— Publié le 24 janvier 2023

Les Jeux de la Francophonie prennent le virage du digital

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Certains signes ne trompent pas. Une délégation de représentants de trois comités nationaux olympiques a fait le déplacement la semaine passée à Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo (RDC), ville-hôte des Jeux de la Francophonie 2023 (28 juillet au 6 août).

Pas les moindres, puisqu’il s’agissait de la France, la Belgique et le Canada, trois poids lourds du mouvement sportif francophone. La preuve que la préparation prend de la vitesse, à six mois et une poignée de jours de l’événement.

Six ans après la dernière édition, organisée en Côte d’Ivoire en 2017, et après deux reports d’une année, les Jeux de la Francophonie resteront donc en Afrique. Ils conserveront l’unique équilibre entre sport et culture. Mais la cuvée 2023 s’annonce comme la plus digitale de l’histoire. Un virage numérique impulsé par le Comité international des Jeux de la Francophonie (CIJF) et sa directrice, Zeina Mina.

Les explications d’Arnaud Simon, fondateur et président de la société In & Out Stories, en charge du contenu audiovisuel de l’événement avec la télévision publique congolaise.

FrancsJeux : La couverture audiovisuelle des Jeux de la Francophonie 2023 ressemblera-t-elle aux précédentes ?

Arnaud Simon : Non. Elle va marquer un virage digital de l’événement. Les comportements des amateurs de sport ont beaucoup évolué au cours des dernières années.  Et, avec eux, la façon de consommer un événement sportif. Le direct ne représente désormais plus qu’une partie, parfois réduite, de l’histoire. Pour les Jeux de la Francophonie 2023 à Kinshasa, nous avons imaginé un dispositif nouveau, capable de coller à cette évolution.

Dans le détail, comment sera-t-il organisé ?

Nous allons proposer au public et aux médias trois types de contenus. Le premier est classique, puisqu’il s’agit de la couverture en direct des compétitions sportives et culturelles. Il représentera environ 80 heures, pour l’essentiel les grandes finales d’athlétisme, de sports collectifs et des épreuves culturelles. Ensuite, nous allons pousser sur les réseaux sociaux des pastilles de 20 à 30 secondes de compétition en quasi-direct, deux ou trois minutes seulement après leur déroulement sur le terrain à Kinshasa. Cette formule en “presque direct” se révèle un moyen extrêmement efficace d’engager le public et de le connecter émotionnellement avec l’événement. Enfin, nous allons raconter des histoires en digital, avec des capsules immersives sur les coulisses, la vie au village des athlètes, les compétiteurs sportifs et culturels… Ces formats courts seront tournés avec des équipes légères, parfois avec un simple téléphone portable, puis édités et poussés sur les réseaux sociaux.

En quoi cette nouvelle approche constitue-t-elle une coupure avec les éditions précédentes ?

Jusqu’aux Jeux 2017 à Abidjan, le direct était accompagné d’un résumé de 26 minutes des moments forts de la journée. Il était proposé au public et aux médias après la fin des épreuves. Pour Kinshasa 2023, cette formule est abandonnée, remplacée par des mini-résumés après chaque compétition. Nous allons essayer d’être plus immersifs. Les Jeux de la Francophonie ne sont pas seulement un événement où la performance doit être mise en avant. Il est surtout question d’expériences partagées.

Quels seront les diffuseurs de l’événement ?

Les discussions sont en cours. Nous discutons avec les historiques, dont bien sûr TV5 Monde, mais aussi avec les autres diffuseurs de l’espace francophone intéressés par notre approche. Les chaînes de télévision, mais aussi les plateformes numériques. Mais nous ne sommes pas dans une logique et une philosophie de vente de droits. L’objectif est avant tout de maximiser l’audience et l’impact.

Quels moyens humains allez-vous déployer ?

Quatre ou cinq équipes digitales légères, immergées au coeur de l’événement et de ses coulisses, pour aller chercher les histoires et les raconter. Pour le reste, nous allons rapatrier tous les signaux vers le centre de production, pour proposer entre 20 et 30 capsules quotidiennes en quasi-direct.

Comment allez-vous travailler avec la télévision congolaise ?

Elle sera en charge de la production du direct. Nous allons travailler en synergie avec les Congolais, mais en conservant une autonomie pour la couverture digitale de l’événement, notamment à destination des médias internationaux.

Cette nouvelle approche ne représente-t-elle pas finalement une forme de mise à niveau des Jeux de la Francophonie, inspirée de ce qui se fait aujourd’hui un peu partout dans le mouvement sportif ?

Exactement. Mais il est très important de rester fidèle à l’ADN de l’événement. Aux Jeux olympiques, par exemple, la performance se suffit souvent à elle-même. Aux Jeux de la Francophonie, il faut aller chercher les histoires, raconter les jeunes athlètes et leur parcours. Le virage éditorial doit coller à l’essence même de cet événement unique, notamment par sa dimension culturelle.