— Publié le 22 septembre 2022

“Sans solidarité, point de paix”

Institutions Focus

A l’occasion de la Journée internationale de la Paix, Thomas Bach a rédigé mercredi 21 septembre un article d’opinion. FrancsJeux le publie dans son intégralité.

 

“Cette année, le thème de la Journée internationale de la paix “Mettre fin au racisme. Bâtir la paix” est un message que le CIO et le Mouvement olympique portent avec une résonance particulière.

L’idée fondamentale qui sous-tend les Jeux Olympiques est d’unir le monde dans une compétition pacifique. Et la paix est au cœur même de cette mission.

Pendant les Jeux Olympiques, les athlètes incarnent cette mission de paix lorsqu’ils mettent de côté les différences qui divisent le monde. Ils se livrent à une compétition intense tout en vivant de façon pacifique sous un seul et même toit dans le village olympique. En cela, les Jeux Olympiques sont un formidable symbole de paix.

Mais la paix est bien plus que simplement faire abstraction des différences. Il s’agit de bâtir un monde meilleur où chacun peut s’épanouir, un monde dans lequel les personnes sont traitées de manière égale, un monde exempt de racisme et de toute forme de discrimination.

Pierre de Coubertin a redonné vie aux Jeux Olympiques pour contribuer à la paix par le sport. Il a ainsi déclaré : “Nous n’aurons pas la paix tant que les préjugés qui séparent aujourd’hui les différentes races n’auront pas disparu.”

Cette politique de non-discrimination fait donc partie intégrante de l’ADN des Jeux Olympiques et du CIO en tant qu’organisation. En vertu de celle-ci, l’égalité pendant les Jeux est garantie à tout un chacun, quels que soient l’origine sociale, le sexe, la race, l’orientation sexuelle ou les convictions politiques. Ce principe de non-discrimination est inscrit dans la Charte olympique et est incarné par les athlètes lors des Jeux Olympiques, constituant ainsi une source d’inspiration pour des milliards de personnes dans le monde.

Pour autant, une politique de non-discrimination ne saurait, à elle seule, suffire à bâtir une paix durable. Il ne faut pas seulement respecter l’autre, nous devons aller plus loin et nous soutenir les uns les autres. Nous devons faire preuve de solidarité. Sans solidarité, point de paix.

La solidarité est au cœur des Jeux Olympiques. C’est la raison pour laquelle le CIO redistribue 90 % de l’ensemble de ses revenus pour soutenir les athlètes et le développement du sport dans le monde entier.

Animé par son engagement en faveur de la solidarité, le CIO a formé la toute première équipe olympique des réfugiés pour les Jeux Olympiques de Rio 2016 et une autre équipe pour l’édition de Tokyo 2020. Pour la première fois dans l’histoire olympique, des athlètes réfugiés ont concouru côte à côte avec les délégations de tous les autres Comités Nationaux Olympiques, envoyant un message d’espoir et d’inclusion à tous les réfugiés du monde. Alors qu’ils n’ont aucune équipe nationale à laquelle appartenir, ni aucun drapeau derrière lequel défiler, ni aucun hymne national, ces athlètes réfugiés ont été les bienvenus aux Jeux Olympiques derrière le drapeau et l’hymne olympiques. Aujourd’hui, nous leur offrons un foyer au sein du village olympique. Ce moment particulièrement émouvant a véhiculé le message suivant : ‘vous êtes nos semblables et vous êtes un enrichissement pour notre communauté olympique’.

Aujourd’hui, nous restons unis et réaffirmons notre pleine solidarité avec la communauté olympique ukrainienne. Ce qui vaut pour l’Ukraine vaut aussi pour les autres membres de notre communauté olympique. Nous sommes une organisation mondiale. C’est la raison pour laquelle nous soutenons les communautés olympiques en Afghanistan, au Yémen et dans tant d’autres pays touchés par les guerres et les conflits dans le monde.

Ces efforts de solidarité sont également au cœur de notre engagement en faveur d’une meilleure compréhension entre les peuples. À cet égard, le CIO a bâti des ponts grâce au sport et a ouvert la voie à une meilleure compréhension, favorisant la paix et la réconciliation. Cela est particulièrement vrai ces dernières années dans bon nombre de situations de conflit, comme dans les deux Corées, en Arménie, en Azerbaïdjan, en Serbie, au Kosovo, en Israël, en Palestine, en Iran et dans bien d’autres pays.

Alors que l’humanité est confrontée à un si grand nombre de crises existentielles simultanées, notre mission de paix et de solidarité est plus importante que jamais.

Les Jeux Olympiques ne peuvent empêcher les guerres et les conflits ni relever tous les défis politiques et sociaux auxquels le monde est confronté. Ils peuvent cependant servir d’exemple en bâtissant un monde où chacun concourt selon les mêmes règles et se respecte mutuellement.

De fait, un nouvel ordre mondial se prépare. Nous pouvons d’ores et déjà voir ce nouvel ordre se profiler à l’horizon, un horizon plus conflictuel que celui auquel nous aspirons.

Cette tendance néfaste est diamétralement contraire à notre mission, laquelle consiste à unir le monde dans une compétition pacifique. Nous savons qu’en ces temps de divisions et de conflits, nous ne sommes pas les seuls en quête d’un lien commun qui unirait l’humanité. Des millions de personnes partout dans le monde aspirent en effet à la paix. Ensemble, avec toutes ces personnes de bonne volonté, nous voulons apporter notre modeste contribution à la paix en réunissant la planète tout entière dans une compétition pacifique.

Pour nous engager davantage dans cette mission unificatrice de paix, nous avons récemment modifié notre devise olympique, laquelle devient : “Plus vite, plus haut, plus fort – ensemble”.

Avec le mot “ensemble”, nous voulons souligner que pour surmonter les défis – que ce soit en tant qu’individus, en tant que communauté ou en tant qu’humanité – nous devons être solidaires.

En cette Journée internationale de la paix, et dans cet esprit olympique de solidarité et de paix, je réitère fermement ma demande adressée à tous les dirigeants politiques du monde entier dans l’appel que j’avais lancé à l’occasion des Jeux Olympiques d’hiver de Beijing 2022, devant un public de centaines de millions de personnes : “Give peace a chance” (“Donnez une chance à la paix”).”