Institutions - 13/03/2020

Pour voir les Jeux, la Russie devra d’abord payer

Petite victoire ou courte défaite ? L’athlétisme russe a découvert les décisions prises à son égard par le Conseil de World Athletics, jeudi 12 mars à Monaco, sans trop savoir vers quel côté pencher.

Sebastian Coe et les membres du Conseil ont débattu une nouvelle fois, au siège de l’organisation internationale, d’un sujet devenu incontournable de leurs réunions depuis la fin de l’année 2015. La Russie. Ils auraient pu trancher. Ils ont choisi une voie médiane.

Au rayon des bonnes nouvelles pour la Russie, le processus d’éligibilité des athlètes pour les compétitions internationales est relancé. Il avait été mis entre parenthèses après la découverte d’une tentative de camouflage par la Fédération russe d’athlétisme (RusAF) d’un cas de dopage du sauteur en hauteur Danil Lysenko.

Les athlètes russes peuvent donc à nouveau postuler à un statut de neutralité. Les bons de passage ne seront pas limités en nombre, au moins pour les compétitions d’un jour, les meetings internationaux estampillés World Athletics.

En revanche, le Conseil de la fédération internationale a fixé à 10 le nombre maximum de Russes qui pourront disputer les Jeux de Tokyo 2020, toujours sous couvert de neutralité. A la double condition, bien sûr, que les Jeux aient lieu et que la Russie n’en soit pas exclue dans sa totalité, comme le recommande l’Agence mondiale antidopage.

Pourquoi un tel nombre ? Mystère. Aux Jeux de Rio 2016, l’IAAF avait autorisé une seule athlète russe, la sauteuse en longueur Darya Klishina, à se présenter dans le stade. Mais ils étaient 49 l’année suivante aux Mondiaux de Londres, puis 28 l’an passé aux championnats du monde à Doha. La jauge augmente d’un côté, mais diminue de l’autre.

Il faudra encore attendre avant de connaître les « heureux » privilégiés, mais la triple championne du monde de la hauteur, Mariya Lasitskene, la championne du monde de saut à la perche, Anzhelica Sidorova, et le hurdler Sergey Shubenkov, seraient quasiment certains de tirer l’un des bons numéros.

La mauvaise nouvelle, maintenant. Elle est financière. Le Conseil de World Athletics a sorti sa calculette, jeudi à Monaco, posé ses additions et attendu le résultat. Il se compte en millions de dollars.

La RusAF est sanctionnée d’une amende de 10 millions de dollars pour ses manquements aux règles de l’antidopage. Elle devra en payer la moitié au plus tard le 1er juillet 2020. En cas de défaut de paiement, le processus d’éligibilité de ses athlètes au statut de neutralité serait immédiatement suspendu. En clair, la Russie devra sortir son carnet de chèque pour espérer voir une poignée de ses athlètes défendre leurs chances aux Jeux de Tokyo 2020.

Le reste de la somme, 5 millions de dollars, est mis en stand-by pour une période de deux ans. Mais la Russie pourrait être contrainte de le payer tout de suite au moindre écart de conduite sur la question du dopage.

Pour le reste, rien de très spectaculaire. World Athetics a annoncé la création d’une commission, une de plus, chargée de d’élaborer un plan détaillé « pour ancrer dans tout l’athlétisme russe une tolérance zéro pour la culture du dopage. » Elle comptera notamment au moins deux représentants nommés par la commission des athlètes de la RusAF et deux experts internationaux.

Pour Sebastian Coe, le verre semble seulement à demi rempli. Pas assez plein, mais pas non plus trop vide. « Je ne suis pas satisfait de la situation, mais je pense que ce package de mesures était nécessaire, réaliste et proportionné, a-t-il expliqué à sa sortie de la réunion, cité par l’AFP. J‘ai écrit une lettre sans compromis à la RusAF et au ministre des Sports russe, je suis heureux que nous ayons obtenu la réponse que nous voulions, à savoir une reconnaissance de leur culpabilité et une contrition. »

Commentaire de Margarita Pakhnotskaya, la vice-présidente de l’Agence russe antidopage (RUSADA) : « Ces décisions ne peuvent pas être qualifiées d’humiliantes pour la Russie. On peut travailler avec. » Au boulot, donc. Le temps presse.

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