— Publié le 16 septembre 2021

Pour le CIO, l’AIBA n’a pas encore levé les doutes

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Le ciel se couvre pour l’AIBA. Rien de très nouveau. Mais à moins de trois ans des Jeux de Paris 2024, l’avenir olympique de la Fédération internationale de boxe semble toujours aussi compromis. L’arrivée d’un nouveau président, le Russe Umar Kremlev (photo ci-dessus), lancé à fond de train depuis son élection l’an passé dans un plan de réformes, n’y change pas grand-chose.

Le CIO ne se montre toujours pas convaincu. Pire : il exprime tout haut ses inquiétudes et préoccupations. Preuve de la gravité de la situation : l’instance a publié sur son site Internet officiel, mercredi 15 septembre, une lettre envoyée à Umar Kremlev. Elle est signée de la main de Christophe De Kepper, le directeur général.

La démarche est peu fréquente. Certes, le CIO n’a jamais fait mystère de ses doutes quant à la réalité des progrès réalisés par l’AIBA depuis sa mise au ban du mouvement olympique en juin 2019. Mais il se contentait de l’exprimer verbalement, le plus souvent par la voix de son président, Thomas Bach. Cette fois, l’instance olympique rend public un courrier de mise en garde adressé au président de l’AIBA. L’heure est grave, donc.

Christophe De Kepper détaille dans sa lettre les sujets de préoccupation relevés dans le rapport du comité de pilotage spécial du CIO sur la boxe, présenté par Nenad Lalovic devant la commission exécutive. Ils tiennent en trois points : la gouvernance, les finances et l’arbitrage. Tout sauf anecdotique.

Sur la question de la gouvernance, le CIO explique “prendre note” de l’adoption par l’AIBA de nouveaux statuts, avec notamment la création d’un comité d’éthique et d’un comité disciplinaire. Un pas en avant, suggère Christophe De Kepper. Mais le Belge insiste : “La bonne gouvernance ne devra pas être appréciée uniquement sur les règles, les projets futurs ou un changement de la marque“. En clair, les textes ne pourront pas suffire, ils devront être suivis d’actes. Et là, problème, le CIO peine à les dénicher.

Il relève notamment “qu’aucune nouvelle équipe de direction parmi les officiels élus n’a été mise en place pour intégrer efficacement le changement de culture dans la gouvernance d’AIBA.” Il constate également “un certain chevauchement des compétences concernant la gouvernance actuelle de l’AIBA“, pointé dans les conclusions du rapport du Canadien Richard McLaren.

Question finances, le CIO explique souhaiter que son expert indépendant, le cabinet d’audit EY (ex Ernst & Young), puisse avoir accès à tous les documents susceptibles de confirmer que l’endettement de l’AIBA est épongé ou en voie de l’être, et que la fédération a réellement mis en place un plan de financement solide et crédible.

Enfin, le CIO se montre très sceptique quant aux réformes du système de jugement dans les compétitions estampillées AIBA. L’instance olympique explique avoir été “informée d’un certain nombre de plaintes au sujet du système d’arbitrage et jugement de la part des participants aux championnats du monde juniors de l’AIBA et aux championnats d’Asie qui ont eu lieu en début d’année.”

Le CIO remarque également que dans la révision des procédures d’arbitrage et jugement de l’AIBA pour les prochains championnats du monde, prévus à Belgrade à la fin du mois d’octobre 2021, “nous n’avons pu constater aucune intégration significative des bonnes pratiques du groupe de travail du CIO sur la boxe partagées avec l’AIBA en mars 2021.

Christophe De Kepper conclut son courrier par cette mise en garde : “Sur la base de ce qui précède, la commission exécutive du CIO a réitéré ses plus vives préoccupations et réaffirmé sa position antérieure concernant la place de la boxe au programme des Jeux Olympiques de Paris 2024 et des éditions futures des Jeux Olympiques.”

Détail tout sauf insignifiant : le directeur général du CIO ne mentionne à aucun moment, dans sa lettre à Umar Kremlev, le terme de “président” lorsqu’il évoque le dirigeant russe. Il lui donne volontiers du “Cher Monsieur”, mais sans jamais citer sa fonction présidentielle. A croire que l’instance olympique n’a jamais reconnu son élection à la tête de l’AIBA.