— Publié le 1 février 2021

Salla 2032, les Jeux d’été sur le cercle polaire

Candidatures Focus

L’idée peut sembler farfelue. Elle l’est, sans le moindre doute. Le projet n’ira pas loin. Le dossier ne sera sûrement jamais déposé au siège du CIO à Lausanne. Mais le message, lui, se révèle très sérieux.

La  petite commune de Salla, 3 400 habitants au dernier décompte, autoproclamée ville la plus froide de Laponie finlandaise, a lancé la semaine passée très officiellement sa campagne pour les Jeux d’été en 2032. Située au nord du cercle polaire arctique, elle enregistre parfois des températures de moins 50 degrés. Mais son maire, Erkki Parkkinen, a insisté en conférence de presse : ce sont bien les Jeux d’été, et non ceux d’hiver, pour lesquels la ville postule.

Une “idée folle”, selon les propres termes de l’élu finlandais. Mais une intention non dénuée de sens : alerter l’opinion publique mondiale sur les dangers irrémédiables du réchauffement climatique.

“Notre intention est claire : nous voulons garder Salla telle qu’elle est, et nos hivers froids et pleins de neige, explique Erkki Parkkinen. Alors, il y avait cette idée folle : accueillir les Jeux d’été dans l’une des villes les plus froides de la planète. Nos étés deviennent de plus en plus chauds, nos hivers sont de plus en plus courts, nous devons garder Salla glacée, froide et neigeuse. Si Salla est le meilleur endroit pour accueillir les Jeux en 2032, cela signifie que la température n’a pas cessé de monter.”

En guise de clip de campagne, les Finlandais ont pioché sans retenue dans le décalé et le provocant. Leur vidéo de “candidature”, postée sur les réseaux sociaux, met en scène des habitants du village. Des volleyeuses s’entraînent parmi les congères. Un homme immergé dans un lac glacé tient un cornet de glace et prévient : “Dans douze ans, cette glace aura disparu et ça fera un lac idéal”.

La campagne de candidature s’est dotée de tous les outils du genre : un logo, une mascotte – un renne prénommé Kesa, soit l’été en finnois – et des tenues officielles.

Erkki Parkkinen insiste : “Si nous ne faisons rien, laissant le réchauffement planétaire prévaloir, nous perdrons notre identité, et la ville que nous aimons – ainsi que beaucoup d’autres dans le monde – cessera d’exister telle que nous la connaissons.”

Une autre campagne de sensibilisation, “Save Salla”, a été lancée en parallèle avec le soutien et la collaboration de l’organisation non gouvernementale Fridays for Future, incarnée par la jeune militante suédoise Greta Thunberg.

Hasard du calendrier, la petite ville finlandaise a lancé sa campagne de candidature la même semaine où la commission exécutive du CIO décidait de se conformer à l’accord de Paris sur le changement climatique. L’instance olympique a annoncé son objectif de réduire de 45 % ses émissions directes et indirectes de gaz à effet de serre d’ici l’année 2030.

La lutte contre le réchauffement climatique deviendra-t-elle l’un des thèmes majeurs des futures campagnes pour l’obtention des Jeux ? A leur façon, insolite et décalée, les Finlandais de Salla montrent la voie.