous allons pousser pour qu’il soit intégré lors des échéances futures, notamment en vue de 2030.
La sélection du sprint, qui n’est apparu aux Championnats du monde qu’en 2011, montre que votre fédération a su lancer un format plus moderne, plus adapté aux attentes extérieures ?
Oui, l’idée était de montrer aux gens un condensé du ski-alpinisme. D’autres sports aussi ont développé des formats qui peuvent passer plus facilement à la télévision. Quand vous découvrez quelque chose, est-ce que vous restez une heure devant la télé pour voir jusqu’à la fin ? Généralement, vous restez quelques minutes donc c’est aussi un moyen d’avoir l’attention des spectateurs.
L’impact des JO s’est déjà fait ressentir, avant même cette année ?
On le voit très bien, on est passé de 38 à 56 membres depuis 2021. On a grandi et on a vraiment professionnalisé cette fédération : quand j’ai commencé comme présidente en 2021, on avait un manager général et une ou deux secrétaires. Aujourd’hui, on a trois départements – administration et ressources humaines ; sport et événements ; marketing et communication – avec à chaque fois un manager et un directeur général. Je dis un grand merci à l’Italie de nous avoir proposés comme sport additionnel. Depuis qu’on sait que l’on sera aux Jeux, beaucoup de pays progressent : récemment, la Chine et les États-Unis sont montés sur le podium des Championnats du monde. Il n’y a pas que les pays d’Europe, notre sport gagne de plus en plus en universalité. D’ailleurs, maintenant, les athlètes se spécialisent de plus en plus, certains dans les formats longs, d’autres dans les formats plus courts et dynamiques.
Comment se passent vos discussions avec les Alpes françaises 2030, qui sélectionneront leurs sports additionnels d’ici le mois de juin ?
Très bien. Je sens un véritable intérêt, on a une super collaboration avec la fédération française et le comité d’organisation. La France dispose d’une équipe nationale très forte, avec une longue tradition en ski-alpinisme et en sports de montagne, ainsi qu’une reconnaissance au plus haut niveau international. Cet héritage contribue naturellement à l’intérêt du comité d’organisation, et constitue un atout important dans les propositions que nous portons. Cela nous met en confiance, on rêve d’une autre participation aux Jeux !

