— Publié le 9 décembre 2020

Face au CIO, Loukachenko agite les menaces

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Thomas Bach et le CIO sont prévenus : leur décision de suspendre Alexandre Loukachenko, le président de la Biélorussie, et deux autres membres du comité national olympique, ne restera pas sans suite. Elle pourrait même tourner au feuilleton juridique et politique.

Au lendemain de l’annonce de son exclusion des prochains Jeux de Tokyo par la commission exécutive du CIO, lundi 7 décembre, le chef de l’Etat biélorusse ne s’est pas privé de réagir. Il l’a fait à sa manière, sans nuance, en brandissant le poing et en agitant la menace.

Après avoir assuré n’être coupable de rien, et surtout pas d’actes de répression envers des sportifs biélorusses entrés dans l’opposition, Alexandre Loukachenko s’en est pris directement à Thomas Bach et aux autres membres de la commission exécutive. « Il faut aller au tribunal. Que Bach et sa bande disent de quoi je suis coupable pour avoir défendu mon pays », a-t-il suggéré, cité par l’agence de presse officielle biélorusse Belta.

Réunie lundi 7 décembre en mode virtuel, la commission exécutive du CIO a décidé d’utiliser la manière forte à l’égard du comité olympique biélorusse et trois de ses principaux dirigeants. Elle a suspendu Alexandre Loukachenko, son président depuis plus de vingt ans, « de toutes les manifestations et activités du CIO, y compris les Jeux Olympiques ». Elle lui reproche de “ne pas avoir protégé de manière appropriée les athlètes”, et par conséquent de ne pas avoir respecté la charte olympique.

Au premier rang des accusés, Alexandre Loukachenko. En deuxième position, son fils Viktor, l’actuel vice-président du  comité national olympique. Egalement concerné par la suspension infligée par le CIO, le président de la Fédération russe de hockey-sur-glace, Dmitri Baskov, membre du conseil d’administration du CNO.

Les trois hommes ne verront pas les Jeux de Tokyo. A l’évidence, le président biélorusse s’en moque. « Je n’ai pas participé à ces évènements depuis 25 ans et je continuerai, a-t-il expliqué. Vous avez réuni tous les pays et pris cette décision ? Et pourquoi vous touchez aux enfants ? Il n’y a pas de justice dans le monde. »

Précision : Alexandre Loukachenko était effectivement absent des deux dernières éditions des Jeux d’été. Il n’avait pas pu se rendre en Grande-Bretagne pour les Jeux de Londres en 2012, les autorités britanniques lui ayant refusé son visa. Mais contrairement à ses déclarations, il a participé aux cérémonies d’ouverture des Jeux de Nagano en 1998, Pékin en 2008, puis Sotchi en 2014.

Dans la foulée de son président, le comité national olympique biélorusse a également réagi à la suspension prononcée par le CIO. Une suspension de ses trois dirigeants assortie d’un gel des subventions versées par l’instance, à l’exception des  bourses allouées aux athlètes dans le cadre de la Solidarité olympique. « Nous voyons cette décision comme politiquement motivée, destinée à mettre la pression sur la direction du CNO », a suggéré l’organisation nationale biélorusse dans un communiqué.

Hasard du calendrier, la Biélorussie et son comité olympique sont renvoyés de la classe au moment où la Fédération internationale de hockey-sur-glace (IIHF) se demande comment retirer au pays la co-organisation du Mondial masculin 2021, prévu au mois de mai en Lettonie et en Biélorussie.

Le Suisse René Fasel, président de l’IIHF et membre du CIO, devait se rendre à Minsk pour rencontrer Alexandre Loukachenko. Il devait être accompagné par le secrétaire général de l’instance internationale, Horst Lichtner. Mais, sérieux contretemps, les deux dirigeants ont été déclarés positifs au coronavirus.

René Fasel, 70 ans, a expliqué que lui-même et Horst Lichtner « sont tous deux isolés à la maison pour les 10 prochains jours ». Aucune nouvelle date n’a été annoncée pour cette délicate visite des deux hommes en Biélorussie.

Peu de temps après le début des manifestations contre le régime en place, le gouvernement letton avait demandé à l’IIHF de délocaliser les matchs initialement prévus à Minsk. Mais, très embarrassée par cette crise diplomatique, l’instance internationale du hockey-sur-glace joue plutôt la montre.

Avant d’être contraint par le virus d’annuler son billet d’avion pour Minsk, René  Fasel avait expliqué que la réunion prévue avec Alexandre Loukachenko avait pour objectif d’explorer « quelles mesures sont prises pour s’assurer que le tournoi peut se dérouler en toute sécurité et en coopération avec les co-hôtes Lettons ».