Institutions - 19/11/2019

Après Total, Anne Hidalgo ne veut pas Airbnb aux Jeux

Dans le mouvement olympique, les affaires des uns ne font pas toujours le bonheur des autres. En signant un accord « historique » avec la plateforme de logements entre particuliers Airbnb, le CIO a encore enrichi son trésor de guerre. Mais il a également plongé Anne Hidalgo dans une colère froide.

Les faits, d’abord. Annoncée depuis le début du mois par une indiscrétion, l’arrivée du géant américain Airbnb au sein du programme mondial de marketing TOP du CIO a été officialisée lundi 18 novembre à Londres. Thomas Bach et Joe Gebbia, cofondateur d’Airbnb, ont échangé une poignée de mains pour sceller leur nouvelle union.

Les deux hommes sont restés muets en réponse à la question du montant de l’accord. Selon les estimations, il atteindrait 500 millions de dollars.

Le partenariat s’étendra jusqu’en 2028. Il couvrira cinq éditions des Jeux olympiques et paralympiques : Tokyo 2020, Paris 2024 et Los Angeles 2028 pour l’été, Pékin 2022 et Milan/Cortina 2026 pour l’hiver. Airbnb entre par la grande porte.

La société californienne était déjà présente dans l’univers olympique. Elle avait notamment accompagné le comité d’organisation des Jeux de Rio 2016 en qualité de plateforme officielle de logements entre particuliers. Mais en rejoignant le programme TOP du CIO, elle change de dimension.

Selon la version officielle, l’arrivée d’Airbnb doit profiter à tout le monde. L’accord est censé permettre une « réduction des coûts pour les organisateurs et les parties prenantes des Jeux. » Comment ? En limitant « la nécessité de construire de nouvelles infrastructures d’hébergement pour la période des Jeux ». Douteux.

Toujours selon la version officielle, Airbnb permettra de « générer des revenus directs pour les hôtes et les communautés locales. » L’Américain est également censé travailler avec l’IPC pour « encourager le développement d’hébergements adaptés aux personnes en situation de handicap ou présentant des besoins en matière d’accessibilité. » Dans les faits, la concrétisation s’annonce ardue.

Le CIO et Airbnb annoncent également le lancement d’une initiative nouvelle, baptisée « Expériences olympiques Airbnb ». Lancée au début de l’année 2020, elle doit permettre de mettre l’activité d’hôte et ses bénéfices à la portée des athlètes du monde entier. Les expériences en question pourront se décliner sous de multiples formes, de l’entraînement avec un athlète olympique à la découverte d’une ville avec un sportif de haut niveau. Les deux parties sont censées proposer très prochainement assistance et formation aux athlètes souhaitant se lancer dans l’aventure.

Enfin, l’accord annoncé lundi 18 novembre prévoit le soutien d’Airbnb au CIO dans son engagement envers les réfugiés à travers le monde. Les deux partenaires assurent vouloir développer des programmes d’aide à long terme pour les réfugiés. Cool.

A Paris, la nouvelle aurait dû être célébrée avec champagne et cotillons. Moins de dépenses, plus de revenus pour les futurs logeurs… Une aubaine ? Pas pour Anne Hidalgo. La maire de la capitale n’a pas attendu la signature de l’accord pour écrire à Thomas Bach et lui exprimer son hostilité.

« En soustrayant à Paris un nombre important de logements, Airbnb est un facteur d’augmentation du prix des loyers et d’aggravation de la pénurie de logements sur le marché locatif, pénalisant l’ensemble des Parisiennes et des Parisiens et, en particulier, les classes moyennes, détaille Anne Hidalgo dans son courrier au président du CIO. Les conséquences se mesurent parfois à l’échelle d’immeubles, de rues, lorsque ce ne sont pas des quartiers entiers qui sont touchés, générant des nuisances pour les riverains, déstabilisant le commerce local et concurrençant durement l’hôtellerie traditionnelle. »

En février dernier, la Mairie de Paris a assigné Airbnb en justice. La plateforme américaine risque une amende de 12,5 millions d’euros pour avoir mis en ligne 1 000 logements non enregistrés. Dans le même temps, le montant des amendes visant les propriétaires de locations touristiques illégales se montait à 2,1 millions d’euros l’an passé.

Anne Hidalgo n’entend pas en rester à ce seul courrier. Selon Emmanuel Grégoire, le premier adjoint, elle « prend l’engagement d’organiser un référendum auprès des Parisiens, immédiatement après les élections, probablement à l’été, de façon, en concertation avec eux, à définir les bonnes conditions d’usage d’Airbnb. La question sera posée dans chaque quartier, car évidemment la réalité n’est pas la même dans chaque quartier. »

Après l’avoir fait pour Total, Anne Hidalgo veut se dresser sur la route d’Airbnb. Dans le premier cas, elle avait engagé un bras de fer avec le COJO Paris 2024. Elle en est sortie victorieuse. Cette fois, elle s’attaque au CIO. L’adversaire s’annonce plus coriace.

Jean-François Martins, l’adjoint aux Sports et au Tourisme de la ville de Paris, l’a suggéré lundi 18 novembre sur son compte Twitter : « Il ne nous revient pas d’apprécier la stratégie de partenariat du CIO. Elle est indépendante de Paris 2024. Cependant, nous n’imaginons aucune autre option que celle où les sponsors du CIO respecteront les lois des villes hôtes des Jeux. Pour Airbnb, il y a encore beaucoup de chemin. »

L’épisode récent du déplacement du marathon et de la marche de Tokyo à Sapporo, imposé aux Japonais contre la volonté de Yuriko Koike, la gouverneure de la capitale, a démontré la toute-puissance du CIO sur la maîtrise des Jeux. Anne Hidalgo le sait. Mais elle veut livrer bataille. Audacieux.

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