— Publié le 3 février 2016

“En baissant les coûts, Rio 2016 se prive de recettes”

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L’aviron s’annonçait grandiose aux Jeux de Rio. Un plan d’eau naturel, la lagune. Un cadre superbe. Un décor de carte postale. Il le sera sans doute. Mais en petit comité. Les organisateurs brésiliens ont annoncé la semaine passée renoncer à l’installation d’une tribune temporaire flottante de 4 000 places, le long du bassin, face à la tour d’arrivée. Une décision justifiée par les réductions budgétaires imposées à la préparation des Jeux par la crise économique. L’aviron en sera l’une des premières victimes. Au grand dam de Jean-Christophe Rolland, le président de la Fédération internationale (FISA). Il l’a expliqué à FrancsJeux.

FrancsJeux: Dans quelles conditions avez-vous appris la décision des Brésiliens de renoncer à l’installation d’une tribune flottante de 4 000 places?

Jean-Christophe Rolland: La question de la capacité du site d’aviron a évolué régulièrement depuis le dossier de candidature. A l’origine, il était prévu de pouvoir accueillir 14 000 spectateurs. Puis ce nombre a été réduit, pour se situer autour de 10 000 places. Avec l’annonce de la suppression d’une tribune flottante, nous en serions aujourd’hui à 6 000 places, peut-être moins. Pour une compétition olympique d’aviron, c’est du jamais-vu. A Londres, le site pouvait recevoir 25 000 spectateurs. Il a affiché complet tous les jours.

Comment les Brésiliens justifient-ils cette décision?

Ils évoquent une question financière, une réduction des coûts. Le problème est que nous n’avons jamais eu connaissance de l’ensemble des éléments. Je ne connais pas leurs chiffres. La décision a été prise sans nous concerter et sans nous donner la possibilité de trouver avec eux une solution qui soit satisfaisante pour tout le monde. A la FISA, nous possédons une expérience dans le domaine de l’accueil des spectateurs. Nos équipes techniques peuvent proposer quelque chose de raisonnable sur le plan économique. En plus, il serait intéressant de pouvoir étudier le sujet dans son ensemble, à savoir les coûts mais aussi les recettes de la compétition. Après l’aviron, il y aura le canoë-kayak, puis ensuite les Jeux paralympiques. En supprimant une tribune, les organisateurs réduisent une dépense, mais ils se privent également de recettes.

Comprenez-vous malgré tout la nécessité pour les Brésiliens de tenir leur budget?

Bien sûr. Nous la comprenons tout à fait. Nous sommes conscients de leurs difficultés, de la crise sans précédent que traverse le Brésil et de son impact sur les Jeux. Nous sommes solidaires des organisateurs. Et, même si je suis décidé à me battre pour mon sport, il n’est pas question de se battre contre eux. Nous voulons essayer d’avancer à leurs côtés pour trouver une solution, d’être constructifs. Nous sommes dans le même bateau. Mais, sans avoir connaissance de tous les éléments, une telle démarche est compliquée.

Quelles en seront les principales victimes?

Les athlètes, les spectateurs. Et l’aviron. Je rebondis sur les propos de Thomas Bach, le président du CIO, lorsqu’il a expliqué que l’expérience des athlètes et du public ne devait pas être affectée. L’image de l’aviron, et même l’image de l’ensemble des Jeux, en seront touchées.

Cette décision provoquera-t-elle un manque à gagner pour la FISA?

Non. Les recettes versées par le CIO aux fédérations internationales au titre des Jeux proviennent des droits de télévision, non pas de la billetterie. Et le mode de calcul du CIO pour attribuer ces recettes dépend du taux de remplissage des sites de compétition. Il n’est pas lié au nombre de spectateurs. En plus, le CIO nous a informés, mardi 2 février à Lausanne, que ce mode de calcul tiendrait compte de la situation particulière des Jeux de Rio.

Savez-vous comment se déroule la vente des billets pour l’aviron aux JO de 2016?

Non. Nous ne sommes pas destinataires des chiffres. Carlos Nuzman, le président du comité d’organisation, nous a informés que la deuxième phase de vente des places au public brésilien se passait bien, avec environ 500 000 billets rapidement écoulés. Je n’en sais pas plus. Mais une chose est sûre: nous avons recensé nettement plus de demandes de places de la part de la famille de l’aviron – FISA, fédérations nationales, familles des rameurs – que de billets dont nous pourrons disposer. Avec une capacité d’accueil aussi réduite, nous ne pourrons pas satisfaire tout le monde.