— Publié le 6 juillet 2022

La Russie, plus hors jeu que jamais

Institutions Focus

L’isolement de la Russie du mouvement sportif était déjà une réalité depuis le début du conflit en Ukraine. Mais il pourrait bien encore se renforcer dans les mois à venir.

Pas moins de 35 pays occidentaux, plus le Japon et la Corée du Sud, ont signé un communiqué commun appelant à une exclusion totale et sans exception des dirigeants russes et biélorusses des instances sportives internationales. Il a été publié mardi 5 juillet par le département d’Etat américain.

Une demande similaire avait déjà été exprimée au début du mois de mars, deux semaines seulement après le début de l’invasion de l’Ukraine par l’armée russe. Les signataires emboitaient le pas du CIO en appelant à une exclusion des athlètes des deux pays, et l’annulation des événements sportifs prévus en Russie et en Biélorussie.

Cette fois, les pays occidentaux poussent le curseur un peu plus loin en demandant aux fédérations sportives internationales d’écarter leurs membres russes et biélorusses de tous les postes officiels.

Les individus proches des Etats russe et biélorusse, y compris les responsables gouvernementaux mais pas seulement, devraient être écartés des postes d’influence au sein des fédérations sportives internationales comme les conseils ou les comités d’organisation“, insiste le communiqué des ministres des Sports et des responsables culturels. Le document appelle  également les organisateurs d’événements sportifs à suspendre la diffusion de leurs épreuves dans les deux pays.

Le communiqué concerne notamment, mais sans les nommer, les fédérations internationales de boxe (IBA) et de tir (ISSF), deux instances toujours présidées par des officiels russes : Umar Kremlev à la boxe, Vladimir Lisin au tir.

La demande des signataires pourrait aussi s’appliquer au COIO. Prompte à “recommander” l’exclusion des athlètes russes des compétitions internationales, l’instance olympique se refuse toujours à écarter ses deux membres russes, Yelena Isinbayeva et Shamil Tarpischev. Pour toute explication, elle assure qu’ils ne représentent pas leur pays dans le mouvement olympique.

Hasard du calendrier : le conseil de discipline de la Fédération internationale de hockey sur glace (IIHF) a rejeté mardi 5 juillet les appels de la Russie et de la Biélorussie contre l’exclusion de leurs équipes des compétitions. Les fédérations nationales des deux pays avaient contesté la décision de l’IIHF, annoncée dès la fin du mois de février, de suspendre leurs sélections et clubs, et cela dans toutes les catégories d’âge. L’instance présidée par le Français Luc Tardif avait également retiré à Saint-Pétersbourg l’accueil du Mondial 2023.

Le conseil de discipline indépendant de l’IIHF a rejeté les appels soumis par les fédérations russe et biélorusse de hockey sur glace contre la décision du Conseil de l’IIHF“, a annoncé l’instance dans un communiqué. L’IIHF précise que sa décision initiale n’était pas une sanction, mais une mesure de sécurité. La décision de l’IIHF peut être contestée devant le Tribunal arbitral du sport (TAS).

Autre sombre perspective pour les athlètes russes : la draft de la NHL, la ligue professionnel nord-américaine de hockey sur glace, risque de se jouer sans eux. A la veille de son ouverture, prévue jeudi 7 juillet à Montréal, les clubs se refusent encore à exprimer une position tranchée sur la question des joueurs russes. Mais ils ont été plusieurs à assurer à l’agence Associated Press qu’ils y réfléchiraient sans doute à deux fois avant de sélectionner un hockeyeur russe, sans avoir la moindre certitude qu’il pourra quitter son pays et rejoindre le Canada ou les Etats-Unis.

L’an passé, pas moins de 29 joueurs russes ont été sélectionnés – le plus grand nombre depuis 2003 – lors de la draft de la NHL. L’un d’eux, Fedor Svechkov, a été choisi au premier tour par les Nashville Predators.

Mais la semaine passée, l’agent du joueur russe Ivan Fedotov (photo ci-dessus), le gardien des Flyers de Philadelphie et de l’équipe nationale, a révélé que son client avait été affecté de force, du jour au lendemain, à une base militaire navale de Severomorsk, dans le nord de la Russie. Drafté au septième tour du repêchage en 2015, Ivan Fedotov s’était engagé en mai dernier avec les Flyers, après avoir terminé son contrat avec le CSKA Moscou dans la KHL, la ligue professionnelle russe.