— Publié le 25 septembre 2014

Le rapport Garcia et ses 200 000 pages de preuves

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Réunion au sommet, aujourd’hui et vendredi 26 septembre, au siège la FIFA à Zurich. Le comité exécutif de la Fédération internationale de football se retrouve en conclave. L’ordre du jour se veut sans histoire. Mais un sujet dominera les conversations, au moins en coulisses: le rapport Garcia.

Michael J Garcia (en photo), l’enquêteur américain en charge de faire la lumière sur les conditions d’attribution du Mondial 2018 à la Russie et de l’édition 2022 au Qatar, n’a pas ménagé ses efforts. Son rapport fait 430 pages. Il serait accompagné d’une somme de 200 000 pages de preuves. A ce jour, il semble que seulement quatre personnes en aient eu connaissance dans sa totalité: Michael J Garcia lui-même, l’Allemand Hans-Joachim Eckert, le président de la chambre de jugement de la commission d’éthique de la FFIFA, et leurs assistants respectifs.

Pour les autres, le rapport tient encore du mystère. Les membres de la FIFA ne l’ont pas vu. Officiellement, Sepp Blatter non plus. Difficile à croire.

Depuis deux jours, ce fameux rapport Garcia divise en deux le monde du football. Dans un communiqué publié mercredi 24 septembre, Michael J Garcia insiste pour que le document ne fasse plus l’objet d’un interdit de publication. L’Américain souhaite le voir rendu public. Une démarche logique et attendue de la part cet avocat à la réputation d’incorruptible. Spécialiste de la lutte contre le terrorisme international, républicain convaincu, père de trois enfants et marié à une agente du FBI, il a été procureur fédéral du district sud de New York, vice-président d’Interpol pour les Amériques, secrétaire adjoint à l’Immigration et aux Douanes dans l’administration de George W. Bush… Excusez du peu.

Mais Hans-Joachim Eckert, le juge à l’éthique de la FIFA, ne partage pas vraiment son point de vue. L’Allemand freine des quatre fers. Tout juste a-t-il admis qu’une “première déclaration publique” serait faite début novembre sur le rapport Garcia. En précisant: “En la matière, il s’agit essentiellement, dans cette évaluation, de vérifier si la chambre d’instruction a respecté d’un point de vue juridique toutes les modalités de procédure et si nous estimons nécessaire d’obtenir des informations plus détaillées dans certains domaines.” Difficile de faire plus obscur.

En coulisses, on s’agite. Selon la presse américaine, certains dirigeants de la FIFA, parmi les plus influents, feraient pression sur leurs collègues pour aller dans le sens de Michael J Garcia. Au moins trois membres du comité exécutif ont pris position en faveur de l’avis de l’enquêteur américain: les vice-présidents Jeffrey Webb, des îles Caïmans, le prince Ali ben Al-Hussein de Jordanie et Jim Boyce, d’Irlande du Nord.

La puissante fédération allemande (DFB) a pris elle aussi très officiellement le virage de la transparence. Wolfgang Niersbach, son président, s’est exprimé ainsi dans une interview au quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung: “Nous ne souhaitons rien de plus qu’une explication rapide afin que toutes les spéculations soient terminées. Mais je pars du principe que ces décisions seront ensuite publiées.”

Pas sûr que Sepp Blatter soit du même avis.