— Publié le 5 juillet 2022

Pour Paris 2024, un rapport à garder sous le bras

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Comment se porte le COJO Paris 2024 ? A 752 jours de l’ouverture, son état de santé gagnerait à pouvoir enfin mettre un nom sur le site du premier tour du tournoi de basket-ball. Mais, cette question logistique mise de côté, la réponse est plutôt positive. Elle tient toute entière dans un rapport présenté en fin de semaine passée à Tony Estanguet et à sa garde rapprochée par Jacques Lambert, le président du comité d’audit.

Le document semble digne de foi. Par sa méthode, d’abord. Trois mois de travail à “soulever le capot“, selon l’expression du COJO, les mains dans le cambouis, avec un accès illimité aux documents internes et des entretiens à la pelle à tous les étages de la pyramide.

Le bonhomme, ensuite. A 74 ans, Jacques Lambert en impose par son expérience, sa sagesse et sa neutralité. Préfet de la Savoie pendant les Jeux d’Albertville en 1992, puis directeur général de la Fédération française de football, il a dirigé le comité d’organisation de l’Euro de football 2016 en France. L’homme connaît la musique.

Désigné comme une évidence en mars 2021 pour présider le comité d’audit de Paris 2024, un panel indépendant de moins d’une dizaine de “personnalités qualifiées“, Jacques Lambert a été missionné en début d’année par Tony Estanguet pour faire “un point d’étape sur l’ensemble des risques“.

Le résultat tient donc en un rapport. Il sera présenté le 12 juillet au conseil d’administration de Paris 2024. Il devrait également être partagé avec le CIO, dans la perspective des discussions à venir, présumées délicates, sur le modèle de livraison des Jeux.

Son contenu ? Un mélange assez subtil de bons points et de mises en garde. Un état des lieux certifié sans complaisance, où le comité d’organisation est présenté comme un élève sans réelle faiblesse, appelé à un brillant avenir sous réserve de savoir éviter les embûches.

Passons rapidement sur les louanges. Dans son rapport, Jacques Lambert estime que le COJO “s’est doté d’un dispositif structuré et performant de pilotage et de maîtrise de ses dépenses“. Cool. Le dispositif en question “repose sur des personnels compétents, des outils robustes et des procédures éprouvées“.

Le même comité d’audit assure que le COJO a également “mis en place un processus méthodique d’identification, de classification et d’évaluation des risques budgétaires auxquels il est exposé, qui garantit que tous les risques avérés, probables ou possibles sont connus et suivis.”

Autre réussite relevée par Jacques Lambert : Paris 2024 s’est construit un tableau détaillé des risques et opportunités budgétaires qui lui permet de “disposer en temps réel de la vision des recettes et dépenses complémentaires avérées, probables et possibles.” En clair, Tony Estanguet et ses équipes savent où ils en sont à chaque étape de leur navigation, sans avoir à deviner dans les astres ou le marc de café les risques à venir et les coûts à supporter.

Les risques, maintenant. Tableau ou pas, ils existent. Ils ne sont pas anodins. Le premier aurait pu être pointé par n’importe quel étudiant en économie : l’inflation. Tony Estanguet a déjà prévenu le mouvement olympique lors de l’assemblée générale de l’ASOIF (Association des fédérations internationales des sports olympiques d’été) le mois dernier à Lausanne : la hausse actuelle des prix, provoquée notamment par le conflit en Ukraine, menace le budget des Jeux. Elle imposera sans doute une vague d’économies.

Pour prévenir le risque, le comité d’audit suggère “d’isoler les secteurs réellement soumis à un risque inflationniste, pour limiter le champ de la révision des prix et inversement sécuriser le niveau des prix sur les autres secteurs“. En tête de liste, le fret. Jacques Lambert préconise également d’intégrer une “clause d’indexation dans les contrats” signés avec les prestataires. Elle permettrait d’éviter que les dits prestataires gonflent par avance leurs prix dans la perspective d’une inflation à venir.

Autre recette, elle aussi frappée au coin du bon sens : une hausse des revenus. Le rapport recommande la prudence, estimant qu’il ne serait pas opportun de revoir à la hausse les objectifs de marketing (1,099 milliard d’euros). Mais il estime que l’arrivée prochaine d’un nouveau partenaire du rang 1 serait la bienvenue, voire indispensable. Sauf mauvais scénario, elle serait imminente et concernerait le groupe de luxe LVMH.

Plus inattendu : Jacques Lambert préconise de revoir à la hausse la masse salariale. Champagne pour tout le monde. Mais, précision apportée par le COJO, il n’est pas question de distribuer des augmentations à tous les étages de l’immeuble Pulse, le siège du COJO à Saint-Denis. Le comité d’audit estime en réalité qu’il serait plus économique de traiter en interne certains aspects de l’organisation qui étaient envisagés en sous-traitance, notamment sur les sites de compétition.

Enfin, le rapport souligne d’un trait épais que “tout soit fait pour préserver la réserve pour aléas à son plus haut niveau possible, afin de pouvoir absorber les imprévus qui ne manqueront pas de surgir dans les derniers mois de la préparation des Jeux“. Initialement établie à 300 millions d’euros, la réserve en question a été relevée à 315 millions. A ce jour, elle est toujours intacte.