Un jeu d’argent pour financer le Comité national olympique italien (CONI). Voilà l’idée derrière Win for Italia Team, le jeu présenté par le gouvernement en décembre. Il est prévu que 26,5 % des recettes soient directement reversées au CONI, offrant un gros coup de pouce financier au sport italien. « Le nouveau jeu Win for Italia Team permettra de financer de nouveaux projets olympiques et des activités sportives de haut niveau », se félicitait Luciano Buonfiglio dans une déclaration publiée le 30 décembre. Le procédé fait cependant débat de l’autre côté des Alpes.
Mettre le sport italien « en sécurité »
Le financement du sport représente un grand défi aujourd’hui, en attestent les difficultés rencontrées en France dès l’année post-Paris 2024. Luciano Buonfiglio a donc accueilli l’initiative du gouvernement de lancer ce jeu, via un amendement à la loi de finances, avec beaucoup de satisfaction. « Nous vivons un moment exceptionnel, et nos victoires ne sont que l’apogée d’un formidable mouvement. Du volley-ball au tennis et au-delà, les succès italiens s’enchaînent. Place maintenant aux Jeux olympiques de Milan-Cortina, un événement crucial. Le gouvernement a cru en nous, et notre plus grand soutien est le président Mattarella : le sport italien est en sécurité », confiait-il à la Rai en décembre.
Son enthousiasme n’a néanmoins pas été partagé par tous. Les jeux d’argent comportent des risques, et ils sont de plus en plus documentés. Conflits familiaux, pertes d’argent, surendettement, addiction… Les troubles liés au jeu sont multiples, et les Italiens n’ont jamais autant misé : 157 milliards d’euros en 2024, un record. Le développement des jeux d’argent en ligne a accentué le phénomène puisqu’il n’a jamais été aussi facile de jouer. Voir le CONI s’associer à ce secteur a provoqué de vives critiques, de la part d’associations comme d’élus politiques.
« Exploiter la vulnérabilité sociale »
Le sport a besoin d’argent, oui. Mais pour Stefano Vaccari, député du Parti démocrate, il ne peut raisonnablement pas se renflouer en contribuant à un fléau social. « Des dizaines de milliers de personnes souffrent d’addiction aux jeux, avec des conséquences dévastatrices pour les familles, les services sociaux et la santé publique. Il s’agit d’un phénomène structurel, et non marginal, qui s’aggrave avec l’augmentation de l’offre, alerte-t-il. Au lieu d’investir sérieusement dans la prévention, le traitement et le sport amateur, le gouvernement choisit la voie de la facilité et la plus cynique : exploiter la vulnérabilité sociale. Transformer les jeux d’argent en un outil classique de financement public. Le sport devrait éduquer, inclure et contribuer au bien-être. Or, il devient dépendant d’un mécanisme qui engendre exclusion, endettement et solitude. »
Luca Stanzione, secrétaire général de la Chambre du travail métropolitaine de Milan, a également égratigné le projet. « Le sport doit promouvoir la rédemption, la solidarité et l’inclusion, et non exploiter la vulnérabilité des individus, a-t-il martelé lors d’une conférence de presse. L’initiative du gouvernement et de la majorité alimente le jeu, une addiction que nous constatons quotidiennement dans nos relations avec les travailleurs et dans nos services : c’est une véritable souffrance pour la société, un élément structurel de détresse sociale qui doit être traité politiquement. » Pour l’heure, rien n’indique cependant que Win for Italia Team sera abandonné.
La question du bien-fondé d’un financement via les jeux d’argent n’est pas nouvelle dans le milieu du sport. En Espagne, en Angleterre et en Italie, les clubs de football ont aujourd’hui l’interdiction de jouer avec le nom d’une entreprise de paris sur leurs maillots. En Belgique, les autorités ont même décidé d’interdire toute forme de partenariat entre un club sportif et un site de paris sportifs ou de casino en ligne à partir de 2028. En parallèle, la Loterie nationale reste l’un des partenaires clés du Comité olympique interfédéral belge. C’est même elle qui financera les primes distribuées aux athlètes médaillés à Milan-Cortina.

