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En partenariat avec : « Ecouter, évaluer, s’adapter et planifier »

« Ecouter, évaluer, s’adapter et planifier »

— Publié le 17 novembre 2020

William Louis-Marie

France

Directeur général de la Fédération internationale de squash (World Squash)

 

Après des débuts chez Coca-Cola, William Louis-Marie est notamment passé par les Jeux Européens de Bakou 2015, où il a tenu le rôle de directeur de la communication, avant de rejoindre l’AIBA à Lausanne, comme directeur de la communication dans un premier temps, puis en qualité de directeur général. Il occupe depuis le mois de décembre dernier le poste de directeur général de la Fédération internationale de squash (World Squash), une instance forte de 150 pays membres, en charge d’une discipline qui compte 10 à 15 millions de pratiquants réguliers dans le monde.

1) Depuis vos débuts professionnels, quelle a été l’expérience la plus marquante de votre parcours ? 

William Louis-Marie : Mon parcours s’est construit autour de rencontres ou d’évènements liés au sport. Je voulais devenir journaliste sportif, mais ma carrière a débuté dans la communication. Les événements qui m’ont le plus marqué ont tous une valeur symbolique et historique.  Mes premiers Jeux olympiques, en 1996 à Atlanta, où je m’occupais de la presse francophone pour Coca-Cola : Muhammad Ali, sûrement le plus grand sportif de l’histoire, allumant la flamme olympique, puis l’émotion patriotique des médailles d’or de Marie-José Perec, ou encore les records du monde de Michael Johnson (avec qui j’ai eu la chance de dîner 20 ans plus tard à Bakou dans le cadre des premiers Jeux Européens).  Deux ans plus tard, la Coupe du Monde de football 1998 et l’immense joie et fierté d’avoir œuvré pour Coca-Cola tout en supportant l’équipe de France. Mais les opérations impliquant des jeunes m’ont encore davantage marqué : les programmes autour des premiers porteurs de drapeaux et ramasseurs de balle au Mondial 1998 en France, une exhibition de tennis avec Yannick Noah en Côte d’Ivoire pour une association que je soutenais, la rencontre d’un jeune Ecossais avec le champion du monde des poids lourds Vladimir Klitschko quand j’officiais comme directeur exécutif de l’AIBA… J’ai réalisé dans ces différentes occasions tout l’impact du sport sur la vie des jeunes.

2) Comment appréhendez-vous, dans votre fonction au sein de World Squash, la situation économique actuelle et l’incertitude des mois à venir ? 

Le monde sportif s’est complètement arrêté. Plus de 23 000 évènements ont été repoussés ou annulés au cours du seul dernier printemps. Toutes les fédérations internationales ont dû redéfinir leur calendrier, accompagner leurs membres en difficulté, rassurer les athlètes, trouver des solutions innovantes pour assurer une continuité de leurs activités. Nous avons aussi dû revoir notre façon de travailler, en utilisant le digital et les visioconférences. Le squash, en raison de sa spécificité, aura une reprise plus lente, surtout au niveau des compétitions. Nous avons immédiatement collaboré avec nos différentes commissions, mais aussi avec l’Association des joueurs professionnels (PSA), pour les impliquer et produire des protocoles permettant la reprise de notre discipline dans le respect des restrictions imposées par les autorités locales. La difficulté pour une fédération internationale est de répondre à tous ses membres qui sont confrontés à des contextes économiques, sanitaires, politiques, règlementaires très variés. Une approche globale ne fonctionne plus. Pourtant, il faut très rapidement se projeter et envisager notre sport de demain en écoutant nos partenaires, en collaborant avec les organisateurs d’évènements multisports et en étant proches de nos membres. Ecouter, évaluer, s’adapter et planifier sont nos maîtres mots du moment.

3) Comment définiriez-vous la façon dont vous exercez votre rôle de dirigeant ?

Je me suis demandé quel était le sens de ma fonction, quelles sont les valeurs de la fédération que je représente, ce qu’attendent de moi les membres de World Squash, mes équipes, alors que nous sommes tributaires de l’évolution d’un virus inconnu il y a moins d’un an. Et puis, une question transcende nos fonctions propres : quel est le rôle du sport dans notre société, alors que des vies humaines sont en jeu. Nous devons donner du sens à nos actions, être capables de faire encore plus confiance car la solution ne sera pas forcément celle que nous avions envisagée. Rassurer, comprendre, accompagner et guider demeurent des axes essentiels pour un dirigeant en cette période de doute général.

4) Quelles sont les trois valeurs les plus importantes à vos yeux dans votre activité professionnelle ?

Quand vous dirigez une société quelle qu’elle soit, vous devez être en phase avec ses valeurs. Or, aujourd’hui, nous sommes confrontés à une remise en cause plus globale de nos valeurs universelles. Les répercussions du mouvement #BlackLivesMatter nous obligent aussi à réfléchir sur la manière dont le sport contribue à rendre le monde meilleur. Le sport a été un formidable vecteur d’émancipation pour beaucoup d’hommes et de femmes, mais il a été aussi largement utilisé à des fins de discrimination, d’infériorisation des femmes et de racialisation des individus. Les valeurs les plus importantes à mes yeux sont l’humilité, l’exemplarité et la tolérance. Elles doivent nous aider à construire un environnement plus respectueux de notre planète et plus en phase avec l’évolution de notre monde et les attentes de ses citoyens.