— Publié le 18 mai 2016

Face au dopage, Thomas Bach montre les dents

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Cette fois, l’heure est grave. Et la secousse pourrait faire son lot de victimes. Avec un Thomas Bach en tête de bataillon, le CIO part en guerre contre le dopage. Pour de bon. Sans crainte des effets.

Première salve, mardi 17 mai, avec l’annonce par l’organisation olympique d’une nouvelle aux allures de bombe à retardement: 31 athlètes ont été convaincus de dopage, après la ré-analyse de leurs échantillons, aux Jeux de Pékin en 2008. Ils appartiendraient à 12 pays et auraient concouru dans 6 sports différents. Aucun nom n’a filtré. Il faudra attendre, seuls les athlètes incriminés ou les fédérations concernées pouvant rendre publiques les identités des tricheurs.

Deuxième attaque, signée Thomas Bach lui-même, ce mercredi 18 mai dans le quotidien français Le Monde: une tribune où le président du CIO hausse le ton et montre les dents. “Des dizaines d’athlètes dopés seront vraisemblablement empêchés de participer aux Jeux olympiques de Rio de Janeiro”, avance-t-il. Après avoir testé une nouvelle fois, avec des techniques plus pointues, les échantillons des Jeux de 2008, le CIO s’est attaqué à ceux de Londres 2012. Au total, 250 échantillons, dont les résultats de la ré-analyse devraient être connus d’ici une semaine. Un nouveau tremblement de terre en perspective.

Lancé comme un obus, Thomas Bach en a remis une couche ce même jour, à l’heure du déjeuner, à l’occasion d’une conférence de presse téléphonique. Depuis Lausanne, il a répété sans lassitude le nouveau code de conduite du CIO: une politique de “tolérance zéro” à l’égard des personnes reconnues de dopage, athlètes ou entraîneurs, médecins et dirigeants.

En ligne de mire: la Russie. Une enquête du New York Times, alimentée par les révélations d’un ancien dirigeant du laboratoire russe antidopage, fait état de nombreux athlètes dopés aux Jeux de Sotchi, dont plusieurs médaillés olympiques. Thomas Bach l’a expliqué: le CIO a expressément demandé à l’AMA d’enquêter sur ces accusations. Il insiste: “Les résultats de l’enquête de l’AMA influenceront fortement la nature de la participation d’athlètes russes aux Jeux de Rio. Si l’existence d’un système organisé contaminant d’autres sports était avérée, les fédérations internationales et le CIO devraient avoir une décision difficile à prendre, entre responsabilité collective et justice individuelle.”

Prudent, le président du CIO ne se risque pas à avancer trop loin ses pions, mais il suggère que des fédérations entières pourraient être suspendues. Dans Le Monde, il précise également qu’il pourrait être demandé aux athlètes eux-mêmes de démontrer leur honnêteté, une proposition qui enverrait aux oubliettes la sacro-sainte présomption d’innocence. Selon Thomas Bach, les sanctions pourraient être sportives (une suspension à vie) ou financières. Elles pourraient toucher l’athlète et son entourage.

Reste une question: la Russie sera-t-elle présente aux Jeux de Rio? En guise de réponse, le CIO et son président bottent en touche. “L’affaire est entre les mains de l’AMA, explique le dirigeant allemand. Nous prenons nos décisions en nous basant sur des faits précis. Nous devons respecter la procédure.” Thomas Bach a cependant précisé qu’il avait reçu du comité national olympique russe la promesse de coopérer de façon pleine et active à l’enquête de l’AMA. Il a également assuré qu’il n’avait aucune connaissance d’une enquête en cours du département américain de la Justice sur le sport russe et les Jeux de Sotchi.

Seule certitude: il ne sera procédé à aucune cérémonie de redistribution de médailles aux Jeux de Rio 2016. Dans l’hypothèse où un athlète médaillé à Pékin 2008 ou Londres 2012 serait convaincu de dopage à l’issue de la nouvelle procédure d’analyse des échantillons de l’époque, son nom serait retiré du palmarès. “Mais il nous faudrait alors procéder à une ré-analyse des échantillons de l’athlète censé récupérer sa médaille”, a expliqué Thomas Bach. L’effet domino, en version olympique.