— Publié le 13 juin 2017

La Chine veut le Mondial de football… et elle l’aura

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Gianni Infantino est en Asie. Normal. Le président de la FIFA a fait le voyage vers la Corée du Sud, en fin de semaine passée, pour assister à la place d’honneur à la finale de la Coupe du Monde des moins de 20 ans. Il a remis le trophée au capitaine de l’équipe d’Angleterre, victorieuse du Venezuela. Classique. Jusque-là, rien de très inattendu. La vie trépidante du président de la fédération internationale la plus riche au monde.

“C’était fantastique, s’est enthousiasmé le dirigeant suisse à l’issue de la rencontre, disputée à Suwon. Nous sommes nombreux à penser que l’organisation a été un grand succès. Et le football a lui aussi été de grande qualité.” Bien dit.

Sauf que, cette fois, Gianni Infantino n’a pas seulement fréquenté les stades. A Séoul, il a rencontré lundi 12 juin, dans la soirée, le nouveau chef de l’Etat, Moon Jae-in, dans le cadre très solennel du palais présidentiel. Les deux hommes ont parlé ballon rond. Ils ont surtout évoqué l’avenir. Avec un sujet de conversation très planétaire: la Coupe du Monde de football.

Fraîchement élu, Moon Jae-in semble avoir fait une priorité de l’organisation dans un avenir plus ou moins proche de l’événement. Il l’a expliqué à Gianni Infantino, en précisant que l’année 2030 lui conviendrait très bien. Le président sud-coréen, âgé de 64 ans, a précisé que dans son esprit le Mondial pourrait être partagé avec plusieurs voisins asiatiques. “Si des pays voisins du nord-est asiatique, y compris la Corée du Sud et la Corée du Nord, recevaient la Coupe du Monde, je pense que cela pourrait contribuer à la paix entre les deux Corée, a déclaré Moon Jae-in. Je vais voir si je parviens à créer une telle opportunité pour la Coupe du Monde 2030. Je souhaite que Monsieur Infantino s’intéresse à ce sujet.”

Prudent, Gianni Infantino s’est bien gardé de répondre par autre chose qu’un sourire et une poignée de mains. Plus tôt dans la journée, il avait rencontré le président de la Fédération sud-coréenne de football. La conversation avait déjà tourné autour du Mondial. “Nous en avons parlé, mais il reste encore beaucoup de temps pour en discuter, a habilement résumé le Suisse.

Prochaine étape de son voyage asiatique: la Chine. Gianni Infantino sera reçu très officiellement, avec les égards d’un chef d’Etat, mercredi 14 juin à Pékin par le président chinois Xi Jinping. La rencontre est prévue dans le cadre prestigieux du Palais du peuple, sur la place Tiananmen. A ce jour, on n’en sait pas beaucoup plus sur le déroulé de la visite.

Seule certitude, l’entrevue entre les deux hommes glissera à un moment ou un autre vers le sujet placé en tête de liste sur les fiches de Xi Jinping: le Mondial de football. Lundi 12 juin, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a donné le ton, à l’occasion d’un point presse: “Nous espérons renforcer notre coopération en matière de football avec les organisations internationales, dont la FIFA, et avec les autres pays. L’organisation d’une Coupe du Monde en Chine est un rêve pour de nombreux Chinois. Nous espérons qu’il puisse se réaliser le plus tôt possible.”

 

 

Les Chinois le savent: l’option 2026 est exclue. L’Asie ne pourrait pas recevoir l’événement une deuxième fois de suite, quatre ans après le Qatar. Le Mondial 2026 semble déjà promis aux Etats-Unis, au Canada et au Mexique, associés pour l’occasion dans un dossier présenté comme l’indiscutable favori.

Reste la piste 2030. L’UEFA a fait savoir qu’elle pousserait à une candidature européenne. Elle aura ses chances. Mais elle devra se coltiner un adversaire chinois dont les atouts seront encore plus solides qu’aujourd’hui. Ils sont connus de tous: les sponsors. Depuis l’an passé, Gianni Infantino est passé maître dans l’art de parapher un contrat de partenariat rédigé en anglais et en chinois. En mars 2016, il s’est exercé avec le groupe Wanda (photo ci-dessus), premier sponsor chinois de l’histoire de la FIFA. Présent dans l’immobilier, les médias, le tourisme et le sport (Atletico Madrid, Infront Sports & Media, World Triathlon Corporation), le conglomérat s’est offert d’un coup les droits marketing des quatre prochaines éditions de la Coupe du Monde, jusqu’à 2030 inclus.

En avril dernier, le président de la FIFA a répété l’exercice en accueillant un autre partenaire chinois, le fabricant de téléviseur Hisense. Enfin, Gianni Infantino s’est accordé le privilège d’un hat-trick, au début du mois de juin, en apposant sa signature au bas d’un contrat de partenariat avec le fabricant de téléphones mobiles Vivo. L’accord porte sur les éditions 2018 et 2022 du Mondial. Selon le Financial Times, il aurait été conclu pour la somme de 400 millions de dollars.

La Chine et son président, Xi Jinping, veulent la Coupe du Monde de football. Ils l’auront. Gianni Infantino ne les décevra pas.