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En partenariat avec : “Ne pas avoir peur de faire confiance aux jeunes”

“Ne pas avoir peur de faire confiance aux jeunes”

— Publié le 27 avril 2021

Eric Saintrond

Belgique

Secrétaire général et directeur exécutif de la Fédération internationale du sport universitaire (FISU)

Entré à la FISU en 1985, Eric Saintrond aime expliquer avoir “un peu grandi avec l’organisation” internationale du sport universitaire. A ses débuts, l’instance alors basée à Bruxelles comptait seulement trois personnes, plus une secrétaire. Elle en emploie aujourd’hui plus de 40, réparties dans huit départements. Passé par le secteur privé et l’enseignement, il a débuté sa carrière à la FISU à temps partiel, en conservant les premières années une autre activité professionnelle. Il en occupe depuis 2007 le rôle de secrétaire général et directeur exécutif.

  1. 1) Depuis vos débuts professionnels, quelle a été l’expérience la plus marquante de votre parcours ?

Eric Saintrond : J’en ai connu beaucoup depuis mon arrivée à la FISU, car nous organisons des Jeux mondiaux universitaires tous les deux ans. A chaque édition, l’expérience est marquante. Mais j’ai conservé un souvenir très fort de la fin de l’année 1988, marquée par l’annulation des Jeux mondiaux universitaires à Sao Paulo, au Brésil. Nous ne savions vraiment pas si la FISU allait pouvoir survivre à un tel événement et exister encore l’année suivante. Nous étions au bord de la fracture, sans staff, sans Jeux et sans perspective. Il nous a fallu trouver une solution de remplacement. En seulement six mois, nous avons monté des Jeux mondiaux universitaires à Duisbourg, en Allemagne. Seulement quatre sports étaient au programme, mais l’athlétisme a été d’un niveau exceptionnel. Primo Nebiolo étant à l’époque président de l’IAAF et de la FISU, les stars étaient au rendez-vous. Ayant réussi à surmonter un tel obstacle, la FISU a ensuite débuté une nouvelle vie, où l’accueil des Jeux est désormais garanti 4 ou 5 ans à l’avance.

2) Comment appréhendez-vous, dans votre fonction à la FISU, la situation actuelle et l’incertitude des mois à venir ?

Je crois qu’il est très important de conserver une vision globale de la crise. Elle affecte le sport et le mouvement sportif, bien sûr, mais elle touche surtout le monde entier. Notre priorité, à la FISU, est de maintenir en vie nos fédérations nationales. Beaucoup ont souffert depuis le début de la crise sanitaire. Les campus ont été fermés, les activités sportives arrêtées. Certaines fédérations nationales dépendent quasi exclusivement des recettes des événements sportifs qu’elles organisent dans leur pays. Avec des réserves pour 2 ou 3 ans, nous n’avons pas trop souffert. Nous avons pu continuer à travailler pour soutenir le mouvement sportif universitaire. Mais notre programme s’annonce extrêmement chargé pour l’année 2022, avec le report des Jeux mondiaux universitaires d’été de Chengdu 2021, désormais déplacés la même année que tous nos championnats du monde. Il ne sera pas facile de gérer un tel calendrier.

3) Comment définiriez-vous la façon dont vous exercez votre rôle de manager ?

J’accorde une grande confiance à mon équipe. Nous restons une petite structure, avec un esprit de famille, où les gens doivent se sentir écoutés et accompagnés. Pour cela, il faut savoir distribuer les tâches, ne pas concentrer sur soi toutes les activités. Il faut rester ouvert, tenir compte des problèmes personnels de chaque membre du staff. A la FISU, nous recensons 15 nationalités différentes. Certains salariés sont expatriés, parfois un peu isolés, sans famille. Mon rôle est d’aider les membres de l’équipe à évoluer dans la structure, les encourager à rester. La concurrence est rude, à Lausanne, avec la présence du CIO et de nombreuses fédérations internationales. Nous devons maintenir un esprit dans lequel les gens conservent un attachement fort à notre organisation.

4) Quelles sont les trois valeurs les plus importantes à vos yeux dans votre activité professionnelle ?

En premier lieu, le respect de la culture et des traditions des pays dans lesquels nous allons pour nos événements. Il n’existe pas une culture FISU qui s’imposerait aux pays d’accueil. La deuxième valeur est donc la flexibilité. Il nous revient de nous adapter en faisant preuve de souplesse. Nous ne devons pas demander aux gens de s’adapter à nos règles et notre fonctionnement. Enfin, il ne faut pas avoir peur de faire confiance aux jeunes. Il faut impliquer un maximum d’étudiants, sans craindre leur inexpérience. Nous en avons recruté certains à la sortie de l’université. Aujourd’hui, la moyenne d’âge du personnel de la FISU est très basse.