Candidatures - 13/02/2019

Les Jeux en Corée en 2032, entre illusion et réalisme

La machine est en route. Elle ne s’arrêtera plus. La Corée du Sud et la Corée du Nord n’ont pas seulement pris goût aux défilés communs et aux équipes unifiées aux Jeux olympiques. Les deux voisins veulent sceller leur rapprochement par un acte à la portée autrement plus historique : une candidature conjointe aux Jeux d’été en 2032.

L’idée ne date pas d’aujourd’hui. Les deux pays l’ont évoquée pour la première fois en septembre dernier, à l’occasion du sommet inter-coréen de Pyongyang. Mais elle prend chaque jour un peu plus d’épaisseur.

Lundi 11 février, le comité olympique sud-coréen a voté à sa grande majorité pour désigner Séoul comme ville co-candidate pour les Jeux de 2032. La capitale a été préférée à la métropole portuaire de Busan.

La Corée du Nord n’a pas encore annoncé son choix. Mais il ne fait aucun doute : le régime nord-coréen optera pour Pyongyang. La capitale possède une enceinte aux dimensions pharaoniques, le stade du Premier-Mai. Il peut accueillir 150 000 spectateurs. Il est déjà doté d’une vasque susceptible de recevoir la flamme olympique. Au cas où.

Mardi 12 février, l’agence officielle de presse, KCNA, a annoncé qu’une délégation d’officiels nord-coréens, conduite par le ministre des Sports, Kim Il Guk, s’était envolée pour Lausanne. Elle doit participer vendredi 15 février à une réunion tripartite, au siège du CIO, avec Thomas Bach et le haut du panier des autorités sportives de Corée du Sud.

A Séoul, le dossier de candidature pèse déjà d’un bon poids. Le maire de la ville, Park Won-son, a annoncé devant le comité national olympique, en début de semaine, que les cérémonies d’ouverture et de clôture pourraient se dérouler simultanément dans les deux pays grâce à la technologie 5G. La capitale sud-coréenne met en avant sa proximité géographique avec Pyongyang. Elle insiste sur son expérience dans les projets de collaboration avec la Corée du Nord.

A Lausanne, le CIO montre pour l’instant un visage enchanté à la perspective de voir les deux voisins marcher d’un même pas vers les Jeux en 2032. L’organisation olympique a assuré dans un communiqué « accueillir chaleureusement » le projet d’une candidature commune. Elle suggère qu’une telle perspective renforcerait encore le « rôle du sport comme outil de paix dans la péninsule coréenne et dans le reste du monde. »

La concurrence est prévenue : il sera difficile, voire impossible, de rivaliser avec le dossier coréen sur le terrain de la géo-politique. Mais rien n’est encore joué. A quatre ans du début de la campagne, les potentiels candidats sont nombreux. Citons, en vrac, Brisbane en Australie, Bombay ou New Delhi en Inde, la région allemande de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Jakarta en Indonésie, voire Moscou ou Shanghai. Ils ne partent pas battus.

Sur le papier, le projet d’une Corée unifiée en impose. Dans la réalité, le chemin semble long avant d’en apercevoir avec précision tous les contours.

Interrogé par l’agence Reuters, le directeur de l’Institut coréen pour l’unification nationale, Kim Yeon-chul, explique : « Une organisation commune de la Corée du Nord et de la Corée du Sud correspondrait parfaitement à l’esprit olympique – promouvoir la paix, réduire les risques de conflit et renforcer les relations. Mais pour concrétiser une telle initiative, plusieurs dossiers doivent être réglés en parallèle : la question nucléaire nord-coréenne, les relations entre les Etats-Unis et la Corée du Nord, et enfin le feu vert de la communauté internationale. »

Dans les rangs du CIO, l’idée fait son chemin. Elle est bien accueillie, par sa portée olympique, chère au président Thomas Bach. Mais certains la jugent prématurée. S’exprimant sous couvert d’anonymat, un membre de l’institution a confié ses doutes à Reuters : « A l’heure actuelle, il est difficile de l’imaginer sans d’énormes changements politiques. Est-il vraiment possible, ou réaliste, d’organiser des Jeux dans deux pays ayant des systèmes politiques, économiques et d’infrastructure aussi différents ? »

A ce jour, la réponse est négative. Mais la campagne pour les Jeux d’été en 2032 ne débutera pas avant la rentrée 2023. La décision interviendra à l’automne 2025. Tout peut encore arriver.

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