Charles Hamelin, la lame de fond

Une rubrique réalisée avec l’Organisation internationale de la Francophonie.

Au Canada, le short-track parle français. Son plus illustre représentant porte un prénom royal, une barbe sombre et observe le monde avec deux yeux rieux. Charles Hamelin, 33 ans depuis le printemps dernier, disputera à PyeongChang ses quatrièmes Jeux d’hiver. Depuis sa première
expérience, à Turin en 2006, il a toujours su se frayer un chemin vers le podium. Dans ses malles, 4 médailles olympiques, dont 3 en or, plus une pleine brassée de médailles mondiales et près de 150 succès en Coupe du Monde. Une légende de la discipline. Un géant sur patins.

Aux Jeux de Vancouver en 2010, une victoire sur 500 m, doublée d’un titre dans le relais 5 000 m, en font un héros national. Quatre ans plus tard, à Sotchi, le Québécois s’offre un triomphe au 1 500 m, coiffant tous les favoris de l’épreuve. Mais la suite de la compétition tourne au cauchemar. Il chute deux fois en trois jours, sans trop en comprendre le pourquoi et le comment.

« Au retour des Jeux, je me suis posé des questions, dit-il. J’ai essayé d’analyser ce qui avait pu m’arriver, alors que je tombe au maximum une fois par saison. Je me suis mis à douter. Et puis, après une longue réflexion, j’en suis arrivé à la conclusion que j’avais encore du patin en moi et qu’il était trop tôt pour arrêter ma carrière. Avec les années, je suis plus fort tactiquement et techniquement. » A presque 34 ans, la saison olympique sera sans doute sa dernière. Perfectionniste jusqu’au bout de la lame, Charles Hamelin l’a préparée avec des soins maniaques. Il avoue accorder une attention accrue à son sommeil et son alimentation. Il s’étire avec plus de régularité et s’échauffe plus longuement.

 

 

Le Canadien confie soigner également sa concentration grâce aux… jeux vidéo. En compétition, il ne se déplace jamais sans ses deux consoles, une Nintendo Switch et une PS4, plus son ordinateur portable. « Je veux montrer que quelqu’un de très actif comme moi peut aussi avoir une passion pour les jeux vidéo, explique-t- il. Il faut abattre le mythe du « gamer » qui reste chez lui, dans le noir, et ne parle jamais à personne. » Aux Jeux de PyeongChang, il respectera sa ligne de conduite, pour se « changer les idées » et se préparer mentalement aux épreuves olympiques.

Saisi par la passion du patinage de vitesse dans sa ville natale de Lévis, sur le bord du Saint-Laurent, Charles Hamelin a poussé pour la première fois la porte d’une patinoire dans les pas de son plus jeune frère, François, médaillé olympique en relais aux Jeux de Vancouver 2010. Les deux frangins ont progressé ensemble, sous la conduite de leur père Yves, un ancien coach de baseball reconverti lui aussi dans le short-track.

Pour ses derniers Jeux, le Canadien n’entend pas traverser la quinzaine olympique enfermé dans sa bulle. « Les jeunes patineurs vont avoir une grande place dans notre équipe, a-t- il confié en début de saison à Radio-Canada. Je peux les épauler, les aider, leur montrer le chemin. On fait un sport individuel, mais en s’entraînant tous en équipe. » Transmettre avant de partir. La meilleure façon de boucler la boucle.

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