Institutions - 25/03/2019

Gafur Rakhimov s’éloigne, mais la boxe reste menacée

La fin de la crise pour l’AIBA ? Possible mais pas certain. Montré du doigt par le CIO comme un acteur du crime organisé, l’Ouzbek Gafur Rakhimov a fini par céder. Il a annoncé, vendredi 22 mars, via un communiqué, sa décision de rendre sa casquette de président de l’organisation internationale de la boxe.

Président de l’AIBA par intérim après le retrait forcé du Taïwanais CK Wu, Gafur Rakhimov en avait été élu de façon moins provisoire en novembre dernier à l’occasion du congrès de Moscou. Il avait obtenu 86 voix, contre 48 à son seul rival, l’ancien boxeur kazakh Serik Konakbayev.

Depuis, le CIO n’avait plus cessé de lever le ton, menaçant ouvertement l’AIBA d’exclusion du mouvement olympique. L’avenir olympique de la boxe doit être discuté ce mercredi 27 mars par le CIO à Lausanne.

Le retrait de Gafur Rakhimov suffira-t-il à éloigner les nuages qui menacent la boxe aux Jeux olympiques ? Pas sûr.

Primo, le sulfureux Ouzbek n’a pas officiellement démissionné. Dans son communiqué, l’AIBA annonce que son président se met en retrait. En clair, il se fait oublier, pour un temps, mais en se laissant la possibilité de revenir sans avoir à convoquer un nouveau congrès électif.

Sa décision est intervenue cinq jours seulement après une réunion annoncée décisive de la commission exécutive du CIO sur la situation de l’AIBA. L’organisation olympique pourrait bien ne pas se satisfaire de ce seul pas de côté effectué par Gafur Rakhimov.

« La commission d’enquête ad hoc évaluera soigneusement les effets de cette décision sur la position de président au sein de la structure de l’AIBA et l’impact potentiel que celle-ci peut avoir, a fait savoir un porte-parole du CIO. Comme nous l’avons dit dès le début, cette enquête porte sur de nombreux autres aspects liés à l’AIBA, tels que ses finances, sa gouvernance et l’éthique, la lutte contre le dopage et l’arbitrage. »

Deuxio, la nomination très rapide d’un président par intérim ne semble pas de nature à rassurer le CIO. Une conférence téléphonique a réuni, dès samedi 23 mars, les membres du comité exécutif de l’AIBA. En toute logique, le plus ancien des vice-présidents en exercice, l’Italien Franco Falcinelli, aurait dû assurer l’intérim. Mais il a renoncé à se présenter.

Contre toute attente, le rôle de président par intérim a été confié au Marocain Mohamed Moustahsane, 50 ans, élu l’an passé à la présidence de l’Association africaine de boxe (AFBC). Détail gênant : il était à la tête de la commission du tirage au sort des Jeux de Rio 2016, appelée à désigner les juges-arbitres des combats. Personne ne l’a oublié : le tournoi olympique a été entaché de nombreuses polémiques liées à l’arbitrage.

La balle est maintenant dans le camp du CIO. Le retrait de Gafur Rakhimov complique la tâche de sa commission exécutive, en l’obligeant à peser plus longuement sa décision. Mais il n’est pas certain que ce seul « pas de côté » de l’homme d’affaires ouzbek suffise à inverser le cours de l’histoire.

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