Institutions - 28/04/2020

Pour gagner plus, les athlètes devront se syndiquer

Les athlètes sont-ils les moins bien lotis du mouvement olympique ? La question fait débat depuis des lustres. Elle n’est toujours pas tranchée. Mais une récente étude menée au Canada expose le sujet sous un jour nouveau.

Elle a été conduite à l’initiative du mouvement Global Athlete, une organisation internationale d’athlètes dirigée notamment par le pistard écossais Callum Skinner, en collaboration avec l’école de gestion de l’Université Ryerson à Toronto.

Sa conclusion tient en deux chiffres. Alors que le CIO avoue des revenus annuels estimés 1,4 milliard de dollars par an, les athlètes en perçoivent de façon directe seulement 4,1%.

Devenue avec le temps une véritable machine à contrats, l’institution olympique tire aujourd’hui la quasi totalité de ses revenus (91%) des droits de diffusion et du marketing. A ce titre, explique l’étude canadienne, le CIO se rapproche désormais de très près du modèle économique des ligues professionnelles nord-américaines, dont la NFL et la NBA.

Mais, différence colossale entre les deux univers, les ligues en question reversent entre 40 et 60% de leurs revenus aux joueurs. Le mouvement olympique, à l’opposée, redistribue aux principaux acteurs du spectacle, les athlètes, moins de 5%. Et encore, précise l’étude, la majeure partie de la somme est destinée aux bourses, aides diverses et subventions versées par la Solidarité olympique. Elles ne sont pas négociables, à la différence des montants alloués aux joueurs par les ligues nord-américaines.

L’enquête révèle également qu’un athlète canadien a dépensé en moyenne en une année, au cours de la saison 2013-2014, environ 15 000 dollars de plus que ce qu’il a touché en aides directes du mouvement olympique.

Le rapport rédigé par Global Athlete et l’Université de Toronto propose cette conclusion : « Le CIO étant réticent à dédommager les athlètes, seule la mise en place d’une convention collective peut changer l’avenir du mouvement olympique. » En clair, les athlètes auraient tout intérêt à s’organiser en syndicat, à la façon des joueurs de la NBA, pour inverser en leur faveur l’actuel rapport de forces avec l’institution olympique.

Sans grande surprise, le CIO a démenti les chiffres avancés par l’enquête canadienne. A juste titre. « Le CIO redistribue 90% de ses revenus générés par les Jeux olympiques, et cela au bénéfice des athlètes et du développement du sport dans le monde entier, répond l’institution olympique. Chaque jour, il distribue en moyenne environ 3,4 millions de dollars, sur l’ensemble de la planète, pour aider les athlètes et les organisations sportives. »

Dans le détail, les revenus du CIO sont reversés selon un protocole complexe aux fédérations sportives internationales, aux comités nationaux olympiques, à l’Agence mondiale antidopage. L’institution basée à Lausanne contribue également, pour environ 28% de son budget, aux coûts d’organisation des Jeux, hiver comme été, via une subvention aux comités d’organisation.

Il n’empêche, la part du gâteau attribuée de façon directe aux athlètes reste minimale. Le CIO s’est toujours refusé à mettre un place un prize money aux Jeux olympiques, laissant les comités nationaux récompenser à leur façon, forcément très variable d’un pays à l’autre, les médaillés ou finalistes.

A l’initiative des athlètes allemands, la règle 40 de la Charte olympique est désormais assouplie. Sa nouvelle version autorise les olympiens à exploiter leur image et leurs performances pendant la période des Jeux, sur les réseaux sociaux, mais en respectant des critères très stricts.

Un premier pas. Mais l’étude canadienne le suggère : sans un changement plus radical dans le modèle économique du mouvement olympique, les athlètes devront forcer le cours de l’histoire en se prenant en mains. Un appel à la mobilisation.

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