— Publié le 30 juin 2020

A Tokyo, les Jeux olympiques n’ont plus la cote

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Le vent tourne au Japon. Une habitude dans l’archipel asiatique. Mais à 388 jours de la cérémonie d’ouverture des Jeux de Tokyo, il souffle désormais dans un sens contraire aux idéaux olympiques.

Pour la première fois depuis l’attribution à la capitale japonaise des Jeux d’été en 2020, une majorité de la population se dit opposée à la tenue de l’événement. Deux médias nippons, l’agence de presse Kyodo News et la chaîne de télévision Tokyo MX, ont sondé les habitants sur leur perception des Jeux. L’enquête d’opinion a été réalisée par téléphone, du 26 au 28 juin, auprès d’un échantillon de 1 030 réponses.

Ses résultats en disent long sur le renversement de la tendance. Plus de la majorité des sondés – 51,7 % – se déclare défavorable à l’organisation des Jeux l’an prochain. Parmi eux, ils sont 27,7 % à exprimer leur souhait que l’événement soit définitivement annulé. Un autre quart des personnes ayant répondu au sondage (24,0 %) avoue espérer un second report.

Dans l’autre camp, les partisans des Jeux de Tokyo sont passés sous la barre des 50 % (46,3 %). Mais, parmi eux, le gros des troupes (31,1 %) souhaite qu’ils soient simplifiés et organisés dans un format réduit. Révélateur : seulement 15,2 % des sondés disent vouloir une quinzaine olympique pleine et entière. Moins de 2 habitants de Tokyo sur 10 aimeraient donc que l’événement pour lequel leur ville se prépare depuis sept ans se déroule selon le plan initial.

Inquiétant ? A l’heure où les deux tiers des partenaires privés du comité d’organisation reconnaissent ne pas encore avoir décidé s’ils prolongeraient leur engagement au-delà de la fin de l’année, répondre le contraire n’aurait pas de sens. A Tokyo, les organisateurs des Jeux se refusent pourtant à sombrer dans la sinistrose.

Pour eux, l’opinion publique serait actuellement influencée par deux phénomènes. Le premier est économique. Les Tokyoïtes s’inquiètent pour leurs finances. Ils craignent que le report des Jeux à l’été 2021, dont le surcoût devra être assuré pour l’essentiel par les pouvoirs publics, se traduise par une hausse des impôts. Une crainte légitime.

La deuxième explication est plus politique. Les dernières semaines ont été dominées, dans la capitale, par la campagne pour le poste de gouverneur. Face à Yuriko Koike, la sortante, partisane de maintenir le cap en « simplifiant » les Jeux,  plusieurs candidats ont exprimé sans nuance leur souhait de voir l’événement purement et simplement rayé du calendrier.

A quelques jours du scrutin, prévu dimanche 5 juillet, Yuriko Koike fait la course en tête. La gouverneure de Tokyo est créditée de 60 à 65 % des intentions de vote. La menace d’une annulation semble donc lointaine.

Il n’empêche, Yuriko Koike ne devra pas seulement, en cas de victoire, batailler sans relâche pour ne pas hériter du plus gros de la facture des Jeux en 2021. Il lui faudra aussi rassurer ses électeurs sur la question olympique. Pas simple.