— Publié le 14 août 2020

World Rugby met tous ses œufs dans le même panier

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World Rugby innove. L’instance internationale en a l’habitude. Mais, cette fois, elle ne craint pas de bousculer ses usages. Elle a annoncé jeudi 13 août un nouveau processus de candidature à son rendez-vous majeur, la Coupe du Monde de rugby à 15. Il ne ressemble à rien de connu dans le monde de l’ovale.

Première révolution : la feuille de route. World Rugby veut prendre de l’avance. Le nouveau processus de candidature au Mondial s’étend jusqu’à l’année 2031. Il court sur toute une décennie et concerne les quatre prochaines éditions de la Coupe du Monde : masculine en 2027 et 2031, féminine en 2025 et 2029.

Deuxième pas en avant : le timing. A l’image du CIO et de son double vote 2024-2028, World Rugby a décidé de distribuer tous ses paquets cadeaux au cours d’une même cérémonie. En mai 2022, son conseil se réunira pour attribuer d’un coup les quatre Coupes du Monde entre 2025 et 2031. Quatre d’un coup, du jamais vu.

Enfin, dernière nouveauté de la semaine : World Rugby confirme la recommandation de son conseil, en octobre dernier, d’autoriser désormais les candidatures conjointes de plusieurs pays. A partir du Mondial féminin en 2025, il sera donc possible à deux ou plusieurs pays de présenter un même dossier. La donne pourrait ainsi changer, en permettant par exemple à des nations non traditionnelles du ballon ovale de s’associer pour augmenter leurs chances.

L’instance internationale l’explique : le nouveau processus de candidature lui permettra de “bénéficier d’une feuille de route stratégique sur dix ans apportant des garanties aux fédérations membres, aux partenaires commerciaux, aux diffuseurs et aux fans tout en offrant la possibilité de laisser un héritage tangible et durable, contribuant à la croissance du nombre de joueurs et fans. Il souligne également l’objectif de World Rugby de positionner ses tournois majeurs féminins et masculins comme une opportunité à faible coût et fort retour sur investissement pour les pays hôtes, en quête d’héritage tangible dans un contexte actuel d’optimisation des dépenses et d’impératifs de durabilité.”

Dans le détail, le processus se déroulera en trois temps. Il sera lancé en février 2021, avec une première phase dite de “dialogue”, très inspirée du modèle adopté l’an passé par le CIO pour l’attribution des Jeux. Elle est censée permettre aux postulants de “comprendre le modèle d’affaires et d’organisation, de savoir comment ils s’associeront à World Rugby et d’éventuellement préparer un solide dossier de candidature.”

La phase dite de “candidature” débutera au mois de mai 2021. Elle s’annonce plus classique. Les candidats devront boucler leur affaire en janvier 2022 avec “le dépôt des dossiers de candidature, des accords et des garanties d’accueil.”

Enfin, la troisième et dernière phase empruntera elle aussi un chemin déjà balisé. A partir du mois de février 2022, un groupe d’experts spécialisés dans les domaines clés procédera à une évaluation des dossiers. Leur rapport sera transmis au conseil de World Rugby en prévision du vote. Le scrutin se déroulera au mois de mai 2022.

Reste une inconnue : les postulants. World Rugby l’assure déjà avec des étincelles dans le regard, son nouveau processus devrait multiplier les candidats. L’instance internationale rappelle que la dernière édition du Mondial masculin, organisée l’an passé au Japon, a fait sauter la banque. Son impact économique a été estimé à 4,3 milliards de livres, soit près de 4,8 milliards d’euros au cours actuel. Un record.

Il n’empêche, le monde d’après reste enveloppé d’un épais voile d’incertitudes, surtout pour les événements sportifs internationaux. A ce jour, l’Australie caracole en tête des postulants à la Coupe du Monde masculine 2027. Mais elle ne se connaît qu’un seul poursuivant, la Russie. L’Argentine, un moment intéressée, a renoncé à poursuivre l’aventure.

Pour la suite, une candidature des Etats-Unis serait dans les cartons. Elle pourrait concerner le Mondial masculin en 2031.

En revanche, le terrain semble peu fréquenté pour le Mondial féminin, voire pas fréquenté du tout. Après la Nouvelle-Zélande, hôte de la Coupe du Monde en 2021, pas un seul pays n’a encore officiellement exprimé son souhait de recevoir le tournoi en 2025.