Institutions - 26/03/2019

Karim Bouzidi, le nouveau pavé dans la mare de l’AIBA

Le feuilleton de l’AIBA continue à réserver son lot de surprises. Avec, dans l’épisode du jour, le retour d’un personnage disparu depuis longtemps du générique. Son nom : Karim Bouzidi.

Nommé directeur exécutif de l’AIBA en juin 2015, après avoir assuré la direction des World Series de boxe au sein de l’organisation internationale, le Franco-Algérien fait l’actualité depuis les révélations par Le Monde, lundi 25 mars, de soupçons de manipulations de combats aux Jeux de Rio 2016.

Il avait été suspecté de s’être entendu avec les juges-arbitres les plus haut placés (estampillés 5 étoiles) dans la hiérarchie de la discipline, pour favoriser certains pays, dont la France. Karim Bouzidi avait été limogé à trois jours de la fin du tournoi olympique, avant d’être remplacé à la fin du mois de septembre 2016 par le Français William Louis-Marie.

Une commission d’enquête avait été lancée, sitôt la fin des Jeux, par le Taïwanais CK Wu, alors président de l’AIBA. En octobre 2016, les 36 juges et arbitres ayant officié aux Jeux de Rio avaient tous été écartés. Karim Bouzidi avait refusé de répondre aux questions de cette commission. Le rapport n’a jamais été rendu public.

Le Monde, en collaboration avec le quotidien bulgare Bulgaria Today, a eu accès au rapport de la commission d’enquête, mais également à des courriers électroniques et à l’enregistrement d’une conversation téléphonique. Une série de documents qui jette un certain trouble sur le rôle joué par Karim Bouzidi.

Le quotidien français fait notamment état d’un courrier électronique envoyé par CK Wu en date du 18 novembre 2016. Le président de l’AIBA écrit « qu’il est probable que le directeur exécutif, en lien avec la directrice des sports (Kristin Brynildsen, partie de l’AIBA à l’automne 2016), a influencé les décisions des juges-arbitres 5 étoiles dans certains combats, en favorisant certaines fédérations. »

A la même date, CK Wu a demandé à l’Américain Tom Virgets, alors président de la commission d’enquête (il est aujourd’hui directeur exécutif de l’AIBA), de revoir en priorité les combats concernant la France et l’Ouzbékistan aux Jeux de Rio.

Dans leur rapport, les enquêteurs de l’AIBA expliquent que seul Karim Bouzidi pouvait, par sa position, désigner tous les arbitres et officiels d’une compétition. Il aurait usé de ce pouvoir pour « changer des juges et arbitres sur certains combats, même si rien ne prouve que ces changements ont été faits pour influencer l’issue du combat ».

Le Monde et Bulgaria Today font également état de l’enregistrement d’une conversation téléphonique entre un arbitre 5 étoiles et un représentant de la délégation mongolienne aux Jeux de Rio 2016. Le premier demande au second la somme de 250 000 dollars en échange de la qualification assurée d’un boxeur mongol pour une finale olympique. L’argent n’a jamais été versé. Le Mongol a perdu son combat suivant.

Toujours selon Le Monde et Bulgaria Today, Karim Bouzidi n’aurait pas totalement disparu de l’univers de la boxe. Il ne détient actuellement aucune fonction officielle, mais les deux quotidiens suggèrent que le Franco-Algérien aurait joué un rôle de « conseiller » auprès de Gafur Rakhimov, le désormais ex-président de l’AIBA, en retrait de l’organisation depuis vendredi 22 mars 2019.

Il était présent en novembre dernier au congrès électif de Moscou, au cours duquel Gafur Rakhimov a été élu à la présidence de l’AIBA. Karim Bouzidi a également assisté aux derniers championnats du Monde féminins de boxe.

Karim Bouzidi a refusé de répondre aux questions du Monde et de Bulgaria Today. Lundi 25 mars, il n’était pas joignable au moment de la publication de l’enquête menée par les deux quotidiens. Il se trouvait alors dans un avion long-courrier.

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