— Publié le 13 octobre 2021

En 2023, la Russie invitera le futur du sport

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L’avenir du sport sera-t-il électronique ? Le CIO le croit. Après avoir organisé en juillet 2018 un forum dédié à l’e-sport, l’instance a lancé en juin dernier sa première édition des Olympic Virtual Series. Un pas en avant, sûrement pas le dernier.

Mais le CIO et le reste du mouvement olympique pourraient bien être bientôt pris de vitesse dans leurs efforts pour attirer le public présumé jeune des sports virtuels. La menace porte un nom : les Futurous Games. Leur première édition se déroulera en Russie en 2023. Neuf jours de compétition. Plus de 2 000 compétiteurs, 300 000 spectateurs et 100 millions de téléspectateurs attendus. Budget : 120 à 150 millions d’euros.

A la différence des Olympic Virtual Series du CIO, les Futurous Games ne se réduisent pas aux seuls sports électroniques. Leur univers se veut plus large, avec cinq galaxies : l’e-sport, la technologie de la mobilité (e-motion), la robotique et l’exosquelette, la réalité virtuelle et augmentée, les nouveaux sports (surf tiré par un drone…). Le mariage du sport et de la technologie, saupoudré par quelques pincées de culture et d’éducation.

Philippe Blanchard, le président et fondateur de Futurous, en a expliqué à FrancsJeux les contours, les enjeux et les perspectives.

FrancsJeux : Comment est née l’idée des Futurous Games ?

Philippe Blanchard : Elle remonte à l’année 2007. J’étais alors directeur au CIO. On m’avait demandé de lancer un nouveau département dédié à la business intelligence. Je me suis rendu compte que l’écart était en train de se creuser entre les jeunes et les Jeux. La moyenne d’âge du téléspectateur des Jeux olympiques était alors de 47 ans. Elle est passée aujourd’hui à 53 ans. Les premières consoles de jeux évolués commençaient à envahir le marché. Au terme d’une longue série de réunions, le président du CIO, Jacques Rogge, est finalement parti sur l’idée des Jeux olympiques de la Jeunesse. Mais j’ai gardé en tête l’idée d’un mariage entre le sport et la technologie. Après avoir quitté le CIO et rejoint l’Exposition universelle de Dubaï, j’ai senti que le moment était venu d’être plus actif. Les Futurous Games ont l’ambition d’utiliser le sport et la compétition pour montrer les technologies qui façonnent les communautés. Ils seront une passerelle entre les Jeux olympiques et l’Exposition universelle.

Leur première édition est prévue en 2023 en Russie. Qu’est-ce qui a motivé les Russes à accueillir l’événement ?

La Russie est un pays de sport. Mais c’est aussi un pays d’excellence technologique, très sensible à l’innovation, avec une dimension artistique et culturelle. Surtout, la Russie a une vision transversale du sport, comme Singapour. Notre interlocuteur au sein du gouvernement, le vice-Premier ministre Dmitry Chernyshenko (ancien président du comité d’organisation des Jeux d’hiver de Sotchi 2014, ndlr), est en charge du sport, de la jeunesse et de la transformation digitale. La Russie a lancé un appel à candidatures, cinq villes ont répondu : Moscou, Saint-Pétersbourg, Kazan, Sotchi et Ekaterinburg.

Comment avez-vous déterminé les sports et disciplines qui entreront au programme des Futurous Games ?

Nous avons consacré deux ans, en circuit fermé, à rencontrer des experts, des présidents de fédérations internationales, des universitaires, des spécialistes du marketing et des représentants des médias. Nous voulions savoir ce que la technologie proposait et ce que le marché pouvait accepter. Notre catalogue a compté jusqu’à 150 disciplines. Nous l’avons affiné pour établir les cinq galaxies des Futurous Games.

La crédibilité d’un événement sportif passe par le niveau de ses participants. Dans un tel univers, comment allez-vous sélectionner les compétiteurs ? 

Nous ne travaillons pas sur des sports neufs, nous allons seulement les adapter à notre événement. Nous voulons privilégier les épreuves par équipes, où seront associés hommes et femmes, humains et robots, valides et personnes en situation de handicap. Avec la volonté très affirmée de favoriser l’interactivité entre les compétiteurs et les fans à distance. Nous avons identifié des sports où existent déjà des compétitions et des classements mondiaux. Pour la première édition en 2023, nous espérons la présence d’au moins une vingtaine de pays. Nous travaillons déjà avec la France, l’Allemagne, la Russie, Singapour, l’Arabie saoudite… Mais dans l’univers des sports électroniques, beaucoup d’équipes sont très multinationales.

Comment vous situez-vous par rapport au CIO et au mouvement olympique ?

Nous ne faisons rien en opposition au CIO. Ils sont au courant du projet et de ses avancées, nous en avons notamment discuté avec Christophe De Kepper, le directeur général. Notre approche est très différente. Face au e-sport, Thomas Bach a changé à un moment de stratégie pour que les fédérations internationales se réapproprient la propriété des disciplines électroniques. Mais elles appartiennent aux éditeurs des jeux, pas aux institutions.

L’heure est à la maitrise des coûts et des investissements dans le mouvement sportif. Vous inscrivez-vous dans la même démarche ?

Bien sûr. Nous allons privilégier tous les lieux déjà existants, les lieux de vie et de rassemblement. La Place Rouge à Moscou, par exemple. Les Futurous Games auront du public, mais ils seront aussi suivis à distance, avec la possibilité d’organiser certaines compétitions dans plusieurs villes différentes. L’événement doit s’inscrire dans l’avenir. La deuxième édition se déroulera en 2025. Nous espérons y rassembler 500 000 spectateurs et 500 millions de téléspectateurs dans le monde.