— Publié le 3 mai 2017

« Il faut que l’Agenda 2020 devienne une réalité »

Candidatures Focus

Un peu plus de quatre mois sépare Los Angeles et Paris de la ligne d’arrivée de la course aux Jeux de 2024. Très précisément 133 jours. Un long sprint final auquel Budapest, la dernière des villes contraintes de renoncer, aurait aimé participer. Alors que les équipes californienne et parisienne préparent la visite de la commission d’évaluation du CIO, FrancsJeux a interrogé Balazs Fürjes (photo ci-dessus), le président de Budapest 2024. Le Hongrois revient longuement, avec recul et réflexion, sur le retrait de la candidature de sa ville, sur l’avenir de Budapest, et sur les maux du mouvement olympique.

FrancsJeux: Que ressentez-vous aujourd’hui?

Balazs Fürjes: Je ressens de la tristesse. Notre retrait de la course aux Jeux constitue une grosse perte, pour moi-même comme pour tous ceux qui étaient impliqués dans le projet. J’y vois une occasion perdue, pour la ville de Budapest, pour la Hongrie, mais aussi pour le mouvement olympique. Nous avions l’honneur de concourir face à deux incroyables villes, Los Angeles et Paris. Mais Budapest n’était pas l’outsider de la course. Notre projet constituait une alternative, une chance de montrer qu’une ville de taille moyenne pouvait organiser des Jeux extraordinaires. Mais la vie continue. Nous regardons aujourd’hui vers l’avenir.

Cet avenir prendra-t-il la forme d’une nouvelle candidature?

Peut-être. Mais allons-y pas à pas. Il pourra y avoir une nouvelle candidature, pour 2028, 2032 ou pour plus tard encore, mais la route vers un autre projet reste longue. Aujourd’hui, notre priorité est que les sites de compétition que nous avions prévus dans notre dossier soient réalisés. Nous avons assuré pendant la campagne de candidature que ces nouveaux équipements n’étaient pas dépendants des Jeux, nous avons promis qu’ils seraient construits qu’elle que soit l’issue de la bataille pour les Jeux. Le gouvernement hongrois l’a confirmé: ces sites verront le jour. Le stade, le parc olympique, le village des athlètes sur le campus de l’université, le vélodrome… Ils seront bâtis sur les lieux prévus dans notre dossier de candidature. Jour après jour, Budapest s’impose un peu plus comme une ville majeure sur la carte des grands événements sportifs.

Quelle leçon avez-vous retenu de l’échec de cette candidature?

J’en ai retenu que, si nous devions porter une nouvelle candidature aux Jeux, il faudrait avant toute chose organiser un référendum national. Cela permettrait d’éviter toutes les questions ou les prises de position qui pourraient se présenter à un moment critique de la campagne. Nous pourrions alors devenir la première ville à organiser des Jeux olympiques décidés par la voie d’une référendum.

Avec le recul, pensez-vous que la situation qui a conduit à votre retrait de la course aurait pu être évitée?

Non. Il nous était impossible d’imaginer que les choses puissent se passer ainsi. Il faut se souvenir que toutes les forces politiques à Budapest étaient favorables au projet lorsque nous avons débuté en 2015. La candidature bénéficiait d’un consensus très inattendu et sans précédent. Tout ce qui s’est passé ensuite n’a rien à voir avec les Jeux olympiques. Nous avons été victimes d’un phénomène classique mais irrémédiable, la volonté d’un groupe politique qui cherchait à se faire un nom à une année des élections générales en Hongrie. Ce mouvement a réussi son coup. Mais ses leaders m’ont expliqué, après le retrait, qu’ils n’étaient pas fondamentalement contre les Jeux.

Malgré tout, quelque chose ne va pas en ce moment dans le mouvement olympique…

En effet. Le problème ne tient pas aux Jeux, qui restent un formidable événement dont l’impact se révèle très positif pour une ville et sa population. Il tient à la perception des Jeux par le grand public. Mais ce décalage entre la réalité et l’image ne peut pas être réglé par les seules villes candidates. Il doit y avoir un effort commun entre les candidatures et le CIO. Il faut encore plus insister sur les bénéfices des Jeux, en mettant en avant les exemples de Barcelone 1992 ou Londres 2012. Je reste convaincu de l’apport décisif de l’Agenda 2020 du CIO. Sans lui, Budapest n’aurait jamais été candidate aux Jeux de 2024. Mais il va falloir que l’Agenda 2020 devienne une réalité, pas seulement un ensemble de résolutions écrites. La question qui se pose aujourd’hui est de savoir si les Jeux ne sont pas seulement destinés aux plus grandes métropoles du monde. Pour démontrer le contraire, il faudra que le CIO les accorde un jour à une ville intermédiaire, comme Budapest, Amsterdam ou Helsinki.

Une victoire de Budapest dans la course aux Jeux de 2024 aurait-elle changé l’avenir des JO?

Oui. J’en suis convaincu. Budapest aurait créé un précédent, elle aurait ouvert la porte à des villes de taille moyenne. Cette opportunité a été perdue. Elle a été perdue pour nous. Et, même s’il n’y est pour rien dans notre renoncement, elle a également été perdue pour le CIO.