Institutions - 20/04/2020

Pour Bill Beaumont, un allié au passé de criminel

Menace de gros temps pour Bill Beaumont. Le président de World Rugby, en campagne pour un second mandat consécutif à la tête de l’organisation internationale, pensait avoir un seul rival pour sa réélection, l’Argentin Agustin Pichot. Il vient d’en découvrir un deuxième.

La quotidien anglais The Times a dévoilé, dans son édition du dimanche 19 avril, deux rapports explosifs d’Amnesty International. Ils concernent l’un comme l’autre le même homme, le Fidjien Ratu Vilikesa Bulewa Francis Kean (photo ci-dessous).

Le dirigeant des îles du Pacifique compte parmi les huit candidats aux sept postes disponibles au sein du comité exécutif de World Rugby. Plus fâcheux pour Bill Beaumont : la fédération fidjienne (FRU) a appuyé sa candidature à la présidence, tout comme la Fédération française de rugby (FFR). Ratu Vilikesa Bulewa peut donc s’afficher comme un soutien à l’actuel président du rugby mondial.

Ratu Vilikesa Bulewa Francis Kean n’est pas un officiel sportif tout à fait comme les autres. Il a été reconnu coupable d’homicide involontaire en 2007. Au mariage de sa nièce, la fille de Premier ministre fidjien Frank Bainimarama, il avait été impliqué dans une altercation avec l’oncle du marié, John Whippy, qu’il avait violemment battu. John Whippy était décédé à son arrivée à l’hôpital.

Condamné à une peine de 18 mois d’emprisonnement, Ratu Vilikesa Bulewa Francis Kean a été relâché au bout de seulement deux mois et placé sous ordonnance de surveillance obligatoire.

Le premier rapport d’Amnesty International dévoilé par le Times présente Ratu Vilikesa Bulewa Francis Kean, ancien chef de la Marine fidjienne, responsable des prisons de son pays en 2016, comme un individu violent. Le document assure que des violences, des passages à tabac et des viols ont été perpétrés dans les prisons dont il avait la charge par des forces de sécurité sur des criminels présumés et des prisonniers évadés. Le Fidjien est également accusé d’homophobie.

Le second rapport détaille les conditions de sa remise en liberté en 2007, après seulement deux mois d’emprisonnement. Selon Amnesty International, l’ordonnance de surveillance obligatoire dont il a bénéficié ne peut être octroyée qu’après trois ans de détention.

A l’annonce de sa nomination comme candidat pour un siège au comité exécutif de World Rugby, la semaine passée, l’ancien international des Samoa Daniel Leo n’a pas retenu ses mots. « Au lieu de nous aider à combattre la corruption, l’ingérence politique et la mauvaise gouvernance dans le Pacifique, ils en font la promotion, allant même jusqu’à nominer ce responsable pour les plus hautes sphères de World Rugby », a-t-il écrit sur son compte Twitter.

Pour Bill Beaumont, la présence de Ratu Vilikesa Bulewa Francis Kean parmi ses soutiens présumés pourrait s’avérer très encombrante. Le Britannique le sait. Mais il a tenté d’en atténuer la portée en répondant au Times : « Fidji Union a nommé l’un de ses élus pour le poste au comité exécutif. World Rugby ne décide pas de qui doit se présenter. C’est l’affaire des Fidji. Mais j’entreprendrai un examen complet de la gouvernance de l’organisation afin de veiller à ce que nos organes de décision soient les meilleurs possible. »

Soit. Mais l’affaire intervient au plus mauvais moment pour le Britannique. L’élection à la présidence de World Rugby doit se dérouler dimanche 26 avril. Elle sera organisée par vote électronique. Ses résultats devraient être connus le 12 mai.

Agé de 68 ans, Bill Beaumont a été élu président de World Rugby en mai 2016, à l’unanimité, au terme d’une élection où il n’avait pas de concurrent.

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