— Publié le 6 septembre 2021

Tokyo 2020, les leçons contrastées d’une épopée unique

Événements Focus

Le rideau est tombé. Cette fois, il ne se relèvera plus. Quatre semaines après les Jeux olympiques de Tokyo, la flamme a été éteinte dimanche 5 septembre à la cérémonie de clôture des Jeux paralympiques de Tokyo.

Le Japon a mis le point final à une saga débutée huit ans plus tôt. Huit années au cours desquelles le comité d’organisation a tout connu, surtout le pire : une vertigineuse inflation des coûts, jusqu’à installer Tokyo 2020 au premier rang des Jeux d’été les plus chers de l’histoire ; plusieurs affaires de corruption, dont l’une a emporté avec elle le très respectable Tsunekazu Takeda, alors président du comité olympique japonais et membre du CIO ; des démissions à la chaîne, dont la plus légendaire restera celle du président du comité d’organisation, Yoshiro Mori, renvoyé de la classe pour ses propos sexistes ; un report d’une année ; des compétitions disputées à huis clos.

Avec une telle succession de dérapages et de mauvais coups de sort, avoir maintenu le cap tient du miracle. Les Japonais ont tenu bon. Le CIO et l’IPC peuvent les en remercier à jamais. Partout ailleurs, sans doute, la prise aurait été débranchée et la lumière éteinte. Le mouvement olympique et paralympique aurait été mis à la diète.

Que faut-il retenir des Jeux paralympiques ? Comme pour leur pendant olympique, qu’ils ont lieu jusqu’au bout, sans catastrophe sanitaire. Dans un tel contexte, rien n’était écrit d’avance. Samedi 4 septembre, les organisateurs japonais ont révélé que le nombre de cas de COVID-19 parmi les personnes accréditées avait approché la barre des 300. Il l’a finalement dépassée, au soir de la cérémonie de clôture, mais de peu. Au total, environ 850 cas ont été enregistrés entre les deux événements, olympique puis paralympique, depuis le 1er juillet. En une dizaine de semaines, avec une population venue du monde entier, le résultat n’a rien de scandaleux. Il se révèle même très encourageant.

Pour le reste, les leçons du rendez-vous paralympique sont nombreuses. Certaines seront à méditer pour les organisateurs des Jeux de Paris 2024.

Au classement des médailles, les positions changent peu d’un événement à l’autre. La Chine a écrasé la concurrence, avec 207 places sur le podium (96 médailles d’or, 60 d’argent et 51 de bronze). Elle avait pris la deuxième place aux Jeux olympiques. La Grande-Bretagne suit à bonne distance, avec 124 médailles, dont 41 en or. Elle était pointée à la 4ème place quatre semaines plus tôt. Les États-Unis, classés en tête aux Jeux olympiques, complètent le podium (104 médailles dont 37 en or). La Russie, même sans drapeau, hymne et couleurs, reste à sa place : 4ème aux Jeux paralympique, soit un rang de mieux qu’au classement olympique.

Même sans un seul spectateur dans les tribunes, recevoir à domicile reste un formidable accélérateur de performances. Aux Jeux de Rio 2016, le Japon était resté bredouille, sans un seul titre paralympique dans les valises. Cette fois, sa délégation de 254 athlètes, la plus massive de l’histoire, a raflé 51 médailles (13 en or, 15 en argent et 23 en bronze), son deuxième meilleur résultat aux Jeux paralympiques. Le pays-hôte pointe au 11ème rang du classement des médailles.

A trois ans des Jeux de Paris 2024, la France a affiché une belle progression, avec 54 médailles dont 11 en or, et une 14ème place au classement. Elle en visera au moins 60 dans trois ans à domicile, avec l’ambition d’intégrer le top 10 paralympique.

Avec les Jeux paralympiques, le Japon espérait gagner d’un coup quelques années sur la question de l’accessibilité, tout en modifiant le regard de la société sur le handicap et la pratique handisport. A en croire le ministère japonais des Transports, le premier pari pourrait bien être déjà gagné. Le nombre de taxis dits de “conception universelle”, capable de transporter facilement des passagers en fauteuil, représentera un quart de la flotte dans l’ensemble du pays au cours des cinq années à venir. Ils étaient seulement quelques centaines avant que Tokyo ne soit choisie pour comme ville-hôte des Jeux de 2020. Le pays en comptait 21 700 à la fin de l’année 2019.

Il n’est pas sûr, en revanche, que les Jeux paralympiques aient un effet durable sur la pratique handisport au Japon. Selon Kyodo News, la couverture télévisée des Jeux de Tokyo par la NHK s’est révélée très peu équitable. Certes, la télévision publique a consacré 540 heures à l’événement, sur ses chaînes et ses plateformes de streaming, soit plus que n’importe quel autre diffuseur, mais elle a surtout montré l’athlétisme et la natation. Plusieurs disciplines paralympiques, dont le tir à l’arc, le taekwondo et le powerlifting, ont été totalement ignorées.

Enfin, dernière leçon : avoir maintenu les Jeux de Tokyo malgré l’opposition tenace de l’opinion publique coûtera sa place au Premier ministre, Yoshihide Suga. Le Japonais a annoncé, avant même la clôture des Jeux paralympiques, sa décision de ne pas se présenter à la direction du Parti libéral-démocrate, actuellement au pouvoir, lors du scrutin interne prévu à la fin du mois de septembre. Il abandonne la place une année seulement après en avoir hérité.