Institutions - 18/06/2019

Pour Platini, un déjeuner qui ne passe toujours pas

Il voulait saisir la justice. Il avait annoncé, au début de mois de juin, le dépôt de quatre plaintes contre tous ceux qui avaient « fomenté un complot » pour le priver de la présidence de la FIFA. C’est finalement la justice qui s’est saisie de lui.

Selon les informations du site mediapart, Michel Platini a été placé en garde en vue, dans la matinée du mardi 18 juin, dans les locaux de l’Office anticorruption de la police judiciaire à Nanterre, dans la banlieue ouest de Paris. Sa garde à vue est liée à l’enquête sur l’attribution de la Coupe du Monde de football 2022 au Qatar, ouverte depuis trois ans par le parquet financier français.

L’ancien patron de l’UEFA a initialement été entendu en tant que témoin. Mais son audition aurait conduit à son placement en garde à vue. L’enquête vise « des faits présumés de corruption active et passive de personne n’exerçant pas de fonction publique. » Sophie Dion, l’ancienne conseillère sport de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, a été placée elle aussi en garde à vue.

L’affaire remonte à plusieurs années. Elle concerne un déjeuner organisé à l’Élysée le 23 novembre 2010, un peu plus d’une semaine avant le vote du comité exécutif de la FIFA pour attribuer au Qatar  le Mondial de 2022, au détriment des États-Unis. Autour de la table : Nicolas Sarkozy, alors président de la République, son bras droit Claude Guéant (lui aussi entendu ce mardi 18 juin dans le cadre d’une audition libre), Tamim ben Hamad al-Thani, le prince héritier du Qatar, et Michel Platini, président de l’UEFA et numéro 2 de la FIFA.

Aux enquêteurs, Michel Platini avait indiqué avoir perçu lors de ce déjeuner « un message subliminal » l’invitant à voter pour le Qatar, alors que les Etats-Unis avaient eu un temps sa préférence. Il a également affirmé que Nicolas Sarkozy ne lui avait « rien imposé« . Selon France Football, « au cours de cette réunion, il a tour à tour été question du rachat du PSG par les Qataris, d’une montée de leur actionnariat au sein du groupe Lagardère, de la création d’une chaîne de sport (BeIN Sports) pour concurrencer Canal+, tout cela en échange de la promesse de Michel Platini qu’il ne donne pas sa voix aux États-Unis, mais au Qatar. »

Le Qatar l’a finalement emporté, s’imposant avec 14 voix contre 8 aux Etats-Unis. Pour Sepp Blatter, alors président de la FIFA, l’influence de Michel Platini et Nicolas Sarkozy aurait « complètement changé la donne » et aurait constitué un « arrangement diplomatique » en faveur de l’état du Golfe.

Mardi 18 juin, Michel Platini n’a pas réagi directement à son placement en garde à vue. Mais son avocat, Maître William Bourdon, l’a fait à sa place via un communiqué. Il indique que son client « n’a strictement rien à se reprocher et affirme être totalement étranger à des faits qui le dépassent. »

L’avocat précise : « Il ne s’agit en aucun cas d’une arrestation, mais d’une audition comme témoin dans le cadre voulu par les enquêteurs, cadre qui permet d’éviter que toutes les personnes entendues, puis confrontées, ne puissent se concerter en dehors de la procédure. Michel Platini s’exprime sereinement et précisément, répond à toutes les questions, y compris celles sur les conditions d’attribution de l’Euro 2016, et a fourni des explications utiles. Il est absolument confiant sur la suite. »

Michel Platini est suspendu de toute activité liée au football, pour avoir reçu un paiement de 2 millions de francs suisses (1,8 M€) de la part de Sepp Blatter en février 2011. Sa suspension prendra fin en octobre prochain.

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