Mialitiana Clerc, l’avenir de Madagascar

Une rubrique réalisée avec l’Organisation internationale de la Francophonie.

La nouvelle a pu passer inaperçue, sauf pour ses proches. Mais Mialitiana Clerc est entrée dans l’histoire, vendredi 9 février 2018, à la cérémonie d’ouverture des Jeux de PyeongChang. Désignée porte-drapeau de la délégation de Madagascar, elle est devenue l’une des plus jeunes athlètes, sinon la plus précoce, à connaître un tel privilège. Pour ses premiers Jeux, l’exercice pouvait sembler hors de proportion, mais la jeune skieuse est seule représentante de son pays aux Jeux d’hiver 2018.

Son histoire la distingue sans peine de ses rivales en slalom et géant, ses deux disciplines. Mialitiana Clerc est née à Madagascar, une île où le neige se découvre seulement dans les images envoyées de l’étranger. Adoptée à l’âge d’un an par un couple de Savoyards, elle a chaussé très jeune les skis, sur les pentes de Haute-Savoie. Rapidement, elle opte pour le ski alpin, plus traditionnel. Elle s’entraîne à Flaine ou aux Carroz, habite à la Roche-sur-Foron, possède une licence du ski-club d’Annemasse.

Elle aurait pu opter pour la France et caresser l’espoir d’en porter un jour les couleurs sur le circuit international. « L’an passé, on m’a proposé de rejoindre le groupe d’élite du comité de Haute-Savoie, explique-t-elle. Mais j’ai préféré rejoindre Madagascar, le pays de ma mère biologique. »

Le choix n’est pas sans risque. A Madagascar, la fédération de ski tient avec quelques bouts de ficelle. Elle a été créée en 2004 par Stéphane Razanakolona, plus jeune frère de Mathieu, premier skieur malgache sélectionné aux Jeux d’hiver, à Turin en 2006. Les deux frangins s’expriment avec l’accent québécois, hérité d’une mère canadienne. Mais leur père est malgache.

Le ski est leur passion, l’olympisme coule dans leurs veines. Tout à la fois fondateur, vice-président et homme à tout faire de la fédération, le plus jeune ne fait pas mystère de son projet: accompagner Mialitiana Clerc vers le plus haut niveau du ski mondial, et entraîner dans son sillage tous les jeunes malgaches avides de nouveautés.

L’énergie ne manque pas, mais l’argent fait défaut. « Et il n’est pas question de solliciter les autorités, précise Stéphane Razanakolona. Notre pays est pauvre, les pouvoirs publics ont d’autres priorités que payer les dépenses d’une jeune skieuse. Nous voulons aider Madagascar, pas nous faire aider. »

Aux Jeux de PyeongChang comme sur le reste du circuit, la jeune skieuse est équipée, « à titre individuel », par une marque de skis. Elle est aussi habillée par une société canadienne de matériel de yoga. « Mais une saison coûter cher, raconte-elle. Heureusement, mes parents peuvent me financer. ».

En Corée du Sud, Mialitiana Clerc a réalisé l’écart qui la séparait encore des meilleures. Elle a décroché la 48ème place en géant, à près de 19 secondes de l’Américaine Mikaela Schiffrin. En slalom, elle s’est classée au 47ème rang, plus de 21 secondes derrière la Suédoise Frida Hansdotter. Mais elle assure avoir « beaucoup appris » d’une telle expérience. Aux Jeux de Pékin, en 2022, elle aura tout juste 20 ans. L’avenir lui appartient.

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