— Publié le 18 août 2015

Entre Bubka et Coe, un dernier sprint en aveugle

Institutions Focus

L’athlétisme mondial devrait changer d’époque, ce mercredi matin, 19 août 2015. Au moins dans les couloirs feutrés de ses institutions. Lamine Diack, le Sénégalais, quitte la présidence de l’IAAF après seize ans de règne. Pour lui succéder, deux légendes du stade se disputent le fauteuil: Sergueï Bubka l’Ukrainien et Sebastian Coe le Britannique. Deux figures de l’athlétisme, et sans doute aussi du sport tout entier. Deux géants, passés par la politique, entrés l’un et l’autre dans le mouvement sportif international sans avoir eu besoin de frapper deux fois au carreau. L’ancien perchiste préside le comité olympique ukrainien et siège à la commission exécutive du CIO. L’ex star du demi-fond dirige lui aussi son comité national olympique. Surtout, il s’est taillé pour toujours une réputation de faiseur de miracles pour avoir remporté, puis réussi, l’organisation des Jeux de Londres en 2012.

Lequel présente le meilleur profil pour embrasser le poste? Difficile à dire. Une chose est sûre: l’IAAF n’a jamais été convoitée en même temps par deux personnalités aussi reconnues, influentes et charismatiques. Jamais, non plus, une course à la présidence du premier sport olympique n’a semblé aussi indécise. A quelques heures du scrutin, prévu dans la matinée de mercredi à Pékin, bien malin qui pourrait assurer sans se tromper connaître le nom du futur vainqueur.

Entre les deux candidats, l’heure est aux dernières promesses. A l’intox, aussi. Sergueï Bubka se déclare ouvertement “optimiste”. Il se dit “très confiant” quant à l’issue du vote. Et se promène dans les couloirs de l’Intercontinental de Pékin flanqué de deux autres grands noms du sport ukrainien, le boxeur Vitaly Klitschko et l’ex joueur de football Andreï Shevchenko. Présent à Kuala Lumpur en début de mois pour la 128ème session du CIO, il assurait pouvoir compter sur 60% des voix.

Sebastian Coe se montre plus discret dans ses prévisions. Mais son équipe de campagne, l’agence Vero Communications du Britannique Mike Lee, répète avec assurance que l’ancien miler devrait l’emporter avec une dizaine de voix d’avance.

La réalité semble moins tranchée. Selon les observateurs les plus pertinents du milieu, rien n’est encore joué et les ultimes indécis devraient faire pencher au dernier moment la balance d’un côté ou de l’autre. Le scrutin sera serré, sans doute le plus disputé de l’histoire. Il pourrait se jouer à une petite poignée de voix, sur les 210 votants attendus à Pékin. Les statuts de l’IAAF accordent un bulletin à chacun des 214 pays membres de l’institution. Une voix par fédération nationale, sans distinction de taille ou d’importance.

De l’avis général, Sebastian Coe a longtemps fait la course en tête. Mais Sergueï Bubka aurait rattrapé son retard grâce à une campagne de terrain rondement menée. “Il a su trouver les mots pour parler aux gens”, assure un représentant d’une fédération africaine. L’un et l’autre ont compris qu’il ne fallait pas lésiner sur les promesses pour gagner des électeurs. Sebastian Coe a promis de redistribuer aux pays une plus grande part du gâteau des revenus versés à l’IAAF par le CIO au titre des Jeux olympiques, soit un pactole de 100 000 dollars au minimum par pays. Malin. Sergueï Bubka a riposté en expliquant que, une fois élu, il ferait en sorte que les fédérations nationales soient toutes propriétaires de leurs propres locaux et soient capables de salarier au moins deux ou trois permanents. “L’IAAF paiera les salaires et consentira des prêts à taux zéro”, a-t-il précisé. Pas bête.

Sans présager de l’issue du scrutin, il semble acquis que Sebastian Coe a ramassé le gros des votes de l’Europe occidentale, de l’Amérique du Nord et de l’Océanie. Sergueï Bubka, de son côté, aurait convaincu l’Asie, l’Amérique du Sud, une partie de l’Europe de l’est et l’Afrique. Les Etats-Unis et la Russie ont expliqué ne pas vouloir prendre publiquement position. Les voix des pays africains anglophones, acquises à l’origine à Sebastian Coe, auraient changé de camp. Un retournement de situation qui aurait conduit la diplomatie britannique à se mettre en action, n’hésitant pas à faire appeler par ses propres ambassades les fédérations dissidentes. Sans résultat, semble-t-il.