— Publié le 2 avril 2021

Pour les Jeux en 2032, les deux Corée s’accrochent encore

Candidatures Focus

Le projet ne manque pas d’allure. En d’autres temps, il aurait même pu faire mouche. La Corée du Sud a très officiellement notifié au CIO, jeudi 1er avril, sa volonté de se porter candidate aux Jeux d’été en 2032. Une candidature qui serait portée de façon conjointe par Séoul, la capitale, et Pyongyang, capitale de la Corée du Nord.

Une candidature commune des deux voisins de la péninsule coréenne, l’idée n’est pas nouvelle. Elle a même pris depuis quelques années les allures d’un serpent de mer, sortant de l’eau ou disparaissant dans les flots au gré des relations  politiques entre les deux voisins.

En septembre 2018, le président sud-coréen, Moon Jae-in, et le dirigeant nord-coréen, Kim Jong Un, l’avaient brandie aux yeux du monde avec des sourires de vainqueurs au terme d’un sommet entre les deux  pays. Depuis, elle a semblé  abandonnée. Mais elle vient de ressortir.

Seul ennui, mais de taille : les Jeux semblent déjà faits. Sauf retournement de situation, peu fréquent dans l’univers olympique, les Australiens de Brisbane et du Queensland ont gagné la partie. Ils ont été les seuls choisis pour poursuivre un dialogue plus ciblé. Au rythme où vont les choses, leur victoire dans la course aux Jeux d’été en 2032 pourrait être scellée dès la prochaine session du CIO, prévue avant l’ouverture des Jeux de Tokyo.

Les Coréens le savent. Mais, curieusement, ils se refusent à jeter l’éponge. L’agence Yonhap explique que la municipalité de Séoul a exhorté le CIO à reconsidérer la candidature des deux Corée. Ses dirigeants relèvent que “le président du CIO, Thomas Bach, et la commission de futur hôte, ont conjointement demandé des dialogues avec les autres villes en compétition puisque cette désignation de négociateur prioritaire (pour Brisbane) n’est pas une décision finale.”

Pas faux. Mais l’avancée du projet coréen intervient à un moment étrange dans les relations entre les deux pays. Le Sud et le Nord n’ont pas eu de discussion officielle depuis plus de deux ans. La semaine passée, Kim Yo Jong, la soeur de Kim Jong Un, a qualifié le président sud-coréen Moon Jae-in de « perroquet élevé par les États-Unis ».

Dans un tel contexte, où le fragile équilibre entre les deux voisins peut rompre à tout moment, il est difficile d’imaginer le CIO retourner brutalement sa veste et annoncer que, finalement, Brisbane n’est plus en tête et que la course reste aussi  ouverte qu’aux premiers jours.

Il n’empêche, les Coréens étalent leur jeu. Ils annoncent que leur candidature commune met l’accent sur le potentiel de consolidation de la paix. Ils expliquent que sa vision tient dans son slogan, « Beyond the Line, Toward the Future » (Au-delà de la ligne, vers le futur).

Mieux, ils  dévoilent les cinq piliers de leur projet : une édition des Jeux respectueuse de l’environnement et réduisant les coûts ; des Jeux pour tous avec l’organisation conjointe Séoul-Pyongyang ; une connexion entre le Nord et le Sud et une harmonie entre l’Ouest et l’Est ; une combinaison de technologies de pointe et de culture coréenne ; enfin, le respect de la solidarité, de la cohésion et des droits de l’Homme pour tous les athlètes.

A en croire Seo Jeong-hyup, le maire de Séoul par intérim, les Jeux d’été de Séoul-Pyongyang 2032 pourraient être “un tournant décisif pour la paix et l’harmonie sur la péninsule coréenne.” Précision : les autorités nord-coréennes n’ont pas encore commenté l’annonce des Sud-Coréens, ni dans un sens ni dans l’autre. Pas sûr qu’elles aient très envie de le faire.